Le Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ) continuera à faire connaitre la profession auprès des politiciens. Les régulateurs seront aussi particulièrement visés au cours de la prochaine année.C’est ce qu’a indiqué Catherine Mainguy, nouvelle présidente du Regroupement, en entrevue au Journal de l’assurance, lors du Congrès de l’association, qui s’est tenu fin novembre, à Québec. Lors de cette entrevue, elle était accompagnée d’Isabelle Perreault, directrice générale du RCCAQ.

Mme Mainguy dit aborder son mandat avec beaucoup de positivisme, en grande partie grâce au travail qui a été fait par l’équipe qui l’a précédée. « Ils ont bien sorti le bateau du port. Mon défi sera de garder le cap. Nous avons pris un virage politique sous le règne de Louise Mathieu et nous allons le poursuivre », dit-elle.

Prendre le virage politique était d’ailleurs un souhait du membership, rappellent les deux femmes. Les membres l’avaient identifié comme étant la priorité du Regroupement lors d’un sondage effectué en juin 2008. Le RCCAQ travaille depuis ce temps à faire connaitre le courtage et ses réalités sur la scène politique. En 2012, le Regroupement vise à se faire connaitre comme industrie auprès des régulateurs.
Mme Mainguy affirme que le Regroupement a l’écoute des députés. À titre de preuve, elle donne en exemple le déjeuner des présidents régionaux que le Regroupement tient à chaque congrès.

« L’an dernier, nos présidents régionaux ne savaient pas quoi faire sur le plan politique. Cette année, ils avaient des moyens. Ils font des appels, envoient des lettres et invitent les députés à des évènements », dit-elle.

Mme Perreault rappelle aussi que les cabinets de courtage génèrent des retombées économiques non négligeables, en plus de créer des emplois. « Avoir l’écoute des députés nous permet d’être capables de mieux faire connaitre notre réalité. C’est la même recette qu’on veut appliquer avec les régulateurs. Notre industrie est basée sur des principes et non des règles. Notre réalité n’est pas la même que celle des assureurs directs », dit-elle.

Est-ce que le RCCAQ songe à tenir un lobby day, comme le fait l’Association des courtiers d’assurance du Canada (ACAC) à Ottawa? « C’est un moyen comme un autre de se faire entendre, dit Mme Perreault. Tout dépend des enjeux. Quand on commence à poser des gestes comme ceux-là, on doit bien les poser. La réflexion est amorcée quant à avoir un lobby day, mais tout demeure une question de crédibilité. »

Mme Mainguy ajoute aussi que le message véhiculé par l’ACAC est à Ottawa est très simple à saisir : les produits de crédit et d’assurance ne peuvent être vendus au même endroit. Il faudrait donc que le RCCAQ veuille faire passer un message du genre pour tenir un lobby day.

Le RCCAQ gardera aussi un œil attentif sur les suites de la transaction Intact-AXA, compte tenu du chamboulement que cette fusion provoque dans le réseau.
« On ne peut encore mesurer les impacts d’une telle transaction. On doit être attentif à ce qui se passe. Nous avons fait un beau travail en ouvrant les discussions. On sent qu’on a leur attention. Notre présence rassure d’ailleurs nos membres. Il y a de la nervosité, mais on sent qu’ils se préparent », dit Mme Mainguy.

Mme Perreault rappelle que tous les courtiers sont interpellés par cette transaction. « La transaction a des impacts sur les produits disponibles, mais aussi sur le nombre d’assureurs avec qui les courtiers font affaire. Il ne faut pas paniquer. On voit toutefois que nos membres se posent les bonnes questions. Il n’est d’ailleurs pas mauvais de se projeter dans le temps », dit-elle.

Mme Mainguy fait remarquer que la transaction a ouvert la porte aux échanges. Non seulement avec Intact, mais aussi avec l’Autorité des marchés financiers. « Au chapitre de la divulgation de la concentration, nous avons pu discuter avec eux et leur faire valoir que plusieurs courtiers n’ont aucun contrôle sur la situation », dit-elle. La présidente du RCCAQ rappelle d’ailleurs qu’il n’y a pas un cabinet de courtage qui vit la même réalité qu’un autre. « Il faut bien les comprendre pour être en mesure de défendre les intérêts de tout le monde », dit-elle.

Mme Perreault fait d’ailleurs remarquer que les échanges sont de plus en plus poussés au sein du RCCAQ. « Les gens se disent les vraies choses. On n’a qu’à prendre la consolidation. Les courtiers la vivent. C’est une réalité, mais ils demeurent terre à terre. Nous avons fait un sondage auprès de nos membres pour voir quelles seraient les tendances en assurance des particuliers et en assurance des entreprises. On a pu voir quelles questions ils se posent. Ils sont encore en train de soupeser le tout, surtout que l’impact de la concentration se fait de plus en plus sentir à la suite de la transaction Intact-AXA. Nos membres gardent néanmoins la tête froide », dit-elle.

Mme Mainguy ne cache pas que l’annonce de la transaction impliquant les deux principaux joueurs du marché québécois lui a coupé le souffle quelques secondes. « Ce n’est pas quelque chose que l’on peut empêcher, il faut le vivre », dit-elle.

Ce sont là les joies et les affres du monde des affaires, ajoute Mme Perreault. Elle précise que certains assureurs envisageront probablement de faire affaire avec des courtiers et rejoindre certaines clientèles à la suite de la transaction.

« Ils pourront impliquer des courtiers et miser sur eux, et non uniquement sur des volumes d’affaires », dit-elle. « Chaque crise ouvre ses portes. Il y aura des occasions d’affaires et c’en est une belle », ajoute Mme Mainguy.

Assurer la pérennité du courtageC’est pour cette raison que dans un an, quand son mandat sera terminé, Catherine Mainguy souhaite avoir mis en place des outils qui assureront la pérennité du courtage. « Je veux travailler avec nos partenaires pour nous permettre de l’être. Il y a des façons de faire qui peuvent nous rendre plus efficaces. Il faut s’adapter. Nous sommes à la croisée des chemins. Les courtiers doivent changer pour continuer. Informatiser les cabinets est un moyen », dit celle dont le cabinet est presque sans papier en assurance des particuliers. Elle recherche d’ailleurs la même efficacité en assurance des entreprises.

La distribution par le Web est un autre dossier qui retiendra l’attention de Mme Mainguy. Ce sera un gros mandat et ça fera partie de nos discussions. On parle de crise économique, mais une crise technologique n’est pas impossible. Plusieurs assureurs sont forts en techno, mais peu s’y lancent. On doit donc voir comment on peut servir le client », dit-elle.

Le RCCAQ compte maintenant sur une force de 615 cabinets membres, tous enregistrés auprès de l’Autorité. Ce nombre inclut les points de vente de certains cabinets, mais le RCCAQ les compte comme membres vu qu’ils détiennent un permis du régulateur pour exercer en tant que cabinet. Il s’agit d’un gain de 25 cabinets par rapport à l’an dernier.

Au conseil exécutif du Regroupement, Mme Mainguy sera épaulée par le président sortant Stéphan Bernatchez, Michel Duciaume, président élu, Daniel Turcotte, secrétaire-trésorier, Jean Bilodeau et Jacques Brisson