Après avoir suscité de vives inquiétudes lors de la crise financière, les trois grands joueurs du secteur de l'assurance de personnes au Canada ont consacré leurs efforts à regagner la confiance des investisseurs.Ainsi, la Financière Manuvie a couvert la moitié de ses activités de rentes variables, cherchant ainsi à réduire son degré d'exposition aux marchés boursiers. Lorsque le marché s'est effondré à la fin de 2008, Manuvie en a ressenti les répercussions sur ses activités de rentes variables qui étaient largement non couvertes. À la fin de 2008, l'écart entre la valeur garantie des rentes variables et des contrats de fonds distincts et les actifs sous-jacents soutenant ces contrats était de 27 milliards de dollars ( G$).
La situation s'est toutefois améliorée depuis. C'est ce qu'a affirmé Donald Guloien, président et chef de la direction de la Financière Manuvie, lors de l'assemblée annuelle des actionnaires, tenue en mai dernier. Il a souligné que sa société avait fait un progrès important dans sa stratégie de couverture du risque des rentes variables.
« Aujourd'hui, virtuellement, toutes nos nouvelles activités de rentes variables sont couvertes à mesure que nous les souscrivons », a-t-il dit. De plus, sur nos activités en vigueur, 51 % de notre risque est couvert ou réassuré, soit plus du double que l'an dernier à pareille date. »
Ainsi, pendant le premier trimestre de 2010 seulement, Manuvie a couvert une valeur de 15,2 G$ de garanties de rentes variables en vigueur, conservant ainsi sa valeur couverte garantie ou réassurée à 51 %. À la fin de 2009, ce ratio était de 35 %. En 2008, il était de 20 %.
M. Guloien dit reconnaitre que la volatilité non couverte de Manuvie était trop élevée. Toutefois, plutôt que d'agir précipitamment alors que le marché était dans un creux, Manuvie a préféré renforcer la situation de son capital.
« Nous avons ensuite attendu que les marchés se redressent avant de couvrir notre degré d'exposition aux marchés boursiers. Ceci nous a permis de ne pas pénaliser nos actionnaires en actualisant des pertes, alors que le marché était à son plus bas », a-t-il ajouté.
Ainsi, au 31 mars 2010, le montant net à risque lié aux produits de rentes variables non couverts et non réassurés de la Financière Manuvie était de 8,1 G$. Au 31 mars 2009, il était de 28,3 G$.
Inquiétudes des firmes de notation
L'exposition aux marchés boursiers de Manuvie avait soulevé l'inquiétude des agences d'évaluation du crédit au début de 2010. Ainsi, en janvier, A.M. Best avait confirmé la cote de solidité financière de « A+ (supérieure) » et les cotes de crédit des émetteurs « AA » de la Financière Manuvie et de ses filiales.
Toutefois, la firme de notation avait dit être « préoccupée par l'exposition considérable du groupe au marché boursier et aux taux d'intérêt, particulièrement en ce qui touche ses segments d'assurance, la volatilité de ses bénéfices et sa couverture réduite des intérêts. »
A.M. Best a reconnu que Manuvie avait fait du progrès en ce qui a trait à la couverture de ses produits de fonds distincts et dans l'atténuation du risque de son portefeuille de produits. La firme de notation considère que le bénéfice et le capital de Manuvie demeuraient assujettis aux fluctuations du marché boursier puisque seulement une partie de ses produits sont soit couverts, soit réassurés.
A.M. Best a ajouté que « le montant net à risque de Manuvie associé à ses activités de rentes variables a substantiellement diminué, surtout en raison de l'amélioration des marchés boursiers. »
Aussi en janvier 2010, Standard and Poor's (S&P) a réduit de « AA- » à « A+ » la cote de crédit de contrepartie à long terme de la Financière Manuvie. En novembre 2009, S&P avait averti qu'elle abaisserait les cotes d'un niveau, à la lueur de la réorganisation des filiales américaines de Manuvie. Dans ce rapport, S&P a aussi mentionné ses inquiétudes à l'égard du risque associé aux marchés boursiers. « La tolérance au risque de la Financière Manuvie demeure élevée et la majorité de son passif lié aux marchés boursiers demeure non couvert. De plus, le bénéfice et la capitalisation sont très sensibles à la volatilité des marchés boursiers et aux fluctuations des taux d'intérêt. »
Le bénéfice net de la Financière Manuvie a été de 1,4 G$ en 2009, comparativement à 517 millions de dollars (M$) en 2008. Ces résultats demeurent loin du bénéfice de 4,3 G$ enregistré en 2007. Toutefois, Manuvie connait un regain de vie en 2010 et a présenté un bénéfice de 1,1 G$ au premier trimestre de 2010.
Diminution des ventes
Dans son rapport du premier trimestre de 2010, la Financière Manuvie indique avoir connu une diminution des ventes de ses rentes variables. Selon l'assureur, cette baisse reflète ses efforts pour équilibrer son profil de risque. Les ventes de rentes variables du premier trimestre de 2010 ont diminué de 39 % comparativement au premier trimestre de 2009.
