À 2,3 milliards de dollars (G$), les ventes nettes de fonds distincts ont diminué de plus de la moitié en 2010 par rapport à 2009, alors qu’elles avaient atteint 4,8 G$. C’est ce que révèlent des données recueillies dans l’industrie par Investor Economics.Cette baisse marquée est due aux rachats massifs qu’ont connus certains assureurs. Dans certains cas, ces rachats ont exigé d’eux des déboursés substantiels qui visaient à respecter les garanties de capital de fonds vendus au plus fort de la bulle technologique, il y a dix ans.
Iassen Tonkovski, consultant chez Investor Economics, explique que les ventes brutes étaient en hausse de 9 % en 2010 comparativement à 2009, mais l’arrivée à échéance de contrats de fonds distincts s’est traduite par un niveau élevé de rachats. « Ce sont des polices qui ont été vendues il y a dix ans avant l’introduction des exigences en matière de capital et avant la bulle technologique, dit-il. Elles arrivaient à échéance en 2010 et elles ont entrainé beaucoup de rachats, qui ont bondi de 48 % comparativement à 2009. »

L’examen des ventes nettes de fonds distincts en 2009 et 2010 révèle ainsi de grands changements parmi les dix plus grands joueurs selon la compilation d’Investor Economics.

Transamerica se remet d’une année difficile
2010 a été une année difficile pour Transamerica Vie du Canada. Certains de ses contrats de fonds distincts arrivés à échéance lui ont couté un milliard de dollars en rachats (G$), ce qui représentait environ le tiers du bloc de fonds distincts de l’assureur. De plus, la compagnie a dû débourser des montants substantiels pour respecter les garanties de capital des fonds qui dépassaient la valeur du marché, ce qui lui a couté un autre milliard de dollars.
« Nous savions depuis quelques années que 2010 serait une grosse année simplement en matière de volumes. Nous avions un nombre significatif de contrats qui arrivaient à échéance durant le premier semestre de 2010 », a affirmé Geraldo Ferreira, vice-président du développement et de la gestion des produits d’investissement.
C’est maintenant avec soulagement et fierté que l’assureur entrevoit le futur. « Tout le monde au sein de notre entreprise est fier de la façon dont nous avons géré la situation et, plus important, que nous avons respecté l’échéance de chaque garantie », dit-il.
Le bloc de contrats arrivés à maturité l’an dernier venait de la gamme TRANSécurité, vendus à la fin des années 1990. Ils comprenaient des réajustements effectués au plus fort de la bulle technologique. Ils n’avaient pas de caractéristiques de renouvellement automatique. « Ils arrivaient tous à échéance en 2010, donc les clients devaient recevoir leur argent », précise M. Ferreira.
La majorité des titulaires de ces contrats étaient des clients plus âgés. M. Ferreira croit que la plupart d’entre eux ont pris l’argent pour le déposer à la banque ou le placer dans des certificats de placements garantis. Il estime qu’environ le tiers des fonds rachetés ont été réinvestis dans des produits de Transamerica. Certains dans des nouveaux contrats de fonds distincts, d’autres dans des rentes.
M. Ferreira affirme que Transamerica a rendu un service à l’industrie en respectant ses obligations et a ainsi démontré la valeur des fonds distincts. « Ces fonds distincts ont accomplis ce qu’ils étaient censés faire, soit protéger et préserver le capital de nos clients. Nous avons payé les écarts avec le marché de chaque contrat. Cela reflète la force de Transamerica, mais aussi les bénéfices que peuvent procurer les fonds distincts face aux fonds communs. Ils permettent de préserver le capital, surtout quand les marchés sont volatils », dit-il.
Malgré son expérience de 2010, M. Ferreira affirme que l’engagement de Transmerica envers les fonds distincts n’a pas fléchi. Durant la période au cours de laquelle l’assureur a planifié la gestion des rachats de 2010, la compagnie a aussi préparé son avenir dans les fonds distincts en lançant le contrat Transamerica Fonds de placement garanti en 2009 et sa garantie de retrait minimum Cinq à vie en 2008.
Il note que bien que certains de ses concurrents ont diminué leur offre, Transamerica peut se distinguer par ses choix d’investissement. Transamerica Fonds de placement garanti offre ainsi de choisir parmi 50 fonds.
« Nous sommes très satisfaits de la structure de nos nouveaux contrats et de la rentabilité de ceux-ci. Nous sommes mieux positionnés aujourd’hui qu’il y a deux ou trois ans », dit M. Ferreira.
En 2010, Transamerica a enregistré des ventes brutes de 342 M$ et des ventes nettes négatives de 650 M$, compte tenu des rachats. En 2011, l’assureur vise à faire croitre ses ventes et sa part de marché en fonds distincts. L’assureur compte y parvenir en améliorant son offre de produits. « Nous voulons être un leader dans ce marché », conclut M. Ferreira.

