Chaque entrepreneur détermine le budget dont il dispose pour investir dans son entreprise afin d'en assurer la pérennité. Toutefois, il néglige trop souvent d'investir en lui-même pour conserver le sain équilibre entre ses activités personnelles et professionnelles. Sylvain de Champlain suggère des voies pour rétablir cet équilibre.M. de Champlain est conseiller financier depuis 1986. Il dirige sa propre entreprise de services financiers depuis 1997. Invité régulièrement à prononcer des conférences un peu partout au pays, ses compétences ont été plusieurs fois reconnues par ses pairs, notamment par l'attribution du Prix Excellence remis par la Chambre de la sécurité financière en 2008.

Bien souvent, les entrepreneurs sont débordés. C'est pourquoi M. de Champlain leur proposent de devenir plus efficaces et disciplinés. Ainsi, ils auront un meilleur équilibre entre la carrière et la vie personnelle. Ce processus permet à l'entrepreneur de trouver l'énergie nécessaire pour « défoncer son plafond de complexité » et ainsi favoriser la croissance de son entreprise et de ses revenus.

Lors du Congrès de l'assurance et de l'investissement 2009, il a suggéré à son auditoire « d'osez investir dans leur entreprise et en eux-mêmes », dans une allocution préparée avec son associé Patrick Ducharme, vice-président du cabinet, et avec Brigitte Saint-Germain, présidente de la firme Virage coaching, avec laquelle M. de Champlain est associé.

Défoncer le plafond de complexité
L’allocution de Sylvain de Champlain s’est terminée par une interaction « à distance ». Chaque participant avait déjà inscrit, sur la dernière page du questionnaire préparé pour l’occasion, deux ou trois engagements qu’il entendait prendre pour « défoncer le plafond de complexité », de même que les tâches personnelles et professionnelles qu’il souhaite déléguer à quelqu’un d’autre.
Il leur a été demandé d’inscrire le tout à nouveau sur une feuille séparée, laquelle était ensuite insérée dans une enveloppe où on leur demandait d’inscrire leur adresse. Vers la mi-janvier, à l’initiative du Journal de l’assurance, la même enveloppe leur a été expédiée pour leur rappeler leurs engagements.
« Ce sera comme vos résolutions du Nouvel An, indiquait M. de Champlain. Vous pourrez vous accorder une note pour déterminer où vous êtes rendus dans la poursuite de vos objectifs. Si la note n’est pas bonne, gardez-la pour vous. Si c’est le contraire, vantez-vous en! Vous faites cet exercice pour vous-même », a-t-il insisté.

Penser à soi

Beaucoup d'entrepreneurs consacrent bien des heures à leur travail. Trop de gens négligent ainsi de garder du temps pour eux-mêmes ou pour leur famille, observe M. de Champlain. Pourquoi travailler comme un fou pendant des années, pour ensuite prendre sa retraite à 55, 60, 65 ans et être trop fatigué pour en profiter?

Le conférencier demande donc aux participants d'inscrire leur espérance de vie. Ensuite, il leur suggère de prévoir dans quelles conditions ils désirent être à cet âge, tant au plan intellectuel que physique. « Si vous pensez vivre jusqu'à 80 ans, et qu'à cet âge, vous êtes encore en forme, actif et financièrement indépendant, pourquoi ne pas vouloir vivre plus longtemps? » Ainsi, il suggère à tout le monde d'ajouter quelques années de vie de plus pour profiter de leur chance.

« Moi, j'avais inscrit 110 ans, mais je vais peut-être devoir réviser cela », dit-il en racontant ses récents problèmes de santé (voir encadré « Prêcher par l'exemple »). On peut vieillir en s'inspirant de modèles qui ont su traverser le temps, indique-t-il, en évoquant des personnalités comme Jean Béliveau ou Janette Bertrand.

