Après un recul dicté par la crise, les ventes d’assurance vie universelle reprennent le terrain perdu grâce à une reprise de confiance chez les investisseurs et les conseillers. Toutefois, si le retour des primes minimales ne fait pas de doute, celui des primes excédentaires dans les polices destinées à l’investissement est inégal d’un joueur à l’autre.L'investissement dans les polices d'assurance vie universelle était en chute libre en 2008 (voir Le Journal de l'assurance, mai 2009). Une chute entrainée par la crise qui a sérieusement restreint le pouvoir d'épargne des Canadiens. Les primes minimales, destinées à couvrir le cout d'assurance des polices universelles, avaient écopé. À plus forte raison les dépôts additionnels, appelés dans le jargon : « primes excédentaires ».

En 2009, les ventes de nouvelles primes d'assurance vie universelle ont reculé par rapport à 2008. Selon les chiffres de LIMRA, les ventes de produits de vie universelle se sont toutefois améliorées au quatrième trimestre. (Pour plus de détails, voir Le Journal de l'assurance, avril 2010).

La prime moyenne vendue en assurance vie universelle a atteint 1 688 $ par police en 2009. À peine plus qu'en 2008. La couverture moyenne souscrite en vertu de la vie universelle a atteint quant à elle 215 125 $, soit un peu moins qu'en 2008.

Si la vie universelle reprend du mieux dans les premiers mois de l'année, les primes excédentaires ne reviennent toutefois pas au niveau d'avant la crise, observe-t-on au Groupe Cloutier. « Le compte d'épargne libre d'impôt (CELI) recueille maintenant une bonne partie de l'excédent des REER », observe Patrick Cloutier, vice-président, ventes et développement des affaires pour l'agent général.

L'implantation du CELI le 1er janvier 2008 a ralenti l'ardeur des investisseurs en vie universelle. « S'il vous reste 5 000 $ après avoir maximisé votre REER, les avantages de le mettre dans un CELI plutôt que dans la vie universelle sont indéniables », dit M. Cloutier.

Le CELI permet au particulier d'investir jusqu'à 5 000 $ dans l'année sans que les gains soient imposables. Il peut reporter tout espace non utilisé aux années suivantes, sans limite de temps. Enfin, ce véhicule n'impose aucune limite de retraits et l'investisseur peut compenser ceux-ci en tout temps par des primes équivalentes. Ces primes seront aussi exemptées de l'impôt sur les gains.

Agent général consolidateur établi à Kitchener, en Ontario, Financial Horizons Group se livre régulièrement à une analyse en profondeur des résultats d'assurance vie universelle. Il a accepté d'en partager les plus récentes conclusions avec le Journal de l'assurance. Durant la période de douze mois allant du 1er avril 2009 au 1er avril 2010, les primes d'assurance vie universelle ont augmenté de 9 % par rapport à la période d'avril 2008 à avril 2009. Entre les deux mêmes périodes de comparaison, le nombre de propositions d'assurance vie universelle a crû de 11 %.

L'analyse ne se penche pas sur les résultats en primes excédentaires, mais leur croissance serait négligeable, selon Tony Ryan, vice-président exécutif de l'agent général. « Les ventes de vie universelle sont à la hausse, mais les primes excédentaires stagnent, observe-t-il. Nous ne voyons aucun signe de retour vers plus de primes excédentaires à court terme. Ce retour dépendra du temps que les gens mettront à oublier la crise. » Pour l'instant, ajoute-t-il, ce sont surtout les ventes d'assurance vie entière qui occupent l'avant-scène.

Les fournisseurs enthousiastes

En contrepartie, les compagnies d'assurance disent avoir connu une croissance marquée de leurs primes d'assurance vie universelle. Pour certains, cette croissance aura entrainé les primes excédentaires dans son sillon.

La Financière Manuvie rapporte une croissance des primes régulières en vie universelle de 2,5 % au quatrième trimestre 2009, par rapport au même trimestre en 2008. Indice repère chez Manuvie, les primes régulières correspondent au cout d'assurance des polices plus 10 % des primes excédentaires qui y sont déposées. Les primes de base et les primes excédentaires sont en hausse, soutient Paul Smith, vice-président marketing et élaboration des produits en assurance individuelle chez Manuvie.

« Les ventes de vie universelle sont revenues à ce qu'elles étaient avant la crise. En 2009, les ventes initiées lors d'une planification successorale ou d'entreprise s'étaient taries. Tout indique que ces ventes sont de retour avec des montants de primes aussi élevées qu'avant septembre 2008. »

Pour sa part, Saundra Edwards constate un retour de la confiance des investisseurs dans l'économie et les marchés boursiers. La vice-présidente adjointe au marketing en assurance vie individuelle chez Great-West, Canada-Vie et London Life attribue d'ailleurs à cette confiance la hausse soutenue des ventes d'assurance vie universelle lors des deux derniers trimestres. Elle rapporte une augmentation de 10 % des primes d'assurance vie universelle au premier trimestre de 2010 chez Great-West et ses filiales. Le quatrième trimestre 2009 a aussi été la scène de solides résultats pour elles dans ce marché.

