Quand John Harbour a pris la direction du Groupe Desjardins Assurances Générales (GDAG) en 1985, l'entreprise comptait 500 employés et avait des revenus de 500 millions $, ce qui faisait de lui le 10e joueur en importance dans le secteur de l'assurance. À la suite de l'achat par le Groupe Commerce, l'ancêtre d'Intact Assurance, de la compagnie Bélair Direct. M. Harbour a réuni tous les employés de GDAG et il leur a annoncé qu'il entendait distribuer les produits d'assurance dans les caisses populaires.« C'était une bombe ! », rappelle-t-il en racontant cette histoire pleine de rebondissements qui a été l'objet de la première partie de sa conférence. En ce temps-là, les services financiers n'avaient pas été décloisonnés. Pour arriver à ces fins, GDAG ne pouvait demander des amendements à la loi existante. Il y avait toutefois une faille dans la législation qui n'interdisait pas formellement au Mouvement Desjardins de vendre de l'assurance dans ses succursales.

Pour mener sa campagne, laquelle devait être réalisée dans la discrétion la plus totale, John Harbour a été conseillé par un spécialiste du génie militaire. Dès le moment où la nouvelle allait être ébruitée, l'opposition des courtiers promettait d'être vive et il y avait la possibilité que ces derniers décident de boycotter les caisses. Pour amadouer les courtiers, « on a fait tirer des voyages dans le Sud ! », raconte M. Harbour.

En cas d'échec, le P.D.G. avait prévu un « plan B » en achetant des bureaux de courtiers, lesquels auraient pris le relais advenant l'impossibilité de vendre de l'assurance dans les caisses populaires. Ces bureaux ont été revendus plus tard et GDAG a perdu 1,5 million $, « mais c'était notre police d'assurance ».

D'autres plans ont été élaborés pour convaincre les caisses de participer à l'aventure, contrer les arguments des opposants, presser le gouvernement d'agir, chercher du capital, investir dans le marketing et procéder à une véritable évaluation du risque. Dans ce dernier cas, il fallait surtout éviter que GDAG récupère les mauvais clients rejetés par la concurrence.

Desjardins est devenu le plus gros assureur au Québec et compte 3450 employés. « Nous perdions de l'argent à mon arrivée. Aujourd'hui, le Groupe a un rendement de 20 % après impôt », dit-il en précisant bien entendu que cette position de leader n'a pas été obtenue seulement grâce à lui.