Avec l’arrivée d’une banque en 2010, les fonds communs de fonds négociés en bourse ont gagné une tendance et un marché concurrentiel. Maintenant, trois fournisseurs parient sur cette niche qui leur permet d’ouvrir les fonds négociés en bourse aux représentants en épargne collective.
Cotés comme des actions, les fonds négociés en bourse (FNB) suivent le rendement d’un indice et s’adonne parfois à certaines stratégies de gestion active. La Bourse de Toronto (TSX) les définit comme une valeur mobilière qui représente un panier de titres sous-jacents liés à un indice, et constitué d’actions, d’obligations, d’autres actifs tels que des marchandises ou d’autres stratégies de placement*.

Le hic, c’est que le représentant en épargne collective ne peut distribuer des titres boursiers. Seul le conseiller en placement détenteur d’un permis de plein exercice en valeurs mobilières a ce privilège. Devant la popularité montante des fonds négociés en bourse, des manufacturiers ont décidé de contourner cet obstacle. Ils regroupent les FNB au sein de fonds communs.

BMO Fonds Guardian est devenu en 2010 le troisième joueur dans le marché des fonds communs de fonds négociés en bourse (fonds de FNB). La concurrence s’annonce vive, car la filiale de fonds communs de BMO Groupe financier devra jouer du coude pour faire sa place face à un rival de taille en Invesco Trimark.

Invesco s’est rapidement implanté dans le marché des fonds de FNB depuis son entrée en 2009. Au 31 décembre 2010, la compagnie de fonds communs comptait 958 millions de dollars (M$) d’actifs sous gestion dans ses huit fonds de FNB PowerShares. À lui seul, le fonds Catégorie indice fondamental canadien FTSE RAFI a attiré 165 M$ d’actifs, ce qui en fait le plus gros de la gamme. En septembre, Invesco a enrichi la gamme PowerShares de trois autres fonds : Fonds d’obligations tactique; Catégorie d’obligations à rendement en capital tactique et Fonds de répartition d’actif canadien tactique. Ces trois fonds ont déjà amassé 43,5 M$ d’actifs.

Invesco en a profité pour revamper des vieux produits. À l’automne, elle a reconverti des portefeuilles traditionnels en neuf Portefeuilles Tacticiels Invesco. La nouveauté tient en ce qu’ils combinent FNB et fonds à gestion active. « Les portefeuilles Tacticiels constituent la deuxième phase d’un projet qui a commencé par la gestion tactique et les fonds PowerShares, explique Oricia Smith, vice-présidente au développement de produits chez Invesco Trimark. Par tactique, nous entendons que le risque du portefeuille est rajusté au rendement chaque mois, en tenant compte des différents cycles du marché. »
La Banque de Montréal avait de son côté amassé 75 M$ d’actifs dans ses Portefeuilles FNB au 31 décembre 2010. Comme Invesco, elle compose ses fonds à partir de ses propres FNB. BMO a aussi lancé ses FNB en 2010, peu avant la création de ses fonds de FNB.
Dans un modèle différent, le troisième concurrent, Croft Financial Group, confectionne ses Portfolio Index Evolution Mutual funds ou Fonds PIE avec des FNB de tierce partie.

Les cinq Fonds PIE de fonds négociés en bourse utilisent jusqu’à 30 FNB. Par exemple, le fonds d’actions canadiennes accorde 40 % de son actif au FNB XIU S&P/TSX60 de BlackRock et 35 % au Canadian Fundamental Index de Claymore. Le reste se répartit dans deux autres FNB de BlackRock.

Au Canada, le marché des fonds de FNB a d’ailleurs vu le jour en 2008 sous l’impulsion de ce petit joueur de niche situé à Toronto. À la fin de 2010, les Fonds PIE affichaient un actif de 56 M$. « C’est un bon résultat, si nous tenons compte de nos ressources limitées », explique Krystian R. Urbanski, vice-président au développement des affaires chez PIE. M. Urbanski dit en effet ne disposer que de deux vendeurs en gros (wholesalers). Le lancement en pleine crise n’a pas aidé non plus, convient-il.

Les actifs de tous les fonds de FNB dépassent le milliard de dollars (G$). Ils ne demeurent toutefois pas une goutte dans l’océan des fonds communs. L’industrie comptait au total un actif sous gestion de 635,7 G$ au Canada à la fin de 2010, selon l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC).