En 2009, la Financière Manuvie occupait la première place, affichant 1,78 G$ de ventes nettes, alors qu’en 2010, elle recule à la quatrième position avec 289 millions de dollars (M$) de ventes nettes. Entre-temps, l’Industrielle Alliance s’est hissée à la première position, avec 927 M$ de ventes nettes. En 2009, elle occupait la quatrième place avec des ventes nettes de 476 M$.

M. Tonkovski ajoute que l’ampleur des rachats a contribué au recul des ventes nettes de certains assureurs en 2010. Ce fut le cas de Manuvie. Michael Ondercin, vice-président adjoint des produits de placement à revenu garanti chez l’assureur, dit que les ventes brutes de fonds distincts en 2010 ont été d’environ 2,5 G$, mais que les rachats se sont chiffrés à près de 2,2 G$.

« L’ensemble du marché, et non seulement Manuvie, détenait un grand nombre de produits avec garanties qui avaient été vendus en 1999 et en 2000, échéant ainsi en 2010 », explique-t-il. Les conseillers ont alors saisi l’occasion de transférer ces placements vers d’autres produits, ou encore des fonds communs de placement ou d’autres fonds distincts, dit-il.

Selon M. Ondercin, 2010 a été l’année des rachats dans l’industrie parce que plusieurs des produits vendus en 2000 offraient une possibilité de cristallisation au sommet des marchés à 100 % de la valeur. « Certains investisseurs jouissaient du rajustement automatique de leur garantie ou leur conseiller effectuait un rajustement manuel qui prolongeait la garantie de dix ans, mais qui la verrouillait à la valeur au marché courante », dit-il.

Transamerica Vie Canada a aussi été sévèrement touchée par les rachats, enregistrant des ventes nettes négatives de 650 M$ en 2010, a indiqué Geraldo Ferreira, vice-président du développement et du marketing des produits de placement, au Journal de l’assurance. (Voir texte sur Transamerica en page….)

Des ventes plus stables

Malgré le niveau élevé des rachats en 2010, Michael Ondercin, de Manuvie, souligne que l’industrie des fonds distincts va bien comparativement à d’autres secteurs du monde des placements, comme celui des fonds communs. « Au Canada, nous avons fait un très bon travail, qui s’est traduit par des ventes nettes positives presque chaque année au cours des sept ou huit dernières années. » Il ajoute que l’industrie des fonds communs a connu beaucoup plus de variations, jouissant d’années fastes et d’autres néfastes et affichant des taux de rachats négatifs nets « massifs ».

M. Ondercin ajoute que lorsqu’un client met fin à un contrat de fonds distincts, l’argent ne sort pas nécessairement de la société. « Nous avons remarqué une certaine transition chez notre cabinet de fonds communs, Placements Manuvie. L’an dernier, il y avait même certains clients qui ne voulaient absolument pas investir dans les marchés et qui s’en sont remis aux certificats de placements garantis chez nous. Dans d’autres cas, l’argent a servi à l’achat d’autres types d’actif ou au financement de l’éducation d’un enfant », dit-il.

L’actif net atteint un sommet record
En 2010, les actifs totaux de l’industrie des fonds distincts ont atteint un sommet historique de 88 milliards de dollars (G$), selon des données recueillies par Investor Economics.
« En matière de croissance, autant 2009 que 2010 ont été d’excellentes années pour les fonds distincts. Ils accaparent maintenant 10,5 % des parts de marché de l’industrie des fonds de placement au Canada. Il y trois ans, leur part était de 9,4 %. C’est la croissance la plus rapide de l’industrie », dit Iassen Tonkovski, consultant chez Investor Economics.
Cette croissance de l’actif n’est pas uniquement due aux meilleures conditions du marché, mais aussi à de nouvelles ventes, dit M. Tonkovski. « Si vous considérez 2008 et 2009, vous verrez des ventes très positives – un niveau qui avait pu être observé vers la fin des années 1990 alors que le segment croissait considérablement. »
Il ajoute qu’au cours du récent marché baissier, l’actif total des fonds distincts a récupéré beaucoup plus rapidement que celui des fonds communs de placement. Les fonds distincts ont mis 19 mois à revenir au niveau de leur sommet d’actif de mai 2008, tandis que les fonds communs ont mis 29 mois. Les ventes positives du côté des fonds distincts l’expliquent, alors que l’industrie des fonds communs a dû se débattre avec des ventes négatives pendant le marché baissier.
La Financière Manuvie occupe la position de leader, avec un actif net de 25,4 G$ et une part de marché de 29 %. Manuvie a maintenu la première place qu’elle occupait, malgré une baisse marquée de ses ventes nettes causée par les rachats.
Michael Ondercin, vice-président adjoint des produits de placement à revenu garanti chez Manuvie, dit que ce leadership en matière de fonds distincts repose sur l’innovation continue des produits qui semblent plaire aux conseillers, comme le produit à garantie de retraits RevenuPlus, qui a été lancé en 2006. « Ceci nous a propulsés devant Great-West qui occupait la première place il y a quelques années », dit-il.
Les cinq assureurs en tête ont conservé leur rang en 2010 par rapport à 2009. L’Industrielle Alliance, qui occupe la quatrième place, a augmenté sa part de marché de 2009 à 2010. Elle est passée de 9,1 % à 10 %. La vigueur des ventes explique cette augmentation. L’Industrielle Alliance s’est classée première pour les ventes nettes en 2010, les faisant doubler. Elles sont passées de 476 M$ en 2009 à 927 M$ en 2010.
Marie-Élaine Gaudreault, directrice – développement des produits et formation ajoute que 2010 a été une très bonne année pour le marché des fonds distincts de l’Industrielle Alliance. Ce qui explique ce succès? « Il y a tout d’abord la vigueur des marchés. Ensuite, la reprise des marchés a aidé les ventes. » La qualité des produits de l’assureur et la vigueur de ses relations avec ses deux réseaux de distribution ont aussi grandement contribué à la croissance de ses ventes, dit-elle.

