Pour une deuxième année consécutive, les feux de forêt ont entrainé des pertes records pour les assureurs, en 2018, portant la somme des indemnités à 25 milliards de dollars américains (G$ US). C’est le risque catastrophique au premier rang des États-Unis, indique un nouveau rapport de Moody’s intitulé California homeowners insurers responding to records wildfire losses. 

Au cours de la dernière année, la Californie a connu sa saison la plus couteuse et la plus meurtrière à ce jour. Plus de 100 personnes sont mortes dans des feux de forêt en Grèce. Au Canada, la Colombie-Britannique a déclaré l’état d’urgence alors que sa pire saison des feux de forêt a brulé 1,4 million d’hectares, soit plus que la superficie de l’Angleterre, sans compter les vapeurs étouffantes qui se sont rependues sur Seattle. En Australie, des feux de brousse ont brulé sur les périmètres de Sydney, enveloppant la ville de fumée et de cendres.  Les pays d’Europe du Nord ont été brulés entre 20 et 200 fois plus que la normale. Des incendies ont aussi atteint le nord et le cercle arctique.

Cette nouvelle réalité rend les assureurs particulièrement vulnérables face à ce type de catastrophes. De ce fait, les assureurs doivent s’adapter à une nouvelle normalité. Le risque d’incendie est plus important et coute plus cher. 

« Les feux de brousse de 2017 et 2018 ont obligé les réassureurs à reconsidérer leur perception des pertes dues aux feux de forêt comme étant modérées et prévisibles, et poussant le plus grand réassureur du monde à envisager la possibilité qu’un grand nombre de résidences deviennent non assurables », écrit Rob Bailey, le directeur de la résilience au climat chez Marsh & McLennan Insights, dans son article les feux de forêt deviennent plus couteux et plus meurtriers, les assureurs et les services publics en paient le prix.

Les assureurs ont un rôle à jouer

L’assurance ne peut empêcher l’augmentation des feux de forêt, mais elle peut dissuader les communautés de se déplacer dans des zones susceptibles de s’enflammer. Par exemple, les assureurs peuvent décourager les citoyens de s’établir dans de telles zones et augmenter les primes des maisons construites dans des secteurs à risque.

Le vice-président de Moody's, Jasper Cooper estime par ailleurs qu’en réponse aux pertes importantes des feux de forêt, « les assureurs augmentent les taux et réassument le risque, en particulier dans les régions exposées aux feux de brousse et dans les zones de forêt urbaine », a-t-il ; dit. 

Or, selon M. Bailey, il devient important de maximiser les programmes d’assurance actuels pour aider les résidents à devenir résilients face aux risques. Ainsi, il devient fondamental de récompenser les habitants par le biais de primes réduites lorsqu’ils adoptent des mesures d’atténuation du risque, comme en munissant leur maison de matériaux coupe-feu. Des travaux sont notamment en cours pour améliorer et développer des modèles et des solutions de transfert de risques, comme des produits d’assurance paramétrique, qui accordent un remboursement dès que le seuil de surface brulée est atteint.

Les services publics sont particulièrement touchés

Les feux de forêt ne touchent pas que les habitations. Les entreprises et les services publics sont également lourdement affectés. Ils peuvent endommager les actifs, interrompre les activités des entreprises et perturber les chaines d’approvisionnement. Les industries les plus touchées incluent les industries extractives, la foresterie, l’agriculture et le tourisme.

En 2016, l’incendie de Fort McMurray est devenu la catastrophe la plus couteuse de l’histoire du Canada. Elle a entrainé l’évacuation et la fermeture d’un certain nombre de sites de production de pétrole, ce qui a eu des conséquences sur l’approvisionnement et sur les marchés internationaux.

Du côté des États-Unis, les récents incendies de forêt en Californie ont nui aux secteurs vinicoles, horticoles et touristiques.

Aussi, les services publics d’électricité courent le risque que leurs installations déclenchent un incendie. Ce fut le cas en Australie, en 2009. Près de la moitié des feux du samedi noir qui ont ravagé Victoria ont été causés par des pannes électriques. L’évènement a entrainé le plus grand recours collectif jamais intenté par l’Australie contre la société d’électricité AusNet

Au début de cette année, face à des obligations potentielles de 30 G$ US liées aux incendies de 2017 et 2018, l’utilitaire californien Pacific Gas & Electric’s (PG&E) a demandé la protection du chapitre 11 contre la faillite.

Une lueur d’espoir ?

En adoptant des pratiques agricoles modernes et l’émergence de champs et de pâturages à grande échelle qui créent des ruptures avec les sources de combustible, de nombreux pays africains et asiatiques sont parvenus à diminuer l’activité de leurs feux de forêt.

Les risques futurs d’incendies de forêt restent difficiles à anticiper et sont principalement déterminés par les changements climatiques, le développement urbain et le développement agricole. Mais les taux de croissance démographique et de croissance économique rendent les prévisions difficiles. « Les feux de forêt ne seront peut-être plus des phénomènes qui ne se produisent que dans des régions éloignées », conclut M. Bailey.