Un cabinet fondé par deux anciens dirigeants d’actuariat au sein d’assureurs voit ses affaires propulsées par des demandes d’évaluation de polices en raison des bas taux d’intérêt. Quand les taux sont bas, certaines polices valent plus cher, ont-ils découvert.Johanne Goulet, première vice-présidente en assurance collective de SSQ Groupe financier jusqu’à sa retraite, en juin 2013, et Richard Garneau, PDG de Gestion Universitas jusqu’en 2012, ont officialisé ce printemps leur cabinet d’actuaires, Goulet Garneau, Actuaires Conseils.

Le PDG du cabinet croit que les deux associés apportent un bagage intéressant aux assureurs et au réseau de distribution, tant en gestion qu’en accompagnement. Or, l’évaluation de polices est une activité en pleine croissance. « J’ai entre autres évalué des polices d’assurance pour des entrepreneurs qui restructurent leur entreprise, fusionnent ou ajoutent de nouveaux associés », a expliqué M. Garneau en entrevue au Journal de l’assurance.

Marché de l’évaluation

« Le marché de l’évaluation se développe, car plusieurs polices d’assurance temporaire 100 ans (T100) ont été émises au Canada à un prix très bas, alors que les hypothèses de taux d’intérêt des assureurs étaient élevées. Avec la baisse des taux d’intérêt à long terme, la valeur actuelle de ces polices a augmenté, un peu comme ce qui est arrivé aux engagements actuariels des régimes de retraite à prestations déterminées », a dit l’actuaire.

Les assureurs n’offrent aucune valeur de rachat sur ces polices. Or, celles-ci n’en ont pas moins une valeur actuarielle. Il s’agit de la valeur actuelle des bénéfices futurs de la police moins la valeur des primes qui restent à payer. Ce calcul donne la juste valeur marchande de la police. Ce calcul est utile dans le cas d’un don de police à un organisme philanthropique. Au moment d’effectuer son don, l’assuré reçoit un reçu fiscal qui équivaut à cette valeur marchande, explique M. Garneau. Un cas de divorce en séparation de biens peut aussi requérir l’évaluation d’une police que l’on doit diviser entre les conjoints.

« Par exemple, une police temporaire de 100 ans dont le montant assuré est de 10 000 $ pourrait avoir une valeur marchande de 40 000 $. Plus l’assuré vieillit, plus cette valeur est élevée, a-t-il ajouté. Donc, même si une police n’a aucune valeur de rachat, l’actuaire peut tout de même en calculer la valeur réelle. Les assureurs effectuent d’ailleurs ce calcul pour chacune de leurs polices, même pour les assurances temporaires 10 ans, puisqu’elles peuvent être renouvelées ou transformées. »

Goulet Garneau offre aussi des services d’accompagnement en planification stratégique, d’évaluation des risques, d’appariement et de soutien des actuaires désignés des assureurs, ainsi que soutien en développement informatique, a énuméré son PDG. Le cabinet offrira aussi du soutien à l’égard des produits de régimes enregistrés d’épargne-études (REEE).

Expériences complémentaires

Actuaire à la Régie des rentes (RRQ), puis au Ministère de la Santé et des Services sociaux, Mme Goulet a amorcé sa carrière chez SSQ en 1996, où elle a eu l’occasion de se familiariser tant avec les services d’investissement et de retraite qu’avec ceux de l’assurance collective. Elle effectue donc un retour aux sources, puisqu’elle a fait ses débuts dans une firme d’actuaires-conseils à la fin des années 1970.

M. Garneau a travaillé chez La Capitale dans les années 1990, où il s’est entre autres familiarisé avec les activités de placement et d’assurance vie individuelle, après avoir commencé sa carrière avec le réassureur RGA Canada.

L’expertise des deux associés leur permet de couvrir un large éventail de services. Ils disent d’ailleurs amener sur les tablettes des expériences qui se complètent. Goulet Garneau, Actuaires Conseils indique se spécialiser en assurances de personnes, en investissement, en fonds communs, en fonds distincts et en REEE. M. Garneau en est le président et Mme Goulet, la vice-présidente.

Le cabinet avait discrètement amorcé ses activités en 2013, mais a décidé récemment de se mettre sous les projecteurs. « Nous avons officiellement lancé notre site il y a quelques semaines, avait fait savoir Mme Goulet lors d’une entrevue accordée au Journal de l’assurance, au début du mois d’avril. Cela nous a donné le temps qu’il faut pour prendre des mandats. »

Expérience de la fonction publique

Elle revient sur la notion de complémentarité. « Mon expérience porte principalement sur le développement de produits, tandis que celle de Richard porte davantage sur l’actuariat commercial », a-t-elle expliqué. Elle a aussi ajouté des cordes à son arc en accédant au conseil d’administration de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), en décembre 2013. Dans l’ensemble, son expérience de la fonction publique lui a permis d’apporter, selon ses dires, « une complémentarité à l’endroit des services et des stratégies ».

Son rôle consiste à prendre en charge toute augmentation imprévue du volume d’activités normal du cabinet. « J’y vais à mon rythme dans le but de réduire éventuellement mes activités. Je voyais cela comme un parcours de fin de carrière, mais je suis pas mal occupée, ces temps-ci, car il y a beaucoup d’administration à faire », a-t-elle commenté