Au cours du premier trimestre de 2010, le conseil d'administration de Manuvie a aussi annoncé qu'il avait mis en place des comités distincts de vérification et de gestion du risque. « À la suite de l'augmentation de la volatilité des marchés financiers depuis septembre 2008 et de l'évolution constante du risque, le conseil d'administration a renforcé sa surveillance du risque et a bien l'intention de continuer à se concentrer sur cet aspect. »
La Financière Manuvie avait aussi expliqué quels seraient ses plans en matière de gestion du risque de ses produits de rentes variables dans son rapport annuel 2009. « Les mesures clés en matière de réduction des risques mises de l'avant en 2009 comprennent la révision de prix et la refonte des produits de rentes variables au Canada et aux États-Unis, le lancement de nouveaux produits à garanties moindres et la suspension des ventes de certains produits en Asie. De plus, en avril et en décembre 2009, nous avons élargi notre programme de couverture afin de couvrir substantiellement toutes les activités de rentes variables souscrites au Canada et en Asie. »
Prudence chez Great-West
Pour sa part, Great-West Lifeco a présenté un bénéfice net de 1,63 G$ en 2009. En 2008, la société de portefeuilles en avait réalisé un de 2,02 G$. En 2009, le rendement de l'avoir des actionnaires de Great-West Lifeco a été de 13,8 %, contre 12,8 % en 2008.
Les administrateurs de Great-West Lifeco ont indiqué dans le rapport annuel de la société que l'entreprise avait profité de ses « politiques et méthodes prudentes et conservatrices à l'égard de la gestion de ses avoirs consolidés ». De plus, ils affirment que les critères de souscription « conservateurs » de Great-West Lifeco et sa culture « disciplinée » dans le lancement de nouveaux produits se sont avérés « favorables » à long terme pour la société et ses filiales.
Au Canada, les administrateurs de Great-West Lifeco affirment que la compagnie a su « maintenir ses garanties de fonds distincts d'une façon prudente et disciplinée, limitant de ce fait sa position à l'égard du risque ».
Le rapport annuel de 2009 de la Great-West Lifeco indique aussi que la société a mis en place un programme de couverture « afin d'atténuer certains risques associés aux options intégrées à ses produits GRM (fonds à garantie de retraits minimums) ». De plus, un comité de la haute direction a été mis sur pied afin de surveiller les analyses de rendement des couvertures et d'effectuer des ajustements.
Great-West Lifeco a aussi indiqué dans son rapport annuel que le montant de GRM en vigueur au Canada et en Allemagne était de 119 M$. La société de portefeuilles a lancé un produit GRM à garantie de retraits à vie sur le marché canadien l'automne dernier.

Chute du bénéfice de Sun Life
Dans son rapport annuel 2009, la Financière Sun Life indique qu'environ 90 % de l'ensemble de ses contrats de fonds distincts et de ses rentes variables étaient inclus dans un programme de couverture du risque lié aux marchés boursiers. Toutefois, la société est aux prises avec d'autres problèmes. Le bénéfice net a été de 534 M$ en 2009, comparativement à 785 M$ en 2008. En 2007, l'assureur avait présenté un bénéfice net de 2,2 G$.
« Le bénéfice net de l'exercice 2009 témoigne de la volatilité des marchés observée pendant toute l'année, y compris les fluctuations considérables des marchés boursiers, des taux d'intérêt et des écarts de crédit », a indiqué Sun Life dans son rapport annuel.
En 2009, l'assureur a tiré profit de meilleures conditions du marché. Celles-ci ont toutefois été atténuées par divers éléments, dont la mise à jour des hypothèses actuarielles relatives aux actions et aux taux d'intérêt, au troisième trimestre de 2009. Sun Life a aussi eu à faire face à la dépréciation de son portefeuille d'investissement, précise l'assureur.
Le rendement sur l'avoir des actionnaires de Sun Life a été de 3,5 % en 2009. L'assureur s'était toutefois fixé comme objectif d'en présenter un se situant entre 13 % et 15 %.
Le bénéfice net pour l'exercice 2009 complet s'explique par l'incidence financière de l'abaissement des cotes de crédit sur le portefeuille de placement pour un montant de 670 M$, par l'incidence négative de la mise à jour d'hypothèses des provisions techniques liées aux marchés boursiers et aux taux d'intérêt pour un montant de 513 M$ au cours du troisième trimestre de 2009 ainsi que par des pertes de valeur nettes de 431 M$.
Cette incidence négative a été partiellement contrebalancée par l'incidence favorable de la progression des marchés boursiers pour un montant de 306 M$ par la hausse des taux d'intérêt pour un montant de 206 M$.En avril 2010, ces résultats se sont traduits par une décote de Standard & Poor's du crédit de contrepartie à long terme de la Sun Life et de sa cote de solidité financière, laquelle est passée de « AA » à « AA- ».
« Les bénéfices d'exploitation après impôts de la Financière Sun Life en 2010 seront en deçà de nos attentes. Nous croyons aussi que le portefeuille d'investissement américain connaitra une autre baisse de valeur des actifs, ce qui ajoutera de la pression sur le capital du groupe », explique S&P dans son analyse.
La perspective des cotes de la Financière Sun Life est négative. Celle de ses filiales nord-américaines demeure stable, dit S&P.
« Même si les bénéfices d'exploitation après impôts du groupe s'améliorent, il est invraisemblable qu'ils retrouvent les niveaux espérés pour obtenir de meilleures cotes d'ici une année ou deux, malgré une réduction de la volatilité. Les bénéfices d'exploitation de la Sun Life en 2009 se situaient bien en deçà des 1,75 G$ habituellement nécessaires pour obtenir des cotes supérieures. Nous pensons aussi que les bénéfices d'exploitation de la FSL après impôt seront inférieurs à nos attentes d'au moins 1,75 G$. »
S&P avait néanmoins des commentaires positifs sur Sun Life, dont son « profil commercial d'une grande solidité, ses avantages concurrentiels au Canada, ses bénéfices très robustes, sa capitalisation et ses investissements. »