Au lieu d'attendre la retraite pour pratiquer une activité passionnante, M. de Champlain suggère de s'y mettre tout de suite. « Je rêvais depuis que j'étais tout petit de piloter un avion. J'ai ma licence de pilote depuis un an et demi. » Quand il est tombé malade, il était bien content de ne pas avoir attendu la retraite pour réaliser son rêve. Il demande donc aux participants d'inscrire une chose qu'ils ont toujours voulu faire, et de s'engager à la réaliser.

« Trop d'entre nous ont été élevés avec la mentalité que dans la vie, il y a trois étapes. Durant la première, on étudie. Pour la deuxième, on travaille. Rendu à la troisième, qui est la retraite, on fait plus. » Ces étapes sont toujours présentes, mais elles se superposent, insiste-t-il. « Vous travaillez et vous ne voulez rien faire d'autres pendant 15, 20, 30 ans ou plus? Ça n'a pas de sens. » Il faut continuer à apprendre pour évoluer. Ainsi, rendu à la dernière étape, « il faut idéalement être semi-retraité » et être toujours actif pour mieux profiter à la fois du travail et des loisirs ».

Prêcher par l’exemple, disaient-ils…
Sylvain de Champlain a prononcé sa conférence au Congrès de l’assurance et de l’investissement 2009 alors qu’il venait tout juste d’obtenir son congé de l’hôpital après avoir souffert d’un malaise cardiaque. Il devait retourner faire des tests tout de suite après son allocution.
Le conseiller financier se considère lui-même comme un homme très en forme. Après avoir senti une douleur à la cage thoracique quelques jours plus tôt après un match de hockey, il s’est rendu à l’hôpital le 6 novembre, où l’on a jugé son état suffisamment sérieux.
Victime d’un malaise qui imitait tous les symptômes d’un infarctus, ce n’est que le mardi 10 novembre que ses médecins lui ont dit qu’il était affaibli par une forme rare de virus qui touche le péricarde, la membrane qui enveloppe le muscle cardiaque.
Affirmant prendre de 14 à 15 semaines de vacances par année, il mentionne que cela lui permet d’avoir un bon cœur. « Ça va probablement monter à 16 ou 17 semaines! » Comme il disait cela juste après avoir raconté ses
péripéties des derniers jours, cette répartie a fait rigoler les participants.
Le vice-président et associé de Champlain Services financiers, Patrick Ducharme, et la présidente de Virage coaching, Brigitte Saint-Germain, avaient aidé le conférencier à préparer sa présentation du 13 novembre, et devaient prendre sa relève. La veille de l’évènement, Sylvain de Champlain a confirmé sa présence. Au grand plaisir de l’assistance, très nombreuse pour l’occasion.
Il a blagué sur la déception qu’il a ressentie en apprenant qu’il ne pourrait bénéficier de sa police d’assurance pour maladie grave, car son virus pouvait être traité par une simple médication. « Je ne saurais trop vous rappeler l’importance de vous doter d’une telle assurance », dit-il.
« Quand on a beaucoup reçu, on se sent privilégié. Pourquoi est-ce que je contribue à former des concurrents? Parce que vous êtes d’abord et avant tout des collègues et qu’il est très valorisant d’avoir un impact positif sur la vie des gens, comme cela a été le cas pour les mentors que j’ai eus et les modèles qui m’ont inspiré. »

3 journées types

Il existe trois journées types dans la vie d'un entrepreneur. La première est la « journée focus », où l'entrepreneur consacre 80 % ou plus de son temps à des activités qui génèrent des revenus. Cela comprend les rencontres avec des clients réguliers ou potentiels, des activités de développement et de formation ou encore de réflexion stratégique. « Vous êtes donc soit en train de générer des revenus pour votre entreprise, ou encore vous planifiez pour en obtenir. » Étant donné le nombre d'appels téléphoniques et de courriels qui entrent tous les jours, il est virtuellement impossible de consacrer une journée entière à ces seules activités.

Le deuxième type est la « journée administrative », durant laquelle on exécute des tâches non rentables, mais essentielles à court terme : l'organisation, la préparation, le ménage des dossiers, ainsi que tout ce qui touche l'administration et la gestion de personnel.

