L’assurance agricole peut être un segment très rentable pour un assureur. Toutefois, il peut aussi lui causer bien des maux de tête. C’est pourquoi les assureurs mettent tant l’accent sur la prévention, car un sinistre entraine bien souvent une perte majeure.Mario Dumas, vice-président principal aux opérations d’Optimum Général, le confirme. Certaines années sont bonnes en assurance agricole, mais ce n’est pas le cas des autres.

« Pour y être rentable, il faut un bon réseau de distribution, dit-il. Ça prend des courtiers qui savent bien choisir les risques. En tant qu’assureur, il faut aussi avoir les capitaux nécessaires pour supporter les pertes. Finalement, il faut un bon programme de réassurance. »

Il ajoute que ce ne sont pas tous les courtiers qui sont intéressés par ce segment. « Ça demeure de l’inconnu pour ceux qui n’y ont jamais touché. Les cabinets qui en font sont présents depuis 25 ans, voir 40 ans dans certains cas », dit M. Dumas.

Avantages

Il voit pourtant des avantages à le faire pour les courtiers. « Nous avons un taux de conservation extraordinaire, qui avoisine 92 % et plus. Ça peut prendre deux ou trois ans pour convaincre un agriculteur de changer de courtier ou d’assureur. Quand tu l’as, tu l’as pour longtemps. On le voit dans nos livres. Nous avons des clients depuis deux ou trois générations parfois. Ce sont aussi des gens qui paient bien. Ça demande toutefois un gros apprentissage pour le courtier », dit M. Dumas. Néanmoins, il affirme que sa compagnie serait prête à accepter de nouveaux courtiers dans ce segment.

« Notre rentabilité joue aussi sur le fait que de plus en plus de fermes sont mécanisées, car elles sont de plus en plus grosses. Ça a un effet pervers : les plus petites disparaissent. En ce moment au Québec, on perd en moyenne d’une à une ferme et demie par jour. Bon an mal an, c’est entre 400 et 500 fermes qui disparaissent chaque année », dit M. Dumas.

Il ajoute aussi que les systèmes d’électricité des fermes sont vieux. « Quand un incendie survient, il cause souvent une perte totale. C’est rare qu’on puisse sauver quelque chose. La perte moyenne avoisine 1,5 million de dollars (M $) à 2 M $. Ça va vite », dit-il.

Guy Goyette, vice-président à la commercialisation du Groupe Estrie-Richelieu, estime que le volume québécois en assurance agricole avoisine les 160 M $. « C’est un marché très spécialisé, sujet à des pertes importantes. On y retrouve des bâtiments isolés, sans bornes-fontaines à proximité. Une perte peut atteindre 4 M $ », dit-il.

Le Groupe Estrie-Richelieu est le second assureur de fermes au Québec, après le Groupe Promutuel. Il souscrit des risques uniquement dans ce créneau. M. Goyette révèle que la rentabilité n’y est pas évidente.

« Il y a des années où nous ne réalisons aucun profit technique. Ce fut d’ailleurs le cas les trois dernières années, même si cela a été moins pire l’an dernier. (NDLR : En 2009, le Groupe Estrie-Richelieu a enregistré un déficit technique de 2,3 M $. En 2010, ce déficit était de 283 000 $.) C’est pourquoi nous avons un service d’inspection très pointu. On essaie de réduire nos risques au maximum », dit-il.

L’Union Canadienne est présente dans ce marché depuis deux ans. La rentabilité n’est ainsi pas évidente à obtenir pour un nouveau joueur, souligne Benoît Lamontagne, vice-président aux assurances aux entreprises.

« La rentabilité a toujours été en dents de scie. On profite toutefois de l’expertise de Co-operators, qui compte beaucoup de fermes dans son portefeuille. Notre volume n’est pas encore à maturité. Il y a ainsi plus de volatilité dans un petit volume », dit-il.

Quant au ratio de sinistres, sans vouloir le dévoiler, il dit qu’il est similaire au reste de l’industrie. « Il n’y a personne qui nage dans l’argent dans ce segment. Pour avoir une meilleure idée, il faut voir sur cinq ans. Nous en sommes à nos balbutiements, mais on considère qu’on réalise une bonne percée. On doit toutefois être vigilant et miser sur la prévention. C’est la clé », dit M. Lamontagne.

Le Groupe Promutuel dit aussi miser sur la prévention pour assurer sa rentabilité. Ce sont ainsi 90 personnes qui y travaillent, uniquement pour le secteur agricole.

L’assureur dit afficher une bonne rentabilité, ainsi qu’un ratio de sinistres dans la moyenne. Toutefois, celle-ci peut être variable d’une mutuelle à l’autre. Promutuel du Lac au fjord a d’ailleurs subi les désagréments d’une mauvaise rentabilité. « Leur problème de rentabilité s’étirait sur dix ans, au point tel qu’ils avaient une fréquence de sinistre très élevée, voir inquiétante, relate Josée Garneau, porte-parole du Groupe Promutuel. Plutôt que de se retirer de ce marché, ils ont modifié leur offre, et intégré un programme d’amélioration du réseau électrique. »

Le Groupe Promutuel revoit d’ailleurs l’ensemble de son offre en assurance agricole en ce moment. « Nous voulons nous assurer que nous répondons aux besoins de nos assurés », dit Mme Garneau.