En devenant moins alléchantes, les garanties de retraits à vie ont laissé le champ libre aux rentes viagères, souvent capables de produire un meilleur rendement. Le désir de sécurité si cher aux babyboumeurs fait le reste.Les fournisseurs de garanties de retraits à vie (GRV) sont passés de 11 à 5, en un an. Mais le marché a perdu encore de son lustre lorsque tous les joueurs restants ont ramené leur GRV à 65 ans à environ 4 %.

Le marché de la rente viagère tire parti de la situation. Il tire aussi parti de la vague des babyboumeurs qui, appelés à jouir d’une longévité sans précédent, craignent maintenant de survivre à leurs épargnes. Tout concorde pour faire de la rente viagère le produit des 25 prochaines années, croit Alex Melvin, président de CANNEX, une firme qui offre entre autres aux cabinets et à leurs conseillers un système de cotation de rentes.

Selon lui, le conseiller devra penser à l’option du décaissement plus que jamais. « Le recensement canadien de 2011 nous apprend qu’il y a maintenant plus de gens âgés de 55 à 64 ans que de gens âgés de 15 à 24 ans. Il nous apprend aussi que 5 800 personnes ont plus de 100 ans et 250 000 ont plus de 90 ans. Selon Investor Economics, la moitié des foyers canadiens compteront au moins un membre de 55 ans et plus d’ici 2020 », dit M. Melvin. Il signale aussi la longévité accrue des Canadiens : « les 65 ans ont 50 % de chances de vivre jusqu’à 94 ans, et 10 % de chances de vivre jusqu’à 104 ans. » Dans cette foulée, l’intérêt du public et des conseillers envers le produit de rente viagère croit, observe le président de CANNEX. Au point où il rejoint la popularité des fonds enregistrés de revenu de retraite (FERR). Citant des chiffres de l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes (ACCAP), M. Melvin rappelle qu’en 2011, les Canadiens ont déversé 1,57 milliard de dollars (G$) dans les rentes immédiates (rentes en phase de décaissement) et 1,59 G$ dans les FERR. « C’est presque 50-50, signale-t-il. Nous assistons au début d’une vague. »

Une vague qui n’est pas près de se retirer. « Les rentes viagères effectuent, en quelque sorte, un retour en force. Les septuagénaires sont les clients idéaux et les conseillers disposent de cette bulle de gens entre 55 et 64 ans qui seront dans cette zone privilégiée, dans une dizaine d’années », dit M. Melvin.

Les rentes viagères sont-elles affectées par les bas taux d’intérêt à long terme qui sévissent tant auprès des produits concurrents? « Ils le sont et le seront », a reconnu le président de CANNEX. Les chiffres de ventes publiés par l’ACCAP en 2011 sont inférieurs à ceux publiés en 2010, tant pour les rentes que pour les FERR, dit-il. « Pour les rentes, ils sont en baisse de 10 %, dit M. Melvin. Les gens attendent de voir si les taux vont remonter bientôt. »

Les rentes viagères ne se fondent toutefois pas uniquement sur les taux d’intérêt, fait valoir M. Melvin. « Le paiement d’une rente est une combinaison du remboursement du capital investi, des gains de mortalité et des intérêts. Les intérêts sont une composante majeure des versements totaux, mais avec le temps, les gains de mortalité en deviennent une part plus importante. »

Le portefeuille de rentes d’un assureur constitue un regroupement de personnes dont le « risque de longévité » est déterminé selon les tables de mortalité en vigueur. « Ceux qui survivent plus longtemps que prévu par les actuaires bénéficient des fonds de ceux qui ne survivent pas », explique M. Melvin.

Rendement de 6 %

Autre argument de nature à soutenir les ventes de rente viagère : ce produit est souvent en mesure d’offrir un versement supérieur aux GRV, surtout aux rentiers de 65 ans et plus. Selon M. Melvin, un produit de rente équivalent à la moyenne des GRV peut offrir des versements de 6,2 % à un rentier de 65 ans, et plus encore à des âges supérieurs.

Quelques scénarios effectués avec le système de cotation de CANNEX permettent de découvrir des aubaines. Un homme de 65 ans qui achète une rente de 250 000 $ sans période garantie peut recevoir de Canada-Vie un paiement mensuel de 1 439,94 $, ce qui correspond à un montant annuel de 17 279,28 $, ou un rendement annuel de 6,9 %, si les intérêts étaient capitalisés une fois l’an et que le capital demeurait entier pour la vie.

Une femme dans les mêmes conditions recevra pour sa part 1 273,54 $ par mois d’une rente d’Investissements Manuvie. Cela correspond à un rendement annuel de 6,1 %.

Selon M. Melvin, Great-West (incluant Canada-Vie), Manuvie et Financière Sun Life sont les principaux joueurs du marché. Il ajoute toutefois que des joueurs de niches se distinguent aussi. Lors de nos recherches, les noms d’Empire Vie, de BMO Assurance vie, de Desjardins Sécurité financière, d’Équitable Vie et de Standard life sont revenus fréquemment parmi les assureurs offrant les paiements de rentes les plus élevés. Par exemple, Équitable Vie arrive première chez les femmes de 65 ans, pour une rente de 250 000 $ avec période garantie de 10 ans. Elle leur offre un versement mensuel de 1249,71 $, soit un rendement annuel équivalant à 6 %.