Ces quatre dernières années, les Canadiens ont investi de plus en plus dans leurs polices d’assurance vie universelle. Une conception de produits attrayante et une conjoncture économique favorable maintiendront cette tendance à court terme.En termes de primes annualisées, les ventes d’assurance vie universelle sont en hausse de 8% au premier trimestre de 2007, en comparaison de la même période l’an passé, révèlent les plus récentes données de LIMRA International. En fait, ce sont plus de la moitié de toutes les primes engrangées au Canada au premier trimestre 2007 qui ont pris le chemin des polices vie universelles.

« Nous ne sommes pas surpris par la croissance de ce produit », affirme David Gray, vice-président distribution aux intermédiaires, assurance et placements individuels chez Financière Sun Life. « C’est un produit qui offre aux consommateurs une très grande flexibilité. Avec un produit d’assurance vie universelle, tout devient transparent pour les consommateurs, en termes de coûts et de rendements », explique M. Gray.

Joe Kordovi, vice-président et actuaire en tarification chez Transamerica Vie Canada, abonde dans le même sens. Selon lui, les assureurs ont rendu ces produits plus attrayants en élargissant la gamme des options d’investissements qu’ils offrent au sein de leurs polices universelles, fait-il valoir. Les conseillers profitent d’ailleurs de cet élargissement qui facilite la gestion des sommes investies par leurs clients dans ces polices, ajoute M. Kordovi.

«Le choix de styles de gestion de portefeuilles est aussi plus vaste », affirme M. Kordovi. « Les conseillers peuvent ainsi tracer le profil de risque de leurs clients, placer leur investissement dans le portefeuille qui leur convient, et laisser ensuite à l’assureur le soin de gérer les fonds », dit-il.

Le vieillissement de la population canadienne contribue aussi à la croissance des ventes d’assurance vie universelle, affirme pour sa part Paul Smith, vice-président marketing et développement de produits en assurance vie individuelle, chez Financière Manuvie.

« Les baby boomers entrent désormais de plain-pied dans les années où ils doivent s’occuper de leur planification successorale. L’assurance vie universelle est un véhicule tout indiqué pour ce besoin permanent, dit-il. Nous croyons que nous connaîtrons encore plusieurs bonnes années de croissance dans ce secteur d’affaires. »

À savoir si la crise des prêts hypothécaires à risque (subprimes) pourrait affecter la popularité des produits d’assurance vie universelle, ni M. Smith ni M. Gray ne le croient.

« S’il y a un impact, il sera négligeable, affirme M. Smith. Environ 70% des nouvelles polices d’assurance vie universelle vendues le sont avec primes minimums. »

Cela signifie que la part d’investissement est maintenue au plus bas niveau possible dans le fonds de la police, ce qui laisse peu de prise aux mauvaises surprises issues des marchés boursiers, explique Paul Smith. « De plus, la proportion d’assurés en vie universelle qui investissement dans des options liées aux hypothèques est très faible », ajoute-t-il.

M. Kordovi n’est pas tout à fait d’accord. Selon lui, les ventes d’assurance vie universelle ont déjà montré qu’elles pouvaient être affectées par les revers boursiers.

Il rappelle que lors de la déconfiture des titres de technologie à la fin de l’année 2000, nombre d’options d’investissements liées aux marchés boursiers dans les polices d’assurance vie universelle ont vu leur popularité sapée par cette crise.

« Nous n’avons pas vu une importante chute dans le nombre de polices vendues, parce que les assurés avaient toujours besoin de protection. Par contre, nous avons constaté que les montants excédentaires investis par eux dans les options de placement des polices avaient diminués », note-t-il.

En cas de récession, M. Kordovi est d’avis que les consommateurs investiront leur argent en fonction de la hiérarchie de leurs besoins primaires. Les consommateurs avec le moins de moyens financiers choisiront d’abord de maximiser les contributions à leurs RÉER. Ils investiront ensuite leurs épargnes restantes dans leurs polices d’assurance vie universelle, le cas échéant.

« Si la crise des prêts hypothécaires à risque devait affaiblir l’économie américaine au point d’en affecter l’économie canadienne, la crise pourrait alors se répercuter sur l’épargne des consommateurs, au point d’amoindrir leur désir et leur capacité à investir dans l’assurance vie universelle », affirme M. Kordovi.

M. Kordovi doute toutefois que les corrections à venir dans les marchés boursiers affecteront aussi sévèrement les ventes de vie universelle que l’a fait la déconfiture des technos. Échaudés à l’époque, les investisseurs mettent moins leurs œufs dans un même panier. Ils préfèrent désormais diversifier leurs portefeuilles, plutôt que faire la chasse aux titres les plus performants, comme ils le faisaient il y a sept ans.

« Regardez où l’argent a été placé récemment dans les polices universelles. Il y a beaucoup plus de sommes investies dans des options à intérêt garanti et dans des comptes de portefeuilles. Et beaucoup moins dans l’indice NASDAQ », prend M. Kordovi en exemple.

Il révèle que chez Transamerica, près de 22% des sommes placées dans des polices vie universelle vont maintenant dans des options à intérêt garanti, comparativement à 10% il y a deux ans.

Magasinage

Les ventes d’assurance vie universelle ne semblent pas non plus avoir été affectées par l’ajustement à la hausse des prix de certains produits dans l’industrie. L’an passé et cette année, des compagnies ont dû revoir à la hausse le coût d’assurance nivelé de leurs produits de vie universelle pour en maintenir la rentabilité. D’autres n’ont pas rajusté leur coût nivelé.

Cette disparité a eu pour résultat d’accroître les parts de marchés de certains assureurs, tout en diminuant celles d’autres joueurs, soutient M. Kordovi sans nommer de compagnie en particulier.

Malgré la hausse chez plusieurs joueurs, la popularité des produits d’assurance vie universelle est demeurée élevée, constate Saundra Edwards, vice-présidente adjointe, marketing assurance vie individuelle chez Great-West Life et ses filiales, London Life et Canada Life.

« La tarification de l’assurance vie universelle dans l’industrie est demeurée très concurrentielle et représente pour les consommateurs une bonne valeur en terme de rapport qualité-prix », affirme Mme Edwards.