Révision de la loi 188, consultations sur les commissions intégrées, taxe sur les intrants. Après 30 ans à se mêler de ses affaires, Bertrand Larocque en a assez.

Élu en juin trésorier du conseil d’administration de l’Association professionnelle des conseillers en services financiers (APCSF), M. Larocque s’est engagé à batailler sur deux fronts pour assurer une meilleure place à l’APCSF lors des consultations sur l’avenir de l’industrie : établir un plan de communication clair et accroitre son effectif, qui compte actuellement 400 membres.

En entrevue avec le Journal de l’assurance, M. Larocque a lancé un cri du cœur. « Trop de décisions réglementaires importantes se sont prises et se prendront sans que les représentants soient consultés, s’ils ne se prennent pas en main pour donner une voix forte à l’APCSF. »

Comme première pièce de son plan de communication, M. Larocque a partagé ses préoccupations dans un communiqué diffusé par l’APCSF le 30 aout. Il y explique avoir joint le conseil de l’APCSF « pour avoir l’esprit tranquille ».

Avoir voix au chapitre

Il y déplore que de nouvelles règles du jeu semblent favoriser toujours davantage le modèle d’affaires des grandes corporations. « Les petits entrepreneurs des services financiers que nous sommes, pendant ce temps, s’occupent du bien-être de leurs clients et du développement de leurs connaissances. Le résultat ? Les lois s’écrivent et les règles sont adoptées, sans que nous ayons voix au chapitre, pendant qu’on s’occupe de nos clients ! Peut-on blâmer le gouvernement et les organismes de réglementation si notre chaise est laissée vide ? », écrit M. Larocque.

En entrevue, il a révélé que le communiqué lui a valu des communications de plusieurs conseillers, qui souhaitaient devenir membre de l’APCSF ou joindre son réseau LinkedIn pour en savoir davantage. Il donnera bientôt une conférence à Drummondville sur les enjeux réglementaires de l’industrie. Planificateur financier et représentant en épargne collective auprès de SFL Placements, succursale de Brossard, M. Larocque exerce aussi en assurance de personnes.

« J’ai commencé avec La Laurentienne, dans le développement de fonds destinés au réseau de carrière, au début des années 1990. J’ai travaillé pour des manufacturiers, comme représentant des ventes de fonds communs (wholesaler). Exprimer mes préoccupations sur le fait que les conseillers perdent de plus en plus de représentativité auprès des instances réglementaires et des institutions financières peut me permettre de rejoindre plusieurs personnes », croit M. Larocque.

Il a été membre de l’APCSF à l’époque du Regroupement indépendant des Conseillers de l’industrie financière du Québec (RICIFQ). S’il avait quitté le regroupement pour se consacrer entièrement à ses clients et le développement de ses affaires, il ne peut maintenant concevoir finir sa carrière sans s’impliquer.

« Le temps est venu. Avec tout ce qui se passe, je ne peux dormir tranquille. La voix des conseillers est fragmentée. Chacun doit se dédier à sa pratique plutôt que de se préoccuper d’influer sur les grandes tendances réglementaires qui se profilent. Les grandes institutions financières, nos fournisseurs et les organismes de réglementation s’en préoccupent à notre place. »

Le planificateur financier rempile avec l’APCSF parce qu’il dit y voir des conseillers pleins de bonne volonté, aux prises avec des moyens rudimentaires. « Tu ne peux pas laisser les choses aller et ne pas aider des gens qui se démènent avec peu de moyens pour faire avancer la cause des conseillers. Ces bénévoles ont des entreprises à gérer. Il manque juste un petit coup de pouce. »

Sans gagner du poids, l’APCSF ne pourra réussir. « Je me suis engagé auprès du conseil d’administration à accroitre l’effectif de l’APCSF », a souligné M. Larocque. Première marque de leadeurship en ce sens, il s’est opposé à ce que les frais d’adhésion augmentent. Ceux-ci sont actuellement de 150 $ annuellement. « Ce ne sont pas les tarifs qui doivent augmenter, mais le nombre de membres, tranche M. Larocque. Il est important d’avoir plus de représentants autonomes pour parler d’une seule voix. »

Il misera sur la notoriété pour accomplir ce mandat, et mettra à contribution son réseau de contacts du secteur des fonds communs et des valeurs mobilières. « Nous voulons dire aux conseillers que nous travaillons pour eux. L’APCSF fait beaucoup de bonnes choses méconnues. Le président et porte-parole, Flavio Vani, et le vice-président, Michael Luciani, sont enregistrés comme lobbyiste à Québec.

Rencontres importantes

Les deux hommes ont rencontré le ministre des Finances et son sous-ministre, ainsi que l’Autorité des marchés financiers, rappelle M. Larocque. « Des rencontres, il y en a eu et il y en aura d’autres. L’APCSF a déposé auprès du ministre et de l’Autorité des mémoires qui touchent des préoccupations très importantes aux yeux des représentants autonomes. Nous en préparons deux autres. L’APCSF était à la table ronde de l’Autorité sur les commissions de fonds communs intégrées, le 2 septembre. À ma connaissance, nous étions les seuls conseillers financiers assis à cette table, avec des représentants des consommateurs, des manufacturiers, des distributeurs et des courtiers en valeurs mobilières », insiste M. Larocque.

Il veut aussi éliminer la confusion des rôles. « Nous voulons dire aux représentants qui nous sommes. Je parle à plusieurs d’entre eux et je constate qu’ils confondent notre rôle et celui du Conseil des professionnels en services financiers (CDPSF). Je me demandais moi-même, avant de joindre l’APCSF, pourquoi il y a deux associations. »

M. Larocque rappelle que la Chambre de la sécurité financière a créé le CDPSF en vertu d’un protocole qui lui délègue la formation continue et les autres activités des anciennes sections régionales, en échange d’un financement transitoire conditionnel à l’accomplissement de ses obligations. « L’APCSF, elle, vit uniquement des cotisations de ses membres. »