Le marché des FNB explosent
Les fonds négociés en bourse jouissent d’une grande popularité auprès des investisseurs. L’actif représenté par les FNB à la Bourse de Toronto (TSX) a cru de 22 % au 31 décembre 2010 comparé à pareille date en 2009. Au 31 décembre 2010, le site TMX Argent* montre que le TSX comptait 172 émetteurs (FNB), dont 52 nouveaux depuis le début de l’année. Durant la même période, le volume négocié en FNB a atteint 10,1 milliards de titres, soit une valeur totale d’un peu plus de 119 milliards de dollars (G$).
Joueur le plus récent, BMO a investi la Bourse de Toronto en juin avec 30 fonds indiciels négociés en bourse, les FINB BMO. Ils sont repérables à leur cote qui commence par « Z ». Le 3 février, BMO en a lancé dix nouveaux. Les FNB de BMO ont un actif sous gestion de 1,5 G$.
Selon des chiffres de BMO partagés par Alain Desbiens, vice-président des ventes régionales pour les FINB BMO, ce marché représentait un actif de plus de 1 trillion de dollars dans le monde à la fin de 2009. Au 31 décembre 2010, il atteignait 1 trillion de dollars aux États-Unis. À la même date, il atteignait 38,3 G$ au Canada, en hausse de 6,87 G$ par rapport à la fin de 2009.
FNB le plus actif en début d’année au TSX, le BetaPro NYMEX de Horizons a changé de main plus de 50 millions de fois durant la première semaine de 2011. Son grand volume de négociation s’explique toutefois par la nature spéculative de ce FNB, utilisé dans des stratégies à court terme. Transigé sous la cote HNU, il joue en effet le gaz naturel à la hausse à la Bourse de New York. Le deuxième FNB le plus transigé en termes de volume est un autre FNB spéculatif d’Horizons, mais qui joue le gaz naturel à la baisse.
Chez BlackRock, le iShares CDN S&P/TSX 60 est le FNB phare de la Bourse de Toronto. Transigé sous la cote XIU, il a récolté le troisième plus gros volume du TSX avec près de 32 millions de transactions durant la première semaine de 2011. Autres concurrents en lice, les FNB de Claymore dont les cotes commencent toutes par « C », les iPath de la Barclays Bank des États-Unis et les Powershares qu’Invesco manufacture à Atlanta.

Les fournisseurs savent qu’ils ne pourront connaitre un succès aussi vif avec leur fonds de FNB que celui qu’ont remporté les FNB dans les marchés boursiers ces sept dernières années. « La croissance des fonds de FNB sera plus modeste, surtout dans une industrie mature comme celle des fonds communs », croit Leon Jackson, vice-président développement des affaires chez BMO Fonds Guardian.

M. Urbanski ajoute pour sa part que les conseillers prennent toujours un certain temps avant de s’acclimater à de nouvelles solutions de placement. Il perçoit toutefois un appétit pour ce genre de produits, tant des conseillers que des investisseurs, à mesure que la notoriété du produit fait son chemin.

M. Urbanski a d’ailleurs révélé que PIE a conclu une entente avec Canadian Western Trust en 2010, pour la distribution de produits de REER autogérés sans frais. Active dans le même créneau que B2B Trust et MRS Trust, entre autres, la filiale du Canadian Western Bank Group établi à Edmonton fournit des services fiduciaires aux conseillers financiers.

Le prix, un frein ?

Pour percer, les fonds de FNB devront vaincre l’irritant du cout. L’investisseur peut se procurer un FNB à des frais de gestion souvent inférieurs à 1 %. Par exemple, le BMO Dow Jones Canada Titans 60 et le 1-5 Yr Laddered Government Bond ETF de Claymore affichent chacun un ratio des frais de gestion de 0,16 %. Les fonds agressifs coutent plus cher. Claymore offre son Broad Emerging Markets à un ratio de 0,7 %. Ce ratio grimpe à 1,45 % pour les fonds de la catégorie conseiller, qui prévoient une commission de service. Considéré comme hautement spéculatif, le NYMEX Natural Gas Bull Plus de Horizons BetaPro coûte 1,14 %. Le site d’Horizons ne précise pas de quelle catégorie de fonds il s’agit.

Le président et chef de la direction d’Invesco Trimark, Peter Intraligi, estime que les fonds communs de FNB ne sont pas beaucoup plus cher. Ils sont d’ailleurs moins chers que les fonds communs traditionnels, ajoute-t-il. Par exemple, les portefeuilles Tacticiels d’Invesco sont offerts à un RFG qui varie de 0,75 % à 1,75 %, fait remarquer M. Intraligi. « Nos recherches démontrent que le ratio des frais de gestion de nos fonds sont très compétitifs lorsqu’on les compare à des FNB similaires. »

Selon lui, il y a de la place pour les deux types de produits dans l’industrie. Et pour faire sa nouvelle place, le fonds de FNB a besoin du réseau de l’Association canadienne des courtiers de fonds mutuels (MFDA), croit-il. « Les fonds de FNB ont permis aux représentants en épargne collective de développer leur connaissance des FNB au point où ils savent maintenant comment les incorporer à leur pratique. Les conseillers ne voient pas ces fonds comme des produits de niche mais comme des produits complémentaires », rappelle M. Intraligi.

