Québec connait une meilleure croissance que les autres villes canadiennes depuis la crise financière. La présence de ses nombreux sièges sociaux d’assureurs l’explique en partie, affirment des experts économiques.

Le 29 avril dernier, la firme KPMG tenait la deuxième édition de son forum sur l’assurance à Québec. Un panel s’est penché sur la place occupée par les assureurs dans le développement économique de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec. Le panel a été animé par l’économiste Jean-Pierre Lessard. directeur principal en services-conseils et stratégie chez KPMG. Renaud Beauchesne, associé chez KPMG à Québec, et René Hamel, PDG de SSQ Groupe financier, y ont participé.

Dans les statistiques officielles, le secteur de l’assurance est combiné à celui de la finance et de l’immobilier. En 2012, selon les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), le produit intérieur brut (PIB) combiné de l’ensemble de ces sous-secteurs affichait un solde de 7,5 milliards de dollars (G$), dont 29 % provenaient des sociétés d’assurances et activités connexes. Environ 36 % du PIB de l’industrie de l’assurance de tout le Québec vient de la RMR de Québec.

M. Beauchesne affirme que ces statistiques sont impressionnantes, car elles ne comprennent pas la présence des grandes sociétés publiques chargées d’assurer diverses activités. On pense ici à la Commission de santé et de sécurité au travail (CSST), la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), la Régie des rentes du Québec (RRQ), la Financière agricole du Québec et la Commission administrative des régimes de retraite et d’assurances (CARRA). L’effectif de ces organismes publics totalisait 7 900 emplois à Québec en 2014.

Écosystème de l’assurance

Il existe donc un véritable écosystème de l’assurance à Québec, incluant 11 sièges sociaux de sociétés d’assurance, en plus de la présence de bureaux importants pour plusieurs autres compagnies. On y trouve de nombreuses associations sectorielles et des établissements d’enseignement, incluant deux programmes à l’Université Laval et trois collèges. On dénombre aussi 62 cabinets de courtage ou agents généraux à Québec et Lévis.

« Le mouvement coopératif et mutualiste joue un très grand rôle dans la région », ajoute M. Hamel. M. Beauchesne renchérit en notant que la présence de grands assureurs contribue grandement à la vigueur des entreprises spécialisées en technologies de l’information, qui sont des fournisseurs importants.

La performance économique du secteur de l’assurance a été assez variable ces dernières années, poursuit Jean-Pierre Lessard. Mais la RMR de Québec a mieux supporté les aléas de la crise financière de 2007-2008 et affiche une solide reprise depuis 2012. La performance de l’industrie à Québec a été meilleure que celle implantée dans la région de Montréal, et aussi que celle du Québec, de l’Ontario, de l’Alberta et du Canada.

Stabilité des sièges sociaux

Selon M. Hamel, la présence de sièges sociaux a contribué à amoindrir les effets de la crise. Les assureurs de Québec ont aussi moins été touchés par l’effondrement du marché des papiers commerciaux (PCAA), car ils étaient moins exposés dans ce marché, tout comme dans celui des produits du type fonds garantis.

De manière générale, les assureurs québécois et canadiens ont bien associé la gestion de leurs capitaux avec la qualité de leurs actifs. « En fait, la crise nous a même permis de faire des emplettes », ajoute M. Hamel. L’industrie doit toutefois compléter son virage technologique, dit-il.

Le niveau des emplois est revenu en 2014, à 16 800 emplois, à ce qu’il était avant la récession de 2008. Entre 2004 et 2014, le taux de croissance annuel du secteur a été de 4 % dans la RMR de Québec. Près de deux emplois sur trois (65 %) découlent de la présence des sièges sociaux.

Comparativement à la croissance générale du marché du travail, l’industrie de l’assurance dans la RMR de Québec a nettement amélioré sa situation durant cette décennie, tout comme Hartford, au Connecticut. Dans les autres grandes agglomérations de l’Amérique du Nord, le taux de croissance de l’industrie comparativement à l’ensemble de l’économie régionale a été similaire, voire inférieur dans certains cas.

La forte présence de l’industrie de l’assurance à Québec com-porte un inconvénient, soit le problème du recrutement dans les entreprises. Il devient de plus en plus difficile de pourvoir des postes à Québec, où les recrues sont fortement sollicitées dans d’autres secteurs d’activité à cause de la vigueur du marché du travail. Heureusement, l’industrie a su se regrouper et mobiliser ses forces pour valoriser les métiers, note M. Hamel, notamment par l’entremise de Puissance 11.

Il souligne que de nombreux métiers et professions profitent de la présence forte des assureurs à Québec, incluant les firmes comptables, les cabinets d’avocats et les spécialistes en technologies de l’information (TI). La distribution des produits d’assurance souffre particulièrement de la rareté de la main-d’œuvre dans la RMR de Québec.

Mais le marché du Québec est saturé et la croissance organique du volume d’affaires devra venir des autres provinces pour les assureurs de Québec, note René Hamel. Ce ne sera pas facile, car les concurrents qui peinent à percer le marché du Québec ne laisseront pas les assureurs québécois s’implanter dans leur marché naturel sans résister, dit-il.

Ventes hors Québec

Entre 2005 et 2011, le volume d’affaires des assureurs québécois réalisé dans le reste du Canada (RDC) a augmenté en moyenne de 14 % par année. Ces ventes hors Québec représentaient alors 40 % de leur volume, contre 30 % six ans plus tôt.

Selon René Hamel, la présence d’importants assureurs directs au Québec depuis plus de 20 ans a permis aux Québécois de développer l’expertise qui leur sera utile dans le développement des affaires ailleurs au Canada.

Il ajoute que les grands assureurs de personnes du Canada sont déjà très présents au Québec, et la concurrence s’y fera de plus en plus vive. La Financière Sun Life et la Financière Manuvie, à la suite de l’acquisition des activités canadiennes de Standard Life, augmentent leur force de vente au Québec. « Nous ne serons plus tranquilles entre nous au Québec », dit le PDG de SSQ.