Les assureurs vie canadiens sont prêts à faire face à la pandémie de grippe A H1N1, que ce soit pour assurer la continuité de leurs affaires ou en cas d'une soudaine augmentation des réclamations.Irene Klatt, vice-présidente, département assurance santé à l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes (ACCAP), a fait valoir que « le niveau de préparation de l'industrie est très bon. Nous avons été proactifs. »

Depuis le début du mois de novembre, le virus H1N1 n'a déclenché que peu de remous dans la population, mais Mme Klatt a affirmé au Journal de l'assurance que l'ACCAP suit de près la situation .

Le 15 octobre, l'ACCAP a tenu une séance destinée aux assureurs sur l'état de préparation à la pandémie, avec le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et des représentants de la santé publique.

L'intervenant du BSIF a traité de la continuité des affaires et des questions de solvabilité, a expliqué Mme Klatt. Le discours des représentants de la santé publique a plutôt tourné autour des stratégies de prévention et sur la campagne de vaccination à l'échelle nationale.

Mme Klatt a ajouté que planifier la continuité des affaires en cas de pandémie vise à assurer que les activités des compagnies d'assurances, en particulier le traitement des réclamations, se poursuivent normalement même si de nombreux employés sont malades.

Une partie de cette planification comprend la formation polyvalente des employés. Ils pourront ainsi remplacer leurs collègues malades et assurer la bonne marche des affaires, explique Irene Klatt.

Les assureurs envisagent également le télétravail comme autre avenue, ajoute-t-elle. Un employé en parfaite santé, mais qui doit s'occuper d'un membre de la famille malade pourrait alors effectuer son travail à partir d'un ordinateur à la maison, par exemple.

Debra De Bock, vice-présidente de la division de la gestion des risques chez Empire Vie, indique que sa compagnie dispose déjà depuis quelque temps d'un plan en cas de pandémie. « Notre principale préoccupation est d'être constamment prêts à agir. »

Au moment d'accorder une entrevue au Journal de l'assurance le 6 novembre, Mme De Bock a toutefois déclaré qu'Empire Vie n'avait pas encore formellement mis en vigueur son plan en cas de pandémie de grippe H1N1. L'assureur se dit toutefois aux aguets. Cela signifie que la compagnie surveille toute résurgence d'absences des employés au siège social de Kingston et à travers le Canada. La compagnie a observé quelques rares cas d'H1N1 dans ses rangs : des employés qui avaient la grippe ou devaient rester à la maison pour prendre soin d'un membre de la famille. En général, l'assureur n'a cependant pas observé une augmentation significative des absences.

Empire Vie n'avait de plus reçu aucune réclamation en raison de décès ou d'invalidité en raison de la grippe H1N1. L'assureur a cependant noté une augmentation des prescriptions de Tamiflu, un médicament antiviral souvent utilisé pour traiter l'influenza. Au début novembre, Empire Vie avait rempli 2 010 prescriptions de Tamiflu depuis le début de l'année, pour les participants à son régime d'assurance collective, comparé à 529 de ces prescriptions à pareille date l'an dernier.

Qu'adviendra-t-il si la situation de la H1N1 se détériore ? Si le nombre de réclamations et d'absences de personnel augmente ? Empire Vie essaie de ne pas élaborer de scénario alarmiste précis, bien que son plan pandémique général prévoie une situation où le nombre de réclamations augmenterait.

Elle rappelle que le BSIF demande aux institutions financières sous sa juridiction d'indiquer, dans les questionnaires de test de résistance qu'elle leur soumet, quelle incidence aurait une pandémie sur leurs réserves. « Le but est de s'assurer que les compagnies peuvent respecter leurs obligations. Nous sommes confiants que nous y parviendrons », ajoute-t-elle.

Joint par le Journal de l'assurance, Rod Giles, un porte-parole du BSIF, a déclaré que l'organisme de réglementation n'avait publié aucune directive pour la H1N1 en particulier. « Nous avons pris des mesures il y a plusieurs années à l'égard d'une possible pandémie de grippe aviaire, et nous demandons régulièrement aux institutions financières de revoir, d'évaluer et de mettre à jour leur plan de continuité des affaires. » Le BSIF veut s'assureur que le plan d'urgence de chaque compagnie puisse répondre en tout temps à une pandémie de grippe potentielle.

Teresa Muzzi, directrice des médias et des relations publiques à la Financière Sun Life, fait valoir que la poursuite des affaires est aussi un élément de premier ordre pour sa compagnie. Sun Life est dotée d'un programme de formation polyvalente, particulièrement pour les employés de première ligne, comme les employés des centres d'appels. Cette formation vise à assurer la constance des affaires à l'égard des clients, mais elle veut aussi s'assurer que lorsqu'un employé retourne au travail, il ne se retrouve pas devant une montagne de travail, explique-t-elle.

