Une étude de Ivey Business School démontre que les programmes de santé et mieux-être au travail permettent de réduire l’absentéisme. Les chercheurs en ont fait un indice et livrera bientôt un calcul de rentabilité sur cinq ans.

Après des années de recherche, l'Ivey Business School de la Western University, à London, en Ontario, est sur le point de publier une méthode de calcul du retour sur l’investissement dans les programmes de santé et mieux-être. L’enjeu est énorme : convaincre des employeurs aux marges déjà minces d’investir en santé pour épargner dans plusieurs années.

En attendant, l’assureur a créé un indice de mieux-être pour conscientiser ses clients en assurance collective et leurs employés. Elle l’a dévoilé lors du Rassemblement pour la santé et le mieux-être en entreprise, organisé à Montréal en avril par Groupe entreprise en santé (GES). L’assureur a aussi dévoilé les résultats de recherches qui s’accumulent depuis 2011.

Dans une première phase, le tandem a compilé des données à travers le monde de 2011 à 2012. Dans ses phases suivantes, l’étude appelée Sun Life-Ivey Canadian Wellness Return on Investment (ROI) Study a principalement porté sur la santé physique. Elle se poursuit. Sa base depuis le début : le sondage de plus de 800 participants répartis dans six organisations canadiennes, sur 28 sites.

L’étude révèle de combien les programmes de santé et mieux-être au travail permettent de réduire l’absentéisme. « Les programmes de mieux-être diminuent l’absentéisme de 1,5 à 1,7 jour par travailleur par période de 12 mois, soit une économie annuelle évaluée à 251 $ par employé », ont écrit les chercheurs. Ces résultats se fondent sur la fourchette moyenne de jours d’absentéisme par année, par employé, établie par Statistique Canada en 2011, soit de 5 à 11 jours.

Premiers résultats

De premiers résultats pointent de l’étude Sun Life-Ivey. Entre autres, 22 % des participants ont dit être devenus actifs physiquement durant le programme, et 53 % ont signalé une augmentation de leur niveau d’activité physique. De plus, 23 % des participants ont témoigné d’une augmentation de leur niveau d’énergie, 51 % une amélioration de leur alimentation, et 59 % ont dit boire plus d’eau. De même, les répondants ont noté une amélioration dans leurs communications avec les autres (15 %), un meilleur sommeil (14 %) et une meilleure gestion du stress (16 %), a rapporté le chercheur principal de l’étude et professeur adjoint en stratégie des organisations à la Western University, Michael Rouse.

Il a aussi mentionné les résultats d’une étude de l’Organisation mondiale de la santé, selon laquelle 31 % des décès survenus dans le monde en 2012 sont liés à ces maladies. Une étude publiée en 2005 (Buttar et al.) a démontré que 80 % des décès liés à ces maladies auraient pu être évité par l’exercice, l’absence de tabac, le maintien d’un poids santé et de saines habitudes alimentaires.

Il en ressort que 39,5 % des employés ignoraient au moins un de leurs facteurs de risques en matière de maladies cardiovasculaires. Ces personnes étaient moins susceptibles de répondre au niveau d’activité physique recommandé. Ils étaient moins susceptibles de consommer quotidiennement trois portions de fruits et de légumes. Ils étaient toutefois plus susceptibles de signaler une consommation hebdomadaire de malbouffe. L’analyse des résultats fait également ressortir un manque de connaissance du niveau de cholestérol.

L’indice de mieux-être a permis au chercheur d’établir une courbe d’amélioration de la santé en entreprise. « L’étude nous a donné l’occasion d’établir des repères canadiens pour l’évaluation du rendement du capital investi dans les programmes de mieux-être en milieu de travail », dit Jennifer Elia, vice-présidente adjointe, santé et bien-être, de Sun Life.

Il reflète cinq facteurs : la culture et l’engagement en milieu de travail forment un bloc qui compte pour 44 % de l’indice ; le stress compte pour 22 % ; la nutrition compte pour 11 % ; le bloc alcool-tabac compte pour 11 % ; l’activité physique compte pour 11 %.

Appliqué à l’ensemble des groupes de traitement, l’indice a permis de noter une amélioration marquée dans plusieurs champs, après les tests. En prenant le point de départ zéro de la période pré-tests, l’indice montre que le niveau d’activité physique s’est amélioré de 25,6 %. Le mieux-être en entreprise s’est amélioré de 6,8 %. « Cela prend du temps à un programme de mieux-être pour produire des effets positifs, habituellement de 5 à 6 ans. Après on atteint un plateau. Nous n’avions que deux ans ! Nous avons été très impressionnés par les résultats », a commenté le chercheur.

Qu’est-ce qui accroche ?

Ces beaux résultats cachent de la résistance dans les entreprises. Parmi les barrières qui empêchent les employés de maintenir un mode de vie sain, les répondants ont invoqué le manque de temps (83 % au début de l’étude et 81 % à la fin), les exigences familiales et personnelles (67 % au début de l’étude et 68 % à la fin), et le manque d’énergie (71 % au début de l’étude et 68 % à la fin). L’évolution la plus notable s’est produite à l’endroit du manque de connaissance. Invoqué par 38 % des répondants au début de l’étude, elle ne préoccupait plus que 29 % à la fin de l’étude.

M. Rouse prévoit encore beaucoup de travail à faire sur les données accumulées dans l’étude. Parmi les prochaines étapes, les chercheurs développeront une façon de mesurer le rendement du capital investi. Dans un résumé de l’étude sur son site, Sun Life précise son intention de transmettre des résultats supplémentaires, y compris une analyse du rendement du capital investi.

Sur deux ans, ce rendement se traduit déjà par une plus grande efficacité et une diminution des absences, remarquent les chercheurs. Leur ambition est de développer un modèle qui leur permettra de prédire le rendement sur 5 ans d’un programme de mieux-être.