Quand un dégât d’eau cause un sinistre dans une résidence de haute valeur, la facture est souvent salée. C’est pourquoi plusieurs assureurs y mettent des efforts pour y mitiger ce type de risques.

La Garantie, compagnie d’assurance de l’Amérique du Nord, a lancé au début du mois de mars un programme d’atténuation nommé Barrage Or. Via ce programme, La Garantie installera à ses frais une valve d’arrêt automatique Aquatrip pour ses clients dont la résidence a un cout de remplacement qui s’élève à plus de trois millions de dollars (M$). Ses autres clients auront la possibilité d’acheter le dispositif Aquatrip à un tarif réduit, en plus d’avoir accès à son réseau étendu de plombiers partenaires.

Dan CoyleDan Coyle, directeur au Québec du programme Garantie Or, à La Garantie, dit que son entreprise s’est beaucoup questionnée à la suite des inondations survenues à Calgary et à Toronto à l’été 2013. « C’est souvent après de tels évènements que l’industrie a tendance à innover », souligne-t-il.

Ce fut le cas dans ce cas-ci. Il rappelle que 53 % des dommages causés à une résidence au Canada sont dus aux dégâts d’eau, en grande partie provenant de sa plomberie.

« Toute maison a de la plomberie. Même si on traite avec les municipalités et que l’on donne des couvertures additionnelles, ça ne règle pas le problème de la plomberie interne. C’est pourquoi nous introduisons ce programme, sur lequel nous travaillons depuis deux ans », révèle M. Coyle.

Pour lancer ce programme, La Garantie a ainsi décidé de miser sur la sensibilisation des assurés, de rendre accessible des produits pour contrer les dégâts d’eau, mais aussi d’en assumer les couts. « C’était trois obstacles. Nous avons décidé de les transformer en opportunité. Pour nous assurer d’avoir un bon taux d’adoption de la solution, nous traitons avec un réseau de plombiers certifiés qui en feront l’installation », dit M. Coyle.

Au cours des derniers mois, La Garantie avait aussi lancé DéglaceOr, un avenant qui prévient la formation de barrages de glace. Un expert en analyse résidentielle peut ainsi faire des recommandations à partir d’une évaluation faites avec des caméras infrarouges.

Un autre avenant pour contrer les dégâts devrait voir le jour en 2016 à La Garantie. L’assureur a aussi lancé une application dans laquelle elle envoie des notifications à ses clients, notamment lors d’intempéries.

« Nous voulons trouver des façons proactives de combattre les dégâts d’eau. En tant qu’assureur, c’est notre rôle de payer des réclamations, mais aussi de les prévenir et de les mitiger », dit M. Coyle.

Il y voit une façon pour les courtiers de se démarquer. « Nous investissons massivement dans le courtage, alors que plusieurs assureurs investissent le marché direct. Les clients VIP veulent leur conseiller pour les aider à gérer leur patrimoine. Ça amène une vraie valeur ajoutée », dit-il.

Gestion de risques

Chez AIG, l’innovation passe avant tout par la gestion de risques, indique Maryse Bossé, directrice au développement des affaires, Est du Canada. « La qualité et le volume de données disponibles sont incroyables. Les assureurs les utilisent comme outil d’intervention. Le but est d’éviter ce qui pourrait avoir un impact sur son mode de vie. Nos efforts se concentrent sur l’innovation afin d’aider notre clientèle à éviter une perte », dit-elle.

Maryse BosséDans ce sens, AIG dit travailler davantage avec les assurés pour les amener à comprendre les changements spécifiques qu’ils peuvent apporter à leur propriété, de la mécanique à la plomberie sans négliger leur style de vie. « Les clients aiment cette approche parce qu’elle vise à minimiser les perturbations dans leur vie », dit Mme Bossé.

AIG a procédé à une mise à jour pour élargir sa couverture relative aux dommages par l’eau au Québec et aider les clients à combler des lacunes de couverture. « Nous fournissons des services de conseil en gestion des risques pour les propriétaires afin d’identifier les vulnérabilités et réduire les risques de réclamations liées à l’eau », dit Mme Bossé.

Du côté de La Capitale assurances générales, on est prêt à installer des dispositifs de sécurité si le client le souhaite, mais on dit privilégier une autre avenue. « On voit beaucoup d’alliances entre des constructeurs de maisons de luxe et des maitres plombiers pour installer des interrupteurs d’eau à la sortie des maisons. Nous ne sommes pas loin de voir ce type de solutions devenir plus monnaie courante : tu sors de la maison, tu éteins les lumières et tu coupes l’eau grâce à cet interrupteur. En attendant, on offre des systèmes qui se collent aux maisons construites », dit Hélène Tremblay, directrice principale de la fidélisation et des équipes spécialisées.

Discussion avec le client

Chez Aviva Canada, la montée des dégâts d’eau a incité l’assureur à discuter davantage de cet enjeu avec ses clients. « On voit avec lui quel est le meilleur moyen de mitiger le risque. Est-ce par l’installation d’un dispositif ? Est-ce par une évaluation de ses besoins ? On travaille en partenariat avec eux », dit Chris Sevdalis, directeur exécutif, segment style de vie des particuliers.

Cinzia Vittorio, vice-présidente adjointe, assurance des particuliers, chez Chubb du Canada, note pour sa part que la hausse des réclamations aux dégâts d’eau touche tout le segment de l’habitation. Toutefois, dans le marché de la haute valeur, une perte débutera facilement à 50 000$.

« Quand on vend le produit, on vend la tranquillité d’esprit. On remplace donc au complet pour conserver le look et le luxe du client. On ne s’obstine pas sur des petites choses. On veut remettre le client dans l’état qu’il était avant. Même s’il a du bois importé du Brésil dans son design, on le fait revenir », dit-elle.