Le réseau des courtiers de plein exercice demeure tout aussi important pour le numéro un d’Invesco Trimark. Il estime que les deux réseaux se sont partagé également l’actif accumulé dans ses fonds FNB. « Grâce aux efforts de ces deux réseaux, nous avons obtenu des actifs de deux à trois fois supérieurs à nos attentes à la fin de 2010 », a-t-il révélé.
M. Intraligi a aussi remarqué que la valeur moyenne d’un compte client PowerShares est de deux fois supérieure à celle d’un compte en fonds commun traditionnel. Pour les fonds de série F, destinés aux comptes à gestion à honoraires, la taille est de quatre à cinq fois plus élevée. Quant à la valeur moyenne de la vente d’un fonds PowerShares, elle est de 20 à 30 fois supérieure à celle d’un fonds traditionnel. « Nous voyons que les courtiers utilisent ces produits pour les clients à valeur nette élevée », observe M. Intraligi.

Vice-président des ventes régionales chez BMO, Alain Desbiens croit que l’investisseur achètera un fonds de FNB à 1,35 % de frais plutôt que le FNB. Il compare cette situation à l’achat d’un FNB à 0,15 % plutôt qu’une action.

« Les gens n’ont pas tous les connaissances ou le temps pour sélectionner eux-mêmes leurs titres boursiers. C’est une valeur ajoutée pour bien des investisseurs de pouvoir mettre leur portefeuille sur le “cruise control”. C’est une façon facile d’accéder à des titres boursiers et le rééquilibrage se fait automatiquement », pense M. Desbiens.
Leon Jackson mentionne pour sa part que l’échelle de frais des six portefeuilles de FNB BMO Guardian oscille entre 1,35 % et 1,50 %, ce qui se compare avantageusement avec les fonds communs traditionnels. Fonds Guardian mise sur BMO pour distribuer ses fonds, mais aussi sur le réseau externe des courtiers en valeurs mobilières et des cabinets de fonds. M. Jackson espère toutefois que l’initiative de BMO Guardian sera soutenue par une campagne publicitaire plus intensive. « Pour l’instant, c’est surtout du bouche à oreille entre les conseillers. »

Chez les Fonds PIE, M. Urbanski se montre optimiste. « Nous prévoyons une bonne croissance en 2011 en raison des avantages exceptionnels qu’offrent ces produits aux représentants en épargne collective. Avec nos fonds, vous achetez avec cinq produits 25 FNB », soutient Krystian Urbanski.

M. Urbanski prévoit d’ailleurs l’arrivée de nouveaux joueurs dans le marché. « Mais avec Invesco et BMO dans le décor, tout nouveau joueur devra être gros ou offrir quelque chose d’unique pour faire sa place. »

Un autre atout des PIE selon lui est l’indépendance envers le manufacturier de FNB. « PowerShares, c’est PowerShares; BMO, c’est BMO. En ce qui nous concerne, nous ne sommes pas liés à un seul manufacturier, ce qui nous permet d’offrir une approche multi-stratégie », dit-il. Pour composer ses fonds, PIE dit choisir les FNB les mieux connus et les plus liquides dans le marché.

En vertu de sa philosophie axée sur la multi-stratégie, PIE utilisera à la fois dans ses fonds des FNB fondés sur la capitalisation boursière, comme ceux de Blackmore, et des FNB fondés sur plusieurs facteurs d’évaluation.

Actif contre passif

Parmi les arguments de vente des fonds de FNB figure aussi l’éternel débat entre gestion passive et gestion active. Selon M. Urbanski, la supériorité de la gestion passive indicielle propre aux FNB ne fait pas de doute. Citant le rapport Standard & Poor’s Indices Versus Active (SPIVA), il rappelle que durant les cinq dernières années, seul 1,1 % des fonds d’actions canadiennes à gestion active ont battu l’indice S&P/TSX Composé.

Souvent considérée comme la meilleure stratégie dans les marchés plus spéculatifs, la gestion active n’a guère mieux fait pour les fonds d’actions étrangers. Selon le rapport SPIVA, seul 9 % des fonds d’actions américaines et 12,1 % des fonds d’actions internationaux ont réussi à battre leur indice de référence. Les fonds mondiaux ont mieux fait en battant leur indice de référence dans 20,5 % des cas.
Selon le site de BMO, la fiscalité devient aussi un argument de vente des fonds de FNB auprès des investisseurs. Les FNB sont efficaces fiscalement, car ils ont tendance à avoir un faible taux de rotation du portefeuille et donnent généralement lieu à moins de gains et pertes en capital que les autres produits de placement, dit le site. Leur contenu est diversifié. Ils sont liquides, souples et transparents.

La plupart des fonds de FNB sont d’ailleurs structurés sous forme d’entités appelées catégories corporatives. En vertu de cette structure, un investisseur peut transférer un placement d’un fonds à un autre dans une même famille de fonds sans déclencher la disposition d’un gain en capital imposable. L’investisseur ne réalisera des gains en capital imposables qu’au moment de retirer ses fonds.

D’autres catégories de fonds offre des versements mensuels réguliers. « Depuis le 29 novembre 2010, nous avons fait l’ajout de l’option T6 à nos six portefeuilles de FNB BMO Guardian. Chaque produit offre des distributions annuelles fixes à 6% versées mensuellement », a indiqué Leon Jackson.