Efforts de prévention

La prévention de la dissémination de H1N1 parmi les employés constitue une autre stratégie importante pour la Financière Sun Life, indique Mme Muzzi. En plus de fournir de l'information à jour concernant l'endroit et le moment où les employés peuvent se faire vacciner, la compagnie encourage fortement les employés malades à rester à la maison. Elle a distribué des bouteilles de désinfectant pour les mains aux employés ainsi que des serviettes désinfectantes pour bureaux et claviers d'ordinateurs. Des distributeurs de désinfectant pour les mains ont aussi été installés pour les gens qui entrent dans l'édifice.

Grâce à ses activités réparties dans de nombreuses régions du Canada et dans le monde, Sun Life peut soutenir la conduite des affaires si une pandémie survient dans une région en répartissant le travail dans d'autres régions où les gens ne sont pas touchés. Actuellement, les activités de Sun Life s'effectuent normalement dans le monde.

En matière de solvabilité, Mme Muzzi soutient ne pas craindre d'effets négatifs. « Nous avons évalué de nombreux scénarios de pandémie et avons déterminé que malgré ces scénarios, le capital élevé et le taux de surplus de la compagnie peuvent résister à un nombre de réclamations élevé et aux autres pertes, et qu'elle possède encore suffisamment de capitaux pour que nos affaires continuent de bien aller. »

Inquiétude des clients

Lorsqu'on lui a demandé si les clients étaient soucieux au sujet de la H1N1, Mme De Brock d'Empire Vie a indiqué que certains promoteurs des avantages aux employés ont posé des questions le printemps dernier concernant l'état de préparation d'Empire Vie, dans le cadre de leur propre processus de planification à la pandémie.

Elle a ajouté qu'elle n'a pas vraiment reçu de questions des conseillers qui pourraient avoir à répondre à des clients soucieux, mais elle offre ce conseil « Notre principal message, à l'interne ou à l'externe est qu'il est primordial de s'informer, de rester calme et de communiquer, » conclut Mme De Bock.

L'incidence de la sélection des risques

Un conseiller dont un client potentiel en assurance vie a été touché par la H1N1 doit savoir qu'il y aura des restrictions, a fait savoir le réassureur Munich Re.

Hélène Michaud, vice-présidente adjointe et directrice du marketing des réassureurs chez Munich Re, indique qu'en termes de sélection des risques, « si un proposant est affecté par la H1N1, le traitement de la proposition sera retardée de trois mois. Cependant, si le proposant est touché par la H1N1, mais est totalement rétabli sans avoir eu de complications confirmées par un médecin, il sera considéré comme un risque régulier, en autant qu'il le soit en tout autre situation ».

Le SRAS a servi de leçon à l'industrie

(DG) Pour se préparer à une éventuelle pandémie, l'industrie met en application ce qu'elle a appris de la crise du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui a sévi à Toronto en 2003.

La leçon a donc été apprise, dit Irene Klatt, vice-présidente, département assurance santé de l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes (ACCAP).

Alors qu'elle habitait et travaillait à Toronto à ce moment, se remémore Mme Klatt, une des leçons qu'elle a apprise de la crise du SRAS est la nécessité pour l'ACCAP de se concerter avec les diverses autorités en santé et autres ministères gouvernementaux pour fournir à l'industrie l'information qui est primordiale et ainsi faciliter la prise de décision.

« Lors de la crise du SRAS, il était très difficile d'entrer en contact avec qui que ce soit », se rappelle Mme Klatt.

Cette fois, l'ACCAP maintient un contact étroit avec l'Agence de la santé publique du Canada et le ministère des Finances. Elle reçoit d'eux les mises à jour. Elle échange de l'information sur l'évolution de la situation de la H1N1. L'ACCAP recourt aux conférences téléphoniques quotidiennes avec les représentants d'autres secteurs. « Comme nous faisons partie du système financier, nous sommes partie intégrante de l'infrastructure de première ligne. »

Ce flot de l'information importe pendant une crise où divers acteurs doivent prendre rapidement des décisions vitales. Mme Klatt rappelle, par exemple, que lors de la vague de SRAS, on a demandé à des gens malades de rester pour 10 jours. Lors de cette situation, on a découvert que la protection d'invalidité à court terme ne comprenait pas la quarantaine. Pour éviter deux semaines sans salaire, des employés retournaient au travail trop tôt. De concert, les assureurs ont décidé qu'une bonne politique en matière de santé publique nécessitait de changer cette restriction. « En deux ou trois jours, nous avons décidé de payer pour la période de quarantaine. Pendant le SRAS, nous avons démontré notre sens de la responsabilité. »