Enfin, la troisième, qui est la préférée de M. de Champlain, est la « journée libre ».

« Vous avez besoin d'activités de ressourcement qui vont vous aider à trouver l'équilibre dans votre vie. Là, c'est 100 % de votre temps qui est consacré à cela et ce n'est pas négociable. Quand vous êtes en congé ou en vacances, vous n'apportez pas de dossiers à lire, vous ne répondez pas aux appels ni aux courriels. Vous n'apportez pas les magazines d'affaires que vous n'avez pas eu le temps de lire plus tôt. Si vous voulez lire des magazines, abonnez-vous à des trucs qui concernent votre passe-temps favori ou l'activité qui vous passionne. »

Il inclut le mentorat dans ces journées libres, car cela contribue « à vous regonfler, à vous stimuler et à faire en sorte que vous serez mieux concentré quand vous retournerez au travail ». Les journées libres, durant lesquelles on pratique ses loisirs, on passe du temps avec sa famille ou avec ses amis, on donne du temps en bénévolat, sont « le point essentiel du retour à l'équilibre dans votre vie », insiste-t-il.

Exploiter ses compétences

Le conférencier suggère aussi de dresser la liste de tâches pour lesquelles l'entrepreneur se sent le plus compétent et les tâches qui pourraient être déléguées à quelqu'un d'autre. On inclut là-dedans les tâches qui touchent la vie familiale et personnelle. « C'est certain que si vous désirez déléguer la tâche d'avoir à rencontrer des clients, vous avez un sérieux problème! » Travailler en équipe à la tête d'une entreprise permet de déléguer les tâches aux personnes les plus compétentes, si évidemment le patron a su bien s'entourer.

Il faut aussi se dégager du temps, tous les deux ou trois mois, pour faire le point sur sa vie professionnelle et sur sa vie privée. « Pris dans le quotidien du brouhaha, on ne le fait jamais. Tout bon programme de coaching comprend cette nécessité de prendre l'habitude de faire le point. Inscrivez-le à votre agenda et faites-le. Sinon, vous serez pris dans le troupeau et vous allez stagner. Il faut travailler sur l'entreprise, et non dans l'entreprise. Si vous travaillez dans l'entreprise, c'est elle qui vous mène. Si vous travaillez sur l'entreprise, vous commandez votre destinée », affirme M. de Champlain.

Pour ne plus se sentir « plafonner »

Selon lui, après plusieurs années de succès, tout entrepreneur finit par atteindre son « plafond de complexité » et il doit chercher à le défoncer. « Que se passe-t-il alors? L'entreprise a pris de la maturité. Elle a plus de clients, donc plus d'administration à faire. On a plus de gestion, même si on n'aime pas toujours ça. On a une équipe autour de soi, donc il y a plus d'urgences. Ce qui fait problème, c'est qu'on a l'impression d'avoir toujours moins de temps et il y a moins d'équilibre dans notre vie. »

Si rien n'est fait pour remédier à cet état, l'entrepreneur se sent « plafonner ». L'entreprise va alors stagner, ou, pire encore, décliner. Si on ne se renouvelle pas, ces conséquences sont inévitables. Il faut « défoncer le plafond », se renouveler. M. de Champlain a encouragé les conseillers présents « à voir, à croire, à visualiser et à réaliser » leurs objectifs. « Quand tu l'as écrit en plus, tu as plus de chance de le faire », indique-t-il.

Il arrive que le secteur d'activités où l'entreprise évolue semble mature et où la croissance semble au ralenti. Le conférencier donne l'exemple de Starbucks, qui a su ajouter de la valeur au commerce du café. « Faites vivre une expérience à votre client! Ajoutez de la valeur à votre produit! Vous allez impressionner votre client et il se souviendra toujours de votre nom. »

Pour y arriver, M. de Champlain insiste sur les trois compétences requises pour impressionner les clients et les collègues. La première est le leadership. La deuxième est la capacité d'établir des relations personnelles de qualité. La troisième compétence est la créativité, ce qui permet à l'entrepreneur de se démarquer des autres.