Même si les pertes assurées ont atteint 190 milliards de dollars (G$) au cours des deux dernières années et demie, les réassureurs continuent à présenter des bénéfices raisonnables. Pour la firme de notation A.M. Best, il s’agit là d’un accomplissement « remarquable », écrit-elle dans un rapport sur le secteur.« Le défi de gérer les pertes liées aux catastrophes s’est fait sentir en 2011. En y ajoutant la crise financière qui se poursuit depuis 2008, le secteur de la réassurance a dû franchir quelques obstacles pour maintenir ses finances à flot, comme la concurrence en tarification et les investissements volatils », disent les analystes d’A.M. Best.

Une nouvelle barrière point en plus à l’horizon, note A.M. Best : l’émergence de capitaux de tierce partie, telles les catastrophes bonds, ce qui contribue à faire baisser les tarifs des traités de réassurance. L’arrivée de ces nouveaux joueurs a amené une capacité additionnelle de 45 G$ en réassurance, ce qui représente 14 % de la capacité actuelle. Les fonds de couverture (hedge funds), les fonds de pension et les sociétés de fiducie sont les nouveaux compétiteurs des réassureurs, souligne la firme de notation.

Certains fonds de couverture ont même été jusqu’à créer leur propre compagnie de réassurance, tandis que d’autres ont préféré collaborer avec les réassureurs déjà présents. « Certains observateurs affirment que les hedge funds exercent la plus grande influence sur le secteur, en ce moment. Toutefois, nous croyons que ce sont les régimes de retraite qui ont la plus grande influence. Ils se sont toujours impliqués discrètement dans le secteur. Ils ont pris le temps d’appendre les rouages de l’industrie. En plus, ce sont des investisseurs à long terme. Les hedge funds ont plus une vision à court terme », indiquent les analystes d’A.M. Best.

L’arrivée de ces nouveaux joueurs, alors que la demande pour les traités décline, ne fait rien pour ramener les tarifs des traités à un plus haut niveau. Est-ce qu’il en sera longtemps ainsi? Si ces nouveaux joueurs ne trouvent pas la rentabilité recherchée, quitteront-ils le secteur? Ce sont quelques-unes des craintes qu’exposent les analystes d’A.M. Best.

« Les réassureurs se vantent souvent qu’ils ont des relations durables avec leurs cédantes. Si cette source additionnelle de capacité devait s’envoler, ils auront de sérieuses explications à fournir à leurs clients. Les réassureurs ont toujours porté attention à leur réputation, et doivent continuer de le faire », peut-on lire dans le rapport.

Une plus grande transformation à prévoir

La firme de consultation AON Benfield croit que de nouveaux capitaux continueront à affluer dans le marché de la réassurance. D’ici cinq ans, elle prévoit que 100 G$ de capacité s’y ajouteront. Tant les assureurs que les réassureurs en bénéficieront, croient ses analystes.

« La valeur de la proposition des réassureurs s’améliorera. Même leur cout de souscription sera réduit. Cela génèrera de nouvelles approches qui conviendront mieux aux besoins des assureurs que la réassurance traditionnelle », peut-on lire dans un rapport d’AON sur l’état des forces du secteur. Les analystes d’AON Benfield disent aussi croire que le renouvèlement du 1er janvier profitera aux assureurs. Ils disent s’attendre à un excès de capacité dans le marché de la réassurance traditionnelle, mais à une hausse de demande pour les flux alternatifs de capitaux. Les assureurs devraient donc en profiter, et ce, même si la saison des ouragans devait réserver quelques surprises.

Renouvèlements stables en janvier, mais pas à l’été

A.M. Best dit s’attendre à ce que la période de renouvèlement de janvier se fasse sans anicroche particulière pour les réassureurs. Le même ordre devrait se répéter en avril. Il s’agit là des deux grosses périodes de renouvèlement pour les réassureurs.

La firme de notation croit toutefois que la situation sera tout autre en juin et juillet, alors que les traités propres à la Floride et à certains États du sud des États-Unis arriveront à échéance. L’entreprise dit s’attendre à voir un surplus de capacité sur le marché, ainsi qu’une demande stagnante. A.M. Best s’attend à une hausse de la tarification des traités de catastrophe de 20 % à ce moment.

« Ce type de traité dans cette région précise a été le pain et le beurre des réassureurs, depuis le sommet du marché dur atteint en 2006. Il présente une belle occasion de se démarquer pour eux, comparativement à d’autres régions du monde. On a vu aussi que les réassureurs avaient fait un travail remarquable pour gérer les cycles. Vu ce changement de donne, ce sera encore un défi de plus pour eux », notent les analystes d’A.M. Best.