Si Ottawa agrée un jour à la demande répétée des banques de pouvoir vendre de l’assurance en succursale, Yves Brouillette est convaincu que le secteur financier connaîtra une concentration accrue.« Si le législateur favorise cette ouverture, il devra vivre avec les conséquences. Il faut en tenir compte et ne pas être surpris du résultat », a soutenu le président du conseil d’administration d’ING Canada lors d’une entrevue exclusive accordée au Journal de l’assurance au siège social québécois de l’assureur à Saint-Hyacinthe. M. Brouillette a pris sa retraite en septembre 2005 du poste chef de la direction de ING Latin America.

Il ne proteste pas contre la vente éventuelle directe d’assurance dans les banques, mais il avertit que la donne aura alors changé irrémédiablement. Il rappelle que le Canada est déjà très concentré au chapitre des services financiers, avec la présence des six grandes banques, un phénomène contraire à d’autres pays. Il considère que si le législateur donne le feu vert aux banques, il devra tenir compte d’une concentration déjà importante, qui ne fera que gagner de l’ampleur. « Nous devrons nous organiser pour fonctionner dans un nouveau cadre », explique le président du conseil.

Actuaire de formation, M. Brouillette compte une importante feuille de route. Au cours de sa carrière de 31 ans chez ING, il a assisté à de nombreux changements, non seulement chez son propre employeur, mais aussi dans l’ensemble du secteur financier.

Entré chez ING Groupe Commerce en 1974, il était nommé président et chef de la direction de la société en janvier 1990. En 1993, il prenait les rênes d’ING Canada, devenu le chef de file de l’assurance de dommages au pays.

En 2001, M. Brouillette prenait à nouveau du galon en prenant la direction générale d’ING Mexico et la présidence du comité de direction d’ING Commercial América. En 2002, il siégeait au comité de direction d’ING Americas, en plus d’être nommé chef de la direction et directeur général d’ING Latin America, jusqu’à sa retraite en 2005. Depuis 2003, il préside le conseil d’administration d’ING Canada, fonctions auxquelles s’ajoutent celles de président du conseil d’ING Assurance, ING Novex, La Nordique et Trafalgar, en plus d’être administrateur d’ING Gestion de placements.

Les défis de l’assureur acheteur

S’il paraît simple, en tant qu’assureur, d’acquérir une entreprise, Yves Brouillette formule ses avertissements. « Il y a toujours le danger de payer trop cher. Il s’agit ensuite de changer la culture qui existait dans l’entreprise acquise », ajoute-t-il.

Sous la direction d’Yves Brouillette, ING a effectué plusieurs opérations d’achat. « En fait, je ne les ai pas comptées », relève-t-il. Il fait notamment allusion au portefeuille IARD en assurance des particuliers et des entreprises de la Zurich ainsi qu’aux ex-compagnies Métropolitaine, Wellington, Canadian Surety, Guardian et Allianz.

Si c’était à refaire, Yves Brouillette referait le même parcours. « Les transactions qu’ING a faites ont été de bonnes décisions », maintient-il.

ING en avant

La position d’ING Canada en assurance de dommages au Québec rend par ailleurs Yves Brouillette particulièrement fier. « Nous avions la première place dans le domaine de l’assurance quand Desjardins est arrivé sur le marché et nous détenons toujours la première place», fait-il valoir.

Les données du Journal de l’assurance publiées dans le numéro de juillet dernier, démontrent qu’ING devance effectivement Desjardins. ING a cumulé 837 629 M$ de primes directes souscrites totales au Québec en 2003, 864 131M$ en 2004 et 822 450 M$ l’an dernier.

En contrepartie, Desjardins affichait 613 930 M$ de primes directes totales souscrites en 2003, 637 648 M$ en 2004 et 653 619 M$ l’an dernier.

Marie-Josée Boucher