Mme Edwards signale aussi une croissance qui a entrainé à la fois les primes minimales et les primes excédentaires. « Nous avons vu plus de polices vie universelle, mais aussi plus de polices vie universelle bien capitalisées », témoigne-t-elle.

Chez Transamerica Vie Canada, le retour aura été des plus marqué au quatrième trimestre 2009. Les primes minimales ont crû de 23 %. Les primes incluant les primes excédentaires ont cru de 14 %. Le tout par rapport au quatrième trimestre 2008. Le nombre de polices vendues a cru quant à lui de 15 % durant cette même période. La tendance se poursuit au premier trimestre 2010, dit l'assureur, avec les primes de base et excédentaires en croissance de 8 % par rapport au premier trimestre 2009. Le nombre de polices est aussi en hausse de 5 % durant la même période.

« Le retour est graduel. L'an dernier, nous avions déjà concentré nos efforts en ce sens et nos distributeurs aussi. Nous avons eu du succès en présentant la vie universelle comme un véhicule de planification financière bien adapté au marché des Canadiens à revenus moyens », indique Joe Kordovi, vice-président et actuaire en tarification pour les produits d'assurance de Transamerica. L'assureur a refondu son portefeuille de produits en ce sens il y a quelques semaines. « C'est un marché qui n'est pas bien servi au Canada en ce moment. Nous nous y alignons avec l'aide de nos conseillers. »

Pour RBC Assurances, il est normal que le retour à une croissance des primes excédentaires se fasse discret. « Les consommateurs font preuve d'un optimisme prudent et on ne peut les en blâmer, fait remarquer Natalia Witkowsky, directrice du développement des produits pour la portion aisée du marché de masse. Après avoir traversé une crise sans précédent, les investisseurs veulent maintenant savoir où et avec qui ils investissent ; ils veulent traiter avec des institutions en qui ils ont confiance, ce qui joue en faveur de RBC ».

L'assureur, qui n'a pas voulu dévoiler de chiffres sur sa croissance, a toutefois déclaré que les ventes de vie universelle allaient dans la bonne direction. « Notre prime moyenne vendue en vie universelle était plusieurs fois plus élevée en février que ce qu'elle était à la même période l'an passé », a révélé Mme Witkowski.

Mémoire d'une crise

Dans son rapport annuel, l'Industrielle Alliance fait pour sa part état d'un sérieux recul de ses primes excédentaires en 2009, soit de 27 % par rapport à 2008. Elles ont atteint 20,7 millions de dollars (M$) l'an passé, comparativement à 28,3 M$ en 2008. Elles avaient atteint un sommet de 48 M$ en 2007.

Les primes minimales de l'assureur ont cru de 7 % en 2009 par rapport à 2008. Or, ces primes comprennent celles de tous les produits d'assurance réunis, dont 53 % de vie universelle. La croissance du nombre de polices a quant à lui atteint 5 %, tous produits confondus. De plus, le rapport indique que l'assureur a été le premier vendeur d'assurance vie universelle au Canada lors des trois premiers mois de 2009.

« Notre part de marché des ventes en termes de primes minimales au Canada est passée de 11,2 % à 11,4 % en 2009. C'est le marché familial qui a assuré la vigueur des primes minimales, alors que le marché de la gestion de patrimoine a reculé », a commenté Jacques Carrière, vice-président, relations avec les investisseurs. À l'Industrielle Alliance comme chez les autres assureurs, la vigueur du marché de la gestion de patrimoine ou gestion de fortune dicte celle des primes excédentaires.

Même s'il y a retour des primes excédentaires chez certains joueurs, ce n'est pas encore la folie, convient quant à elle Saundra Edwards. Quand il y a de la volatilité, les consommateurs fuient les produits dont la valeur de rachat fluctue avec les marchés. « C'est arrivée au début des années 2000. Mais après le choc de 2008, l'impact a été plus long et plus intense. Il est dur de dire si les gens le garderont en mémoire plus longtemps. »

Jusqu'à maintenant, les primes se dirigeaient plutôt vers les produits garantis comme la vie entière, reconnait de son côté Paul Smith. « Le produit de vie universelle à paiements garantis de durée limitée a connu chez nous une croissance de ses ventes de 22 % entre 2009 et 2008, pendant que les autres produits de vie universelle plongeaient », a-t-il souligné.

M. Smith n'en prédit pas moins un avenir brillant à l'assurance vie universelle en 2010, même dans le marché de la gestion de patrimoine, car le vieillissement de la population le favorisera. « Une richesse importante est appelée à changer de mains alors ce marché ne peut que croitre. »