Lorsque les marchés s’enrhument, les fonds communs de placement toussent et éternuent, mais les fonds distincts reniflent à peine. C’est pourquoi les fonds distincts ont vu leurs ventes nettes reculer d’à peine un cheveu alors que celles des fonds communs ont connu une chute marquée.Les statistiques publiées par l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC) montrent que de septembre 2005 à septembre 2006, les ventes nettes (achats moins les retraits) de fonds communs de placement ont fléchi de 14% (23% si on exclut les distributions réinvesties).

Pour leur part, les ventes nettes de fonds distincts ont fait bien meilleure figure, ne diminuant que d’environ un demi pour cent durant la même période de comparaison. Celles-ci sont passée de 2,47 milliards$ (G$) en 2005 à 2,45G$ en septembre 2006, selon les données compilées par Investor Economics.

Comment deux produits de placements ayant autant de similarités peuvent-ils afficher des résultats aussi différents?

« Il y a divers facteurs à considérer et la correction des cours du marché pourrait en être un », dit Iassen Tonkovski, un analyste d’Investor Economic. Il souligne que les fonds distincts ont une part de leur actif plus élevée dans la catégorie équilibrée que les fonds communs. Ceux-ci ont une part plus élevée de leur actif en fonds d’actions seulement. « Traditionnellement, les fonds communs ont été plus sensibles au rendement du marché boursier », dit-il.

L’investisseur peut aussi avoir gardé sa mise dans les fonds distincts en raison de la valeur qu’ils garantissent à l’échéance. À mesure qu’ils approchent du moment de leur retraite, de nombreux quinquagénaires aiment en effet être rassuré. Ils veulent savoir s’ils peuvent continuer d’investir de façon dynamique tout en étant sûr de récupérer au moins 75 pour cent de leur capital investi après dix ans ou à 69 ans (la date ultime peut différer pour les fonds hors REÉR), peu importe les conditions du marché boursier à ce moment. « Les fonds distincts représentent le véhicule dont le risque de placement est le plus faible. Dans les années 1990, ils étaient perçus comme une alternative aux fonds communs, parce qu’assortis d’une assurance », dit M. Tonkovski.

Plus récemment, les fonds distincts reviennent se positionner non à titre de fonds d’investissement, mais comme un véhicule de gestion du risque, croit-il. Un positionnement qui s’harmonise à souhait avec le vieillissement de la population et, du même coup, l’augmentation des clients nantis qui se préoccupent davantage de la gestion du risque.

Bien que les fonds distincts affichent des frais de gestion plus élevés que les fonds communs, c’est une prime d’assurance que de nombreux consommateurs semblent prêts à payer. D’autres avantages, comme la prestation de décès garantie, le potentiel de protection contre les créanciers et la capacité d’éviter des frais d’homologation de testament dans plusieurs provinces, explique pourquoi, selon Investor Economics, les particuliers ont investi plus de 63,5G$ dans des fonds distincts à ce jour (30 septembre 2006).

Outre la clientèle vieillissante et réfractaire au risque, les fonds distincts attirent aussi les conseillers qui désirent concentrer leurs activités dans le secteur des fonds d’investissement.

Un conseiller en sécurité financière dispose de tout l’éventail de produits nécessaire pour développer le marché de l’investissement, même s’il est issu de l’industrie de l’assurance vie, croit John Lutrin, vice-président et chef de la commercialisation chez Financière Hub.

Avec le nombre de fonds distincts maintenant offerts par les assureurs, nous en sommes à un point « où il y a très peu de différences entre ce que peut offrir un représentant en assurance vie et un représentant en fonds communs », estime M. Lutrin.

Il existe maintenant plus de 2 300 fonds distincts inscrits à Globefund.com. Or, seulement 215 d’entre eux remontent à 1996 et avant. Signe que le marché canadien a décuplé au cours de la dernière décennie.