À l’heure où les actions se transigent à un ratio cours-bénéfice qu’il juge excessivement élevé, un gestionnaire de Gestion d’actifs Manuvie invite les investisseurs à rechercher les valeurs à long terme, et éviter la complaisance face au risque de correction boursière.

Les attentes des investisseurs à l'égard de l'élan actuel du marché sont-elles réalistes, s’interroge Paul Boyne, directeur général principal et gestionnaire de portefeuille principal de la stratégie et de l'équipe d'actions mondiales de Gestion d’actifs Manuvie, dans l’article Comprendre la valeur dans une conjoncture de valorisations élevées. « Le ratio cours-bénéfices n'a été aussi élevé qu'en 1929 et en 2000, des années associées à des corrections majeures », écrit-il. Le ratio qu’il utilise est calculé en divisant le cours du S&P 500 par la moyenne des bénéfices sur 10 ans.

L’optimisme règne sur les marchés

« Soutenus par les politiques monétaires détendues, les prix des actifs ont augmenté au cours des dernières années, malgré la faiblesse des anticipations inflationnistes, observe M. Boyne. Or, l’optimisme règne sur les marchés, où les investisseurs s’attendent à ce que les cours des actions continuent à grimper. Pourtant, des éléments sous-jacents suggèrent que le contraire pourrait se produire. »

Il en profite pour rappeler que les bénéfices ont généralement tendance à se révéler inférieurs aux prévisions, et lance un haro sur la myopie ambiante. « En cette période obsédée par les résultats trimestriels, la frontière qui séparait auparavant la spéculation des placements a peut-être tendance à s’estomper. Il est facile d’oublier que lorsqu’un investisseur achète les actions d’une société, il investit dans l’entreprise, et non pas dans un indice ou un cours; ces actions représentent une participation dans une entreprise bien réelle, qui exerce ses activités dans un secteur aussi complexe que compétitif. »

Se distancer du troupeau

Selon le gestionnaire, les investisseurs sont bombardés d’informations rivées sur les changements à court terme, qui « négligent les événements qui ont des répercussions importantes sur les secteurs d’activité mondiaux et les rouages des affaires à long terme ».

M. Boyne exhorte ainsi les investisseurs à lutter contre la mentalité de troupeau et le « court-termisme ». « Nous jugeons important de mettre l'accent sur l'équilibre optimal entre la qualité et la valeur, car c'est à l'intersection de ces deux éléments que les investisseurs sont récompensés à long terme. », a-t-il affirmé.

Dans ce qu’il appelle une conjoncture de valorisations élevées, M. Boyne estime judicieux de cibler les actions de qualité pour repérer celles qui offrent une valeur significative. Dans son approche, il dit investir dans des entreprises et des industries, au lieu de miser sur des variations de cours ou des engouements éphémères.

Déflation et Brexit

Il considère également crucial d’analyser la situation mondiale dans une optique à long terme, plutôt que sous la loupe du quotidien. « Notre propre analyse indique que l’endettement a augmenté, même si les marges bénéficiaires semblent être proches de leur sommet. Selon nous, cela est inquiétant parce que les valorisations actuelles se fondent sur une forte croissance des bénéfices, une perspective que nous trouvons quelque peu optimiste », a-t-il déclaré dans un autre bulletin sur les perspectives des actions mondiales, été 2017.

M. Boyle signale aussi que de 2010 à 2016, les entreprises américaines ont contracté 7 800 milliards de dollars US de dettes et d’autres obligations. Selon le rapport du Fonds monétaire international, la dette nette médiane des sociétés de l’indice S&P 500 représente presque 1,5 fois les bénéfices, ce qui n’a pratiquement jamais été aussi élevé, note le gestionnaire.

Outre cela, les investisseurs devraient porter attention à certains problèmes macroéconomiques, écrit M Boyle. La déflation reste un risque, tout comme la persistance de l’incertitude politique, aux États-Unis, mais aussi concernant les prochaines élections en Allemagne et en Italie, et les négociations sur le Brexit. Parallèlement, un sentiment de malaise persiste à l’égard des ambitions nucléaires nord-coréennes.