Les nombreuses catastrophes naturelles survenues en 2008 ont entraîné une hausse significative du nombre de réclamations. Des assureurs s’attendent même à afficher des résultats techniques négatifs pour 2008. C’est le secteur de l’habitation qui risque de grever les résultats des assureurs.

Pierre Dépatie, vice-président indemnisation, opérations, chez AXA Assurances, mentionne que le nombre de dossiers liés à des catastrophes naturelles en 2008 a été quatre fois plus élevé qu'en 2007 et deux fois plus qu'en général. Tous sinistres confondus, la hausse des réclamations au Québec est de 16,6 %.

En outre, M. Dépatie estime que tous les segments d'affaires IARD ont été affectés à divers degrés. « C'est l'assurance habitation qui a le plus souffert. La proportion des réclamations dans ce segment représentait 23 % de tous les dossiers en 2008 alors qu'elle n'était que de 4,7 % en 2007 », dit-il.

Le vice-président d'AXA prévoit que les événements survenus en 2008 au Québec coûteront environ 30 M$ à sa compagnie. « Cette dépense aura un effet considérable sur les résultats techniques », dit-il.

Denis Garneau, premier vice-président au Québec chez ING Canada, dit que 2008 est la pire année enregistrée par l'assureur au Québec depuis cinq ans. Pourtant, 2007 s'était avérée la meilleure. Il estime qu'au total, ING a subi de 10 % à 15 % plus de sinistres en 2008 comparé à 2007. Quant au segment de l'habitation, la hausse est de 30 % à 40 % par rapport à 2007.

« La rentabilité n'a pas pour autant diminué de la même proportion. Nous avons reçu beaucoup de réclamations, mais moins de pertes majeures comme lors des années précédentes », dit-il.

Les quantités records de neige qui sont tombées au Québec sont la principale cause des mauvais résultats en habitation. Sous le poids de la neige, de nombreux toits, des balcons, des clôtures et même des bâtiments se sont effondrés.

Audrey Bouchard, conseillère en communication et relations publiques à La Capitale assurances générales, affirme que le nombre de réclamations pour l'habitation est 10 % plus élevé en 2008 qu'en 2007. Selon elle, le surplus de réclamations reçu dépasse les prévisions principalement à cause de l'abondance de neige.

La fonte des neiges a ensuite causé de nombreux dommages par l'eau. Ainsi, les réclamations concernaient souvent des infiltrations d'eau par la toiture.

Benoît Duchesne, directeur à l'indemnisation au Groupe Promutuel, affirme que la majorité des assureurs sont en train de revoir leur processus de sélection des risques en ce qui a trait aux dommages reliés à l'eau.

« Les formulaires actuels sont trop larges. Nous venons de finaliser le processus afin que des garanties appropriées s'appliquent selon le type de résidence, notamment pour les parcs immobiliers ou les vieilles habitations qui ont besoin de rénovations », dit-il.

Denis Dubois, vice-président indemnisation chez Desjardins groupe d'assurances générales (DGAG), note que les dommages par l'eau représentent une part de plus en plus importante des sinistres en assurance habitation. « Les pratiques d'affaires sont en train d'évoluer. Nous avons fait des ajustements ces dernières années du côté de la souscription et de la segmentation », dit-il.

En 2008, DGAG a reçu 17 000 réclamations de plus pour l'assurance habitation par rapport à 2007, ce qui représente une hausse de 45 %. Au total, l'année 2008 se solde avec un nombre de réclamations 15 % plus élevé qu'en 2007.

Grêle

Après un hiver rigoureux, la grêle s'est abattue sur la Montérégie le 10 juin 2008. En quelques heures, cette grêle a perforé des toitures et causé des infiltrations d'eau. La tempête n'a pas non plus épargné les propriétaires de voitures. Parmi les milliers d'automobiles endommagées, certaines ont été déclarées perte totale. En outre, les résidants de cette région ont fait face à des vents violents qui ont déraciné des arbres.

Pour ING Canada, la tempête du 10 juin a été la plus coûteuse sur le territoire québécois. « C'est la plus grosse catastrophe de l'année », lance M. Garneau. Il explique qu'ING a été particulièrement affecté puisque l'assureur a une vaste clientèle en Montérégie, où est situé son siège social au Québec.

La grêle du mois de juin a aussi été l'événement le plus coûteux pour le Groupe Promutuel, selon M. Duchesne. Au total, le nombre de réclamations pour l'année 2008 est 20 % plus élevé qu'en 2007. « Ce n'est pas une année rentable et on s'attend à des résultats techniques négatifs », dit-il.

À la fin juin, l'Union Canadienne s'attendait à un taux de sinistralité élevé et à une hausse importante du nombre de réclamations par rapport à 2007. L'accalmie survenue dans la deuxième moitié de l'année a toutefois changé la donne.

« Le faible nombre de sinistres dans les six derniers mois ont permis de redresser la barre et, finalement, le nombre total de réclamations n'a que légèrement augmenté », dit Jacques Boucher, directeur des communications externes. La hausse devrait être de moins de 10 %, dit-il.

Canada

Les catastrophes naturelles se sont aussi déchaînées à l'extérieur du Québec. « Les trois premiers trimestres de 2008 ont été les pires que nous ayons connus depuis longtemps, particulièrement à cause de tempêtes en Ontario », dit Irene Bianchi, vice-présidente indemnisation et services aux entreprises, chez RSA (anciennement Royal & Sun Alliance).

Pour sa part, Co-operators a dû débourser environ 15 M$ pour les tempêtes survenues en Ontario, ainsi qu'un peu plus de 20 M$ pour les sinistres reliés aux événements météorologiques dans les provinces de l'Ouest. C'est ce qu'a affirmé Leonard Sharman, spécialiste des relations avec les médias de Co-operators.

Automobile

Pour ce qui est de l'assurance automobile, les assureurs interrogés par le Journal de l'assurance disent que le nombre de réclamations sur le territoire québécois est demeuré relativement stable. AXA a remarqué une légère hausse dans ce domaine, mais rien de comparable à l'habitation, dit M. Dépatie.

La Capitale assurances générales et le Groupe Promutuel affirment que le portrait est le même qu'à l'habitude.

Pour DGAG, qui a reçu 11 000 dossiers de plus qu'en 2007, la hausse représente 5 %. Quant à ING Canada, M. Garneau estime que l'augmentation du nombre de réclamations auto sera de 3 % à 7 % plus élevée qu'en 2007.

Chez Co-operators, on s'attend à ce que le total des indemnisations automobile soit plus élevé qu'en 2007.

Cette prévision s'applique toutefois à l'ensemble du territoire canadien. « Même si nous avons reçu un nombre moins élevé de réclamations en 2008 par rapport à 2007, les dommages ont été plus sévères », dit M. Sharman.

Du côté de l'habitation, le constat est similaire à celui des autres assureurs : moins de réclamations, mais plus de dommages. Co-operators s'attend à ce que les indemnisations versées grimpent de 5 % à 10 % en 2008 par rapport à 2007, tous segments d'affaires confondus.