Swiss Re America croit que le marché canadien de l’assurance de dommages finira par se consolider davantage un jour ou l’autre. Fractionné comme il l’est maintenant, il ne favorise pas l’utilisation optimale des ressources financières que recèlent les assureurs au Canada.C’est ce qu’ont indiqué Pierre Ozendo et Patrick Mailloux, respectivement PDG et chef des opérations de Swiss Re America, en entrevue au Journal de l’assurance. Les deux hommes étaient de passage à Québec à la fin mai lors de l’événement Swiss Re Academy.

« Il y a un besoin de consolidation à travers le monde dans les marchés financiers et ça va aussi se faire sentir au Canada. Les compagnies canadiennes ont eu de très bons résultats ces dernières années, mais leurs réserves sont réduites vu la compétitivité. Les petites compagnies veulent maintenant voir d’où viendra leur croissance, tout comme les moyens et gros joueurs. Quand il y a beaucoup de capital dans un marché, il y a toujours une tendance à rechercher la consolidation », dit le PDG de la division américaine de Swiss Re.

Incitatif

Ce dernier croit que la consolidation redémarrera lorsque les gros joueurs offriront un incitatif financier aux vendeurs éventuels.

« Nous avons été dans un marché profitable depuis quelques années, avec énormément de capital. Les gens cherchent à mettre ce capital en utilisation. Le prix de vente doit être potable. Les compagnies profitables exigent toutefois un prix élevé pour vendre. Plusieurs assureurs cherchent à acquérir, mais il n’y en a pas énormément qui veulent vendre. Personne n’est pris à vendre en urgence. Les compagnies qui se vendront seront celles qui recevront une prime au-dessus de leur valeur sur le marché », affirme M. Ozendo.

Les deux hommes notent aussi que les compagnies canadiennes ont affiché des rendements de l’avoir des actionnaires supérieurs au reste de la planète, certains atteignant même 30 %. « Les assureurs canadiens cherchent maintenant comment maintenir ces rendements, surtout du côté des compagnies publiques alors que les actionnaires y sont habitués. Ces assureurs ont pas mal de pression », dit-il.

Patrick Mailloux rappelle toutefois que les assureurs de dommages n’ont pas toujours affiché d’aussi bons résultats. « Il faut faire attention. Si on compare l’assurance avec d’autres institutions financières sur plusieurs années, le rendement est nettement inférieur. Il ne faut pas être gêné de dire qu’on fait de l’argent », dit-il.

Pas de catastrophes

Pierre Ozendo ajoute que les assureurs de dommages doivent aussi leurs bons résultats à l’absence de catastrophes. Il se dit confiant que ces derniers sauront faire face aux défis du futur, puisqu’ils connaissent bien les risques auxquels ils seront confrontés. « Les assureurs et réassureurs devront jouer un rôle d’éducateur et encourager la mise en place de normes de sécurité et de protection plus poussées auprès des gouvernements », dit-il.

Dans un contexte économique mondial, les deux dirigeants s’inquiètent de façon indirecte de l’effet de la crise du pétrole actuelle sur l’industrie de l’assurance. Patrick Mailloux souligne qu’elle amène les gens à moins conduire, ce qui fait baisser le nombre d’accidents. « On le voit déjà. Les gens adoptent aussi une conduite plus économique. Ils conduisent à 100 kilomètres/heure plutôt qu’aux 118 permis », dit-il.

Toutefois, Pierre Ozendo se dit inquiet de l’impact sur l’inflation. « Le marché pétrolier, combiné à un huard fort, risquent de créer des malaises sur les marchés financiers. Ce n’est pas une bonne chose pour l’industrie financière. Une poussée d’inflation, suivie d’une érosion de confiance peuvent générer des pertes d’emplois et plus de difficultés pour l’industrie, comme des réclamations plus coûteuses », dit-il.