Il faudra beaucoup de temps pour reconstruire ce qui a été détruit à Lac-Mégantic. Les Méganticois auront aussi beaucoup à faire pour remonter la pente. FlashFinance.ca s’est entretenu avec deux fournisseurs en santé et mieux-être au travail pour voir comment ils ont aidés les gens sur le terrain, mais aussi de ce qui les attend dans le futur.

Solareh, qui dispense des programmes d’aide aux employés à des entreprises clientes d’assureurs, tant en vie qu’en dommages, a déployé son offre de différentes façons à Lac-Mégantic, relate sa directrice du service de la prévention, Lorraine Dauphinais. « On déploie le tout en fonction des besoins du client. Dans ces circonstances, il ne faut pas forcer les choses. C’est bien important », dit-elle. Même son de cloche chez Optima Santé globale. « Les gens de Lac-Mégantic ont beaucoup souffert et continuent à souffrir, dit son vice-président, développement des affaires et relations clients Jean-Claude Vaillancourt.

Solareh offre ainsi de l’aide sur deux plans. « Tout d’abord aux employeurs, pour venir en aide aux employés et à leur famille. Vient ensuite l’aide aux gestionnaires, qui vivent des moments pas faciles, tant au niveau de la gestion de leurs effectifs que pour la relocalisation de leurs activités. En plus, ils sont souvent affectés personnellement par la tragédie. Ils n’ont pas de répit, tant dans leur famille qu’au travail. On fait donc beaucoup de travail auprès d’eux », dit-elle.

Du côté de Solareh, une équipe d’intervenants s’est déplacée à Lac-Mégantic, mais beaucoup de soutien a été offert par téléphone. « Il ne s’agit pas juste de distribuer des cartes d’affaires. On a demandé les listes d’employés à nos entrepreneurs clients. Nous avions dix personnes de notre bureau de Montréal qui ont contacté ces gens pour leur démontrer qu’ils avaient du soutien, en plus de les rassurer. On a aussi fait beaucoup de gestion de crise sur place et de débriefings de crise. On a dû faire face à plein de situations pas trop joyeuses, comme intervenir auprès de personnes qui ont retrouvé un proche décédé dans les décombres. Les gens avaient besoin d’éclater et on leur donnait du temps. Avec les services sociaux aussi sur place, le tout se partageait bien. Plusieurs avaient besoin de ventiler pendant quelques minutes ou juste quelques secondes. On était là pour leur rappeler qu’ils avaient accès à de l’aide », dit M. Vaillancourt

Mme Dauphinais ajoute que beaucoup de coaching se fait par téléphone auprès des gestionnaires. « Leur téléphone ne dérougit pas et ils ne peuvent se déplacer. Ils sont donc heureux qu’on fasse des conférences téléphoniques avec eux », dit-elle.


On voit des entrepreneurs mettre en place des stratégies incroyables à Lac-Mégantic. [...] On voit beaucoup d’entraide, même entre gestionnaires, alors que ce n’est pas toujours le cas.

Lorraine Dauphinais


Le principal défi qu’ont les gestionnaires et qu’ils devront suivre au cours des prochains mois est de s’assurer d’éviter qu’il y ait une détérioration de la détresse au sein des employés de leur entreprise, dit Mme Dauphinais. « On les aide à prendre des décisions pour qu’en bout de ligne, les gens restent au travail. On sait qu’il est plus dur pour un employé de revenir s’il quitte. On les aide à prendre des mesures d’assouplissement, comme du travail à temps partiel. On voit des entrepreneurs mettre en place des stratégies incroyables à Lac-Mégantic. Certains vont même jusqu’à chercher des gens ailleurs. C’est tout un casse-tête pour eux. On voit beaucoup d’entraide, même entre gestionnaires, alors que ce n’est pas toujours le cas », dit-elle.

Au cours de la dernière semaine, Solareh a aussi commencé la diffusion de webinaires en temps réel, qui portait notamment sur la résilience et sur comment faire pour détecter les employés en détresse dans le futur. « On est là depuis le début, soit depuis le dimanche suivant la tragédie. On a une bonne dizaine de cliniciens qui ont été envoyés sur place. Leur nombre fluctue à chaque jour. Ils sont venus en aide à des dizaines et des dizaines de personnes. C’est impossible d’en faire le décompte », dit-elle.

M. Vaillancourt, d’Optima, note aussi que l’aide offerte est très appréciée. Il donne l’exemple de l’entreprise Bestar, un manufacturier de meubles établi à Lac-Mégantic. « Nous avons parlé aux employés de l’usine lorsque celle-ci a rouvert ses portes après la tragédie. Certains avaient amené leurs enfants. On est aussi intervenu auprès d’eux. Dans un tel cas, on touche à tout ce qui est important pour eux, dans un très court laps de temps », dit-il.

Bien souvent, les cliniciens de Solareh offrent des consultations personnalisées pendant des heures. « On est fier de nos professionnels. Ils travaillent dans des conditions difficiles, dormant où ils peuvent. Ils sont habitués d’entendre parler de catastrophes, mais ça demeure quand même un évènement hors du commun. Ils se parlent entre eux. Ils font des débriefings. S’ils sont trop fatigués, c’est quelqu’un d’autre qui y va. Ce sont des conditions particulières, mais le souffle d’entraide qu’il y a là-bas énergise tout le monde, y compris nos spécialistes. Chez Solareh, nous sommes bien heureux de la façon dont l’aide se déroule », dit Mme Dauphinais.

Elle souligne aussi que les Méganticois auront besoin d’aide à long terme. « Certains vont développer des stress post-traumatiques. Certains vivaient des divorces ou des cancers. Des gens déjà fragilisés au départ seront encore plus à risque. C’est pourquoi on fait déjà de la psychoéducation auprès de nos gestionnaires clients. Ils devront en arriver à gérer des prises de positions importantes chez des gens. Certains n’arrivaient pas à faire des choix de vie. La tragédie agira comme un déclencheur pour eux. Ça peut faire beaucoup de remous. Les employeurs doivent en être conscients et être attentifs à cela. Ils devront être très à l’écoute, car il s’agit d’une situation assez extraordinaire », conclut-elle.

M. Vaillancourt s’attend aussi à ce que la tragédie ait des répercussions chez les Méganticois dans les prochaines semaines. « Ils chemineront beaucoup. La tragédie ne se vivra pas de la même façon d’une personne à l’autre. C’est comme pour un deuil. Ce n’est pas tout le monde qui vit la crise au même moment. Certains ont beaucoup de résilience, alors que d’autres réagiront fortement dans les prochaines semaines. Il faut s’attendre à voir des cas de stress post-traumatiques. Les Méganticois sont présentement en mode adaptation, mais ça changera », dit-il.

Le vice-président d’Optima a aussi tenu à saluer la participation des assureurs sur le terrain. « C’est dans une crise comme celle-là qu’on peut voir une telle solidarité. J’ai bien aimé la réaction des assureurs. Tous ceux qu’on a rencontrés sur le terrain ont agi avec classe et dignité. C’était très beau à voir. Ça montre qu’on a beaucoup de civisme au Québec. Je ne suis pas surpris de la chose, mais c’est toujours plaisant à voir », a-t-il conclu.