L’année 2005 fut la pire de l’histoire en ce qui concerne les pertes assurées reliées aux catastrophes naturelles. Malgré tout, les réassureurs actifs au Canada y vont d’une hausse modérée, qui n’aura aucune répercussion sur les consommateurs.Katrina a fait beaucoup de mal aux bilans des réassureurs. Et cette catastrophe ne fut pas isolée. Tsunami et autres typhons asiatiques, tremblements de terre et tempêtes diverses ont fait de 2005 la plus coûteuse année en termes de pertes assurées mondiales.

Le Canada n’a pas échappé à cette saignée, avec le sinistre le plus coûteux de l’histoire de l’Ontario. Le 19 août 2005, nos voisins étaient frappés par un véritable déluge, qui coûtera 500 M$ aux assureurs, une fois toutes les réclamations traitées. Suit une explosion survenue dans la raffinerie albertaine de Suncor, qui s’est traduite par une perte assurée de 1,5 milliard (G)$. Ajoutez une série de tempêtes de vent dans les Prairies et vous avez un palmarès qui a fait grincer des dents l’industrie canadienne de l’assurance et de la réassurance.

Lorsqu’une catastrophe survient à l’étranger, c’est l’ensemble des assureurs qui finissent par payer la note. Car l’industrie de la réassurance est mondiale et répartit ses pertes sur cette base.

La donne change lorsque les réassureurs doivent composer avec des catastrophes à grande échelle en sol canadien. Cela se traduit invariablement par des augmentations de tarifs que devront avaler les assureurs actifs au Canada.

La grande question qu’ils se posaient avant les Fêtes, tournait autour de l’ampleur de cette hausse pour 2006.

Tarifs à la hausse

« Il faut s’attendre à des hausses de tarifs moyennes se situant entre 15 et 20% pour l’ensemble des traités de 2006, explique Cameron MacDonald, président de Transatlantic Re et du Conseil canadien de la réassurance. Mais cette donnée ne signifie pas grand chose si vous ne vous attardez pas à des tranches spécifiques. En catastrophe, les hausses se situeront plutôt aux alentours de 40 à 50 %. Elles sont beaucoup plus élevées dans les tranches catastrophiques supérieures en biens, pour les couvertures de plus de 250 M$. »

Dans les couvertures maritimes ou en énergie, M. Cameron situe la hausse moyenne entre 25 et 50 %. En responsabilité, elle est beaucoup moindre, entre 10 et 15 %, car il s’agit de pertes probables ou actuelles spécifiques, souvent calculées à long terme.

« Mais il est clair que les tarifs de réassurance vont grimper dans tous les domaines, fait observer M. MacDonald. Car les pertes de 2005, par leur amplitude, leur sévérité et leur fréquence, ont créé une onde de choc qui s’est répercutée dans l’ensemble de l’industrie de la réassurance de par le monde. »

Ce constat est partagé par le nouveau président et chef de la direction de Suisse de Réassurance du Canada, Jean-Jacques Henchoz. Mais ce dernier refuse d’adopter un ton alarmiste et se veut rassurant quant aux hausses de tarifs pour 2006. « J’entrevois une hausse moyenne de 10 %, mais elle ne s’appliquera pas à toutes les couvertures, dit-il. Ça dépend des clients. Ceux qui ont été plus affectés que d’autres, notamment par la tempête ontarienne, subiront des hausses plus fortes. »

M. Henchoz reconnaît que Katrina et les autres catastrophes ont clos un cycle relativement mou dans la réassurance.

En assurance et en réassurance, un cycle (ou un marché) mou représente un environnement où les assureurs appliquent moins de sévérité à la souscription ainsi qu’aux tarifs dans le but de gagner des parts de marché. Un cycle ou un marché dur se caractérise par une sévérité de souscription accrue et des tarifs en forte hausse. Parfois ce sont les couvertures qui deviennent plus restrictives.

