En mai, Sharon Giffen a pris le relais d’Anthony Poole, devenu président de la filiale américaine de Foresters. À titre de présidente des activités canadiennes de la petite société de secours mutuel, elle relève du PDG, George Mohacsi.Pendant plusieurs années, la chef des finances issue du milieu de la réassurance a tiré les ficelles comptables de la société au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Elle a conseillé divers départements et exigé des comptes.

C’est maintenant elle qui doit en rendre. Alors que la faiblesse des taux d’intérêt à long terme occupe tous les esprits, Mme Giffen doit maintenant faire des choix dans une toute nouvelle perspective.

« En tant que chef des finances, j’aurais insisté davantage pour que les actions à prendre arrivent plus rapidement. En tant que présidente, je dois maintenant mettre autre chose dans la balance : le développement de produits et l’assurance d’un bon positionnement des ventes et marketing pour continuer notre croissance au Canada. Ce qui est après tout notre objectif fondamental », a-t-elle révélé en entrevue au Journal de l’assurance.

Mme Giffen peut soupeser les options, mais sait qu’elle devra choisir. « Nos concurrents ont augmenté leurs prix plusieurs fois ou retiré des produits. Nous ne sommes pas immunisés », dit-elle.

Dans une position confortable au point de vue de son capital, Foresters peut se permettre de ne pas agir immédiatement, précise-t-elle. « Nous ne sommes pas obligés d’agir les premiers, mais nous ne voulons pas non plus agir les derniers. Nous regardons la structure et la tarification de tous nos produits et il y aura peut-être des changements ».

Créer des marchés

Malgré les aléas des taux d’intérêt, Foresters applique un plan d’affaires qui vise à créer des marchés par l’innovation. Avec son nouveau-né, l’assurance vie entière à émission simplifiée Vie Facile, l’assureur veut s’aménager une niche spécifique : le marché des Canadiens sans assurance ou sous-assurés.

« Nous croyons que c’est un secteur où nous pouvons prendre des parts de marché additionnelles sans les voler à d’autres fournisseurs », dit-elle.

Plusieurs Canadiens sont sous-assurés et le potentiel de croissance est énorme, dit Mme Giffen. « Nous vendons de l’assurance aux Canadiens qui n’en possèdent pas déjà, ajoute-t-elle. C’est exactement notre intention avec Vie Facile. C’est le premier de nos nouveaux produits que nous lançons dans ce créneau et ce ne sera pas le dernier. »

Vie Facile offre à faible cout de l’assurance permanente à prime uniforme, en limitant la couverture à 100 000 $ et aux clients de 20 à 60 ans. La prime annuelle la plus basse est de 300 $ ou 25 % par mois. La proposition peut être soumise sur l’application mobile Skylite. Foresters n’exige aucun examen médical ni questionnaire à remplir. Les assurés sont entièrement couverts dès le premier jour, qu’il s’agisse d’un décès accidentel ou naturel.

Efficacité

Le mot d’ordre : efficacité. « Nous avons voulu simplifier le processus de sélection qui prend des semaines et parfois des mois. L’émission est très rapide, car le conseiller a déjà laissé le contrat au membre après avoir rempli la proposition. Aussitôt l’information reçue et validée au siège social, le contrat entre en vigueur », dit Mme Giffen. Cette simplification vise aussi à réduire le fardeau administratif des conseillers.

Mme Giffen prône une croissance équilibrée et décrit sa gestion comme le point milieu entre le style agressif et conservateur. « Nous n’avons aucune intention d’avoir les meilleurs prix ou d’offrir la rémunération la plus élevée aux conseillers. Nous voulons être dans le marché pour ces deux éléments, mais pas agressivement », dit-elle.

Elle dit souhaiter obtenir sa croissance tant par acquisition que par le développement organique, comme celui de nouveaux marchés.

Aux États-Unis, Foresters a acquis la firme de gestion First Investors en janvier 2011, laquelle a contribué aux revenus de l’assureur à hauteur de 210 millions de dollars (M$) cette année-là. En aout 2011, la mutuelle acquérait un portefeuille de produits d’investissement des mains de Communication Workers Friendly Society au Royaume-Uni, pour un actif de 164 M$.

« Nous continuerons de cibler des acquisitions de notre taille lorsqu’elles seront disponibles. C’est une avenue de croissance majeure par laquelle nous avons atteint la taille que nous avons maintenant », dit-elle.

La mutuelle est rentable et ses affaires sont en croissance. Foresters a réalisé un bénéfice net de 32 M$ en 2011, contre 29 M$ en 2010, soit une croissance de 10 %. La société de secours mutuel possédait au 31 décembre dernier un actif total de 8,6 milliards de dollars (G$) et un excédent de 1,4 G$. Son ratio du montant minimum permanent requis pour le capital et l’excédent (MMPRCE) s’établissait alors à 336 %.

Toujours en 2011, la mutuelle a souscrit des primes brutes de 527 M$ contre 463 M$ en 2010, soit une croissance de 14 %. Le revenu de primes connait une croissance continue depuis 2007. La même année, ses revenus de placement ont atteint 638 M$, contre 502 M$ en 2010, soit une croissance de 27 %.

Établie au Canada, la mutuelle réalise pourtant le gros de ses activités aux États-Unis. En 2011, elle y a ainsi souscrit 331 M$, de ses primes brutes, alors qu’elle en souscrivait 173 M$ au Canada et 23 M$ au Royaume-Uni.

Présente dans le marché canadien depuis plus d’un siècle, Foresters se distingue de ses concurrents par l’offre de bénéfices aux membres, souvent des bourses d’études, de l’aide financière aux orphelins et de l’assistance juridique. Elle finance aussi des projets qui desservent la population en général. Foresters a par exemple investi 7 M$ auprès de KaBOOM!, une société sans but lucratif qui construit des terrains de jeux communautaires.

Pendant des années, le réseau indépendant a traité avec Unité-Vie (ancienne Toronto Mutual), jusqu’à que Foresters lui accole son nom en janvier. Foresters a acquis la mutuelle Unité-Vie en 2007 pour ensuite la démutualiser en 2008. Le processus de fusion a alors commencé.