En 2011, M. Ondercin s’attend à une amélioration des ventes nettes de Manuvie. « Dorénavant, la plupart de nos ventes sont réalisées dans des produits à revenu garanti ou des produits avec des garanties, mais ayant des échéances beaucoup plus longues. Nous ne connaitrons vraisemblablement plus une situation comme celle de 2010 », dit-il.
Il a aussi ajouté qu’en 2011, certains contrats arriveront à échéance, mais que les déboursés pour couvrir les garanties seront considérablement inférieurs à ceux de 2010. La raison? En 2001, les marchés boursiers avaient glissé de leur sommet atteint en 2000.
L’ampleur des compléments payés sur les polices arrivées à échéance dépend du type de fonds, ajoute M. Ondercin. « Certains des fonds auraient rebondi presque à leur niveau initial. D’autres fonds d’actions auraient peut-être été incapables de tout récupérer, particulièrement ceux composés d’actions américaines. »

Manuvie a refusé de divulguer le montant payé en 2010 pour couvrir les garanties. M. Ondercin ajoute cependant qu’il ne considère pas ces montants comme des pertes. « Cela exige que nous mettions, au fil du temps, un certain montant de réserve et de capital à cet effet. Nous facturons des frais à cette fin. Une partie des montants versés est payée par ces frais versés par les clients. » Il ajoute que Manuvie avait prévu ces rachats et avait solidifié ses réserves en conséquence.
Jim Virtue, président et chef de la direction de PPI Solutions, un agent général pancanadien, dit qu’à l’instar du marché en général, sa société a connu un niveau élevé de ventes et de rachats de fonds distincts en 2010. Il dit avoir eu une part considérable de fonds distincts arrivant à échéance chez Transamerica.

« Les fonds qui étaient particulièrement assujettis à un rachat étaient ceux qui, il y a dix ans, étaient investis dans les fonds de technologie. » Dans certains cas, a-t-il ajouté, les compléments de capital versés représentaient plus que 50 % de la valeur du fonds.

Félicitations à l’industrie

M. Virtue félicite l’industrie de l’assurance pour la façon dont elle s’est comportée en 2010. « Je pense que l’industrie dans son ensemble, et particulièrement Transamerica, devrait être fière. Malgré le chaos dans le marché, elle s’en est bien tirée. C’est quelque chose que l’industrie devrait crier sur les toits. Ces garanties ont de la valeur. Nous venons de le prouver », dit-il.

Il a ajouté qu’antérieurement, les critiques des fonds distincts ont souvent remis en question l’utilité des garanties et des frais que les investisseurs devaient payer. L’argument était que ces garanties n’étaient jamais utilisées, puisque le marché boursier s’apprécie dans un délai raisonnable. On a maintenant la preuve que cette vision est incorrecte.

« Nous avons vendu des produits avec garanties. Ces garanties ont été utilisées et, dans tous les cas, tous ces clients ont reçu les montants complets de leurs garanties. Je pense que c’est un succès extraordinaire pour l’industrie. Cela prouve à beaucoup de sceptiques la valeur des fonds distincts et de leurs garanties », renchérit M. Virtue.

Ce dernier croit que les rachats devraient revenir à des niveaux normaux en 2011. « Cette histoire de bulle est maintenant derrière nous et nous sommes maintenant revenus à une période normale. »

Prévoit-il une autre année comme celle-là en 2018, alors que les fonds distincts achetés avant l’effondrement du marché de 2008 arriveront à échéance? Il répond que cela dépendra du marché à ce moment-là. « La situation qui s’est produite chez Transamerica – qui investissait dans l’indice NASDAQ – était plutôt exceptionnelle. »

Il ajoute qu’avant l’effondrement de 2008, de nombreuses sociétés offraient encore des produits offrant des garanties de 100 % sur dix ans. « La majorité des sociétés se sont éloignées de cela. Plus personne n’offre maintenant des garanties de 100 % sur dix ans. Certaines sont passées à des garanties de 100 % sur 15 ans. »