La rénovation numérique en cours offre de nombreuses opportunités pour les services financiers et les femmes. Lors du colloque « Femmes en finance » du Cercle finance du Québec, un panel s’est penché sur la corrélation entre les deux.

De très nombreuses jeunes pousses (startups) innovent et permettent de numériser les procédés, les systèmes et les produits financiers. Les femmes sont nombreuses dans les écoles de génie, mais en informatique, on constate que fort peu d’entre elles créent des entreprises, souligne Nicole St-Hilaire administratrice au Cercle finance du Québec. Celle-ci est l’une des instigatrices du colloque tenu à Québec cet automne et auquel ont participé plus de 300 personnes.

Le forum sur la révolution numérique était animé par Caroline St-Jacques, vice-présidente chez Manuvie Québec. Elle note que les investissements en innovation, dans le secteur des services financiers, dépasseront largement ceux réalisés dans le secteur manufacturier. De manière générale, a-t-on entendu lors du colloque, moins de 20 % des emplois dans le secteur des technologies de l’information et des communications sont détenus par des femmes.

Concevoir et utiliser

La rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, note qu’à peine 11 % des inscriptions en informatique à l’Université Laval sont faites par des femmes. Cette donnée ne change pas, malgré des années à promouvoir ces carrières auprès des étudiantes. Pour stimuler l’intégration des nouvelles technologies dans tous les secteurs, elle suggère de bien analyser les enjeux découlant de la numérisation des échanges.

« À défaut de prendre le leadership du développement technologique, les femmes doivent diriger son usage et de ce qu’on en fait, dit-elle. On ne peut pas demander seulement aux ingénieurs et aux informaticiens de trouver les réponses. »

Trop de femmes semblent souffrir du « syndrome de l’imposteur » lorsqu’elles ont à prendre une décision qui comporte un enjeu technologique. « Les femmes doivent avoir cette ambition de participer à la prise de décision en matière de technologies, car l’ère numérique transforme toutes les organisations », dit-elle.

Mme D’Amours ajoute que même au sein des conseils d’administration, l’expertise en matière de technologie et de numérisation est peu répandue. « On ne se priverait jamais de l’expertise d’un comptable dans un conseil. Les organisations qui se privent d’avoir cette expertise numérique prennent de très grands risques », indique-t-elle. Les changements viendront des plus jeunes générations, puisque les enfants apprennent dès la maternelle l’importance de savoir coder avant même de lire ou écrire, souligne la rectrice.

Cheminement similaire en finance

De son côté, Marie-France Ouimet, chef stratégie de données à la Banque Nationale du Canada, dit poursuivre le même cheminement qui l’a fait passer d’abord par le Cirque du Soleil. « Il faut réaliser que la science et la technologie sont partout autour de nous, et ce, depuis toujours. »

Elle a ainsi pu concilier son expertise plus rationnelle, plus scientifique, à un domaine d’affaires plus créatif, relate-t-elle. Elle a notamment participé à la création des systèmes informatiques utilisés par les régisseurs dans les différents spectacles à succès présentés par le Cirque à Las Vegas.

À la Banque Nationale, elle estime que son travail est le même, puisqu’elle essaie d’implanter la technologie dans l’organisation pour faciliter le développement de produits, améliorer l’expérience client, au lieu de s’occuper seulement de rendre plus efficaces les systèmes informatiques de l’entreprise.

Sylvie Paquette se prononce

Selon Sylvie Paquette, actuaire, administratrice de sociétés et ex-PDG de Desjardins Groupe d’assurances générales, si les institutions financières investissent depuis plus de 20 ans dans les technologies, « le virage numérique ne s’est pas fait. On a mis en place des éléments pour que ça se fasse. »

Pour que ça fonctionne, l’innovation doit être pensée en fonction des besoins du client, et non de l’institution. « Ça fait peu de temps que nos entreprises se préoccupent de l’expérience client », ajoute-t-elle. Les projets ont été réalisés par les ressources à l’interne, comme on aime le faire dans les grandes entreprises, avec des systèmes conçus pour durer. L’effervescence des nouvelles technologies dans le domaine des services financiers est une bonne chose, dit-elle.

Selon la rectrice Sophie d’Amours, les données et la technologie numérique doivent être mises au service de la société et des citoyens dans l’objectif d’améliorer les services publics. « Ce n’est pas aux informaticiens de décider de l’utilisation des données, sans consulter tous les citoyens. Ce seul élément plaide pour une grande diversité dans l’industrie. »

Même sur Facebook, l’influence des genres est notable. La veille, Mme D’Amours lisait une étude analysant quelque 10 millions d’interactions faites par 52 000 utilisateurs de Facebook, pour comprendre ce que disent les hommes et les femmes à leur communauté. Sans surprise, les deux univers sont complètement distincts, tant dans les préoccupations exprimées que le vocabulaire. « Or, tous ces échanges laissent des traces », ajoute-t-elle. L’algorithme est en conséquence modifié pour faciliter les relations entre les utilisateurs et les commanditaires, par exemple.

Pouvoir d’influence

Sylvie Paquette donne l’exemple de sa sœur de 49 ans qui arrive à peine à utiliser son iPhone. « Je lui ai dit : “Tu as encore 40 ans à vivre !” La vie change tellement vite et la technologie est au cœur de cela », raconte-t-elle.

« Si tu n’arrives pas à utiliser ces outils dans ton quotidien, quel est ton pouvoir d’influence dans la société ? Je ne le sais pas », dit-elle. Même en n’étant pas une scientifique ou une spécialiste de l’informatique, les femmes doivent montrer plus d’ouverture et de curiosité envers la technologie, insiste-t-elle.

Selon Marie-France Ouimet, il importe de prendre conscience du fait que la science est un univers qui nous touche tout le temps, dans tous les domaines. Les mathématiques sont la voie d’entrée à cette évolution à laquelle tous peuvent participer. Elle rappelle qu’en matière d’éducation, les femmes occupent une place prédominante dans les écoles et peuvent ainsi participer à l’intégration des technologies dans l’apprentissage.

Sophie D’Amours note que la numérisation modifie toutes les étapes de la fabrication des objets. On peut personnaliser la production d’une prothèse de la hanche grâce à l’imprimante 3D. Ça se fait déjà au Québec en 2017, dit-elle. Ce n’est qu’un aspect dans l’offre des services de santé. Il y a de la recherche informatique derrière cette innovation, mais aussi du développement des affaires. « Au CRIQ, on arrive à produire des trucs formidables avec des robots beaucoup plus petits qu’avant », dit-elle.

« Les robots sont partout : ça révolutionne nos vies »

En Inde, on utilise une technologie canadienne pour enseigner les mathématiques aux enfants. Grâce à l’intelligence artificielle, l’algorithme détecte les lacunes de l’enfant et ajuste ses méthodes pédagogiques pour l’aider à comprendre les formules et les théories. Tous les secteurs économiques seront touchés par ce progrès, en incluant l’éducation et les soins de santé. « Les robots sont partout. Ça révolutionne déjà nos vies. Ça se passe en ce moment », ajoute Mme D’Amours.