Pas le temps de souffler

« Les réassureurs commençaient tout juste à récupérer de leurs pertes liées au 11 septembre 2001 et affichaient leurs meilleurs bilans financiers depuis longtemps, reprend M. Henchoz. Ils ont appris à diversifier davantage l’allocation de leur capital sur une base mondiale. Puis sont survenus les ouragans frappant la région du golfe du Mexique. Les réassureurs ont alors enregistré des pertes importantes, mais ils n’ont pas eu de difficulté à regarnir leurs coffres après ces événements. Ce qui est une marque évidente de santé pour notre industrie, qui demeure compétitive. »

Au Canada, M. Henchoz prévoit une année 2006 assez stable sur le plan des tarifs. « Il subsiste une certaine exposition aux risques climatiques et sismiques, mais les assureurs que j’ai rencontrés ont réagi sainement face à ce genre de risque, dans un contexte de compétitivité accrue », ajoute-t-il.

« C’est que les assureurs canadiens jugent que les risques catastrophiques sont généralement bien tarifés et que la souscription est adéquate, explique Jean-Jacques Henchoz. La plupart ont donc choisi de réduire leurs couvertures en réassurance. Certains ont acheté des couvertures additionnelles pour des tranches supérieures. Mais ils ont préféré augmenter leurs rétentions. » En d’autres mots, les assureurs assument une plus grande part du risque.

« Je m’attendais à des augmentations de tarifs moyennes plus sévères en 2006, affirme Constantin (Tino) Petalas, président de AXA Re Canada. Cependant, je n’ai remarqué aucune diminution cette année. Nous avons définitivement quitté le marché mou. Aux États-Unis, les tarifs moyens ont bondi de 50 % et même plus. Au Canada, j’ai vu peu de renouvellements dépasser les 10 % ou plus. Mais il va falloir s’attendre à d’autres hausses au cours des prochaines années. »

M. Petalas explique que les réassureurs ont été durement touchés par les ouragans et autres typhons de 2005. Certains ont perdu entre 40 et 50 % de leurs fonds propres. « La capacité mondiale en rétrocession (la réassurance des réassureurs) a fortement diminué l’an dernier. En conséquence, les tarifs ont triplé et même quadruplé pour certaines couvertures. Nous, les réassureurs, devons payer de plus en plus cher pour nos propres protections. Cette donnée aura un impact inévitable sur nos tarifs. »

M. Petalas s’attend à d’autres hausses en 2007. « Tout dépend de ce qui se produira cette année, dit-il. Si de nouvelles catastrophes engendrent d’énormes pertes, les traités de 2007 au Canada comporteront inévitablement des hausses importantes de tarifs, peu importe le lieu de la catastrophe. »

Prendre du risque

« Il y a beaucoup de restructuration de programmes de réassurance chez de nombreux assureurs, soutient Cameron MacDonald. On voit des clients passer de couvertures proportionnelles vers des programmes de couvertures additionnelles (excess loss). »

Un tel revirement de situation pourrait affecter la santé financière des assureurs. Si ces derniers assument davantage de risque, les agences de notation vont y regarder de plus près. « Les assureurs devront faire un meilleur travail de souscription et, éventuellement, ajuster les tarifs et les couvertures en conséquence, reprend M. MacDonald. Les régulateurs vont aussi redoubler de prudence. Ce qui va probablement mener à davantage de consolidation dans l’industrie. Des assureurs auront moins d’appétit pour certains secteurs d’activité. Compte tenu que la plupart des assureurs et des réassureurs de dommages actifs au Canada sont des filiales de sociétés étrangères, il faudra s’attendre à un réalignement des priorités. Les sièges sociaux vont évidemment comparer les rendements pour chacun des pays et feront un rebrassage de leurs cartes. Et ils envisageront peut-être de réaffecter le capital là où il rapporte le plus. »

Le marché canadien de l’assurance et de la réassurance est petit, mais significatif à l’échelle mondiale. Cela dit, même s’il n’existe plus aucun pays qui ne soit pas à risque à cause des changements climatiques, ce marché est considéré comme encore très sain.

« Dans l’environnement actuel, certains assureurs devront faire des choix difficiles, reprend M. Henchoz. Quelques-uns vont privilégier les économies d’échelle, d’autres la spécialisation. Car il y a de la place pour les joueurs de niche au Canada. »