Les règles de conformité touchent maintenant plusieurs aspects : comptabilité, actuariat, gestion de risques et gouvernance. Pour y faire face, les assureurs devront mettre de côté leur rivalité et se concerter pour surmonter les défis que la conformité impose.

Cet appel est celui de Richard Gagnon, président du Regroupement des assureurs de personnes à charte du Québec et président et chef de la direction de La Survivance. Il a livré ce message lors du « Diner des présidents », tenu lors du Congrès 2011 de l’assurance et de l’investissement.


« Les règles de conformité auxquelles nous devons répondre sont de plus en plus universelles, exigeantes et, selon des autorités de contrôle : incontournables. Même si elles sont quelquefois mal adaptées à notre réalité canadienne. L’application des normes internationales d’information financière (IFRS) en est, à certains égards, un exemple éloquent, dit M. Gagnon.


« Cette nouvelle réalité mobilise des ressources considérables. Au plan financier bien sûr, mais aussi en ce qui concerne le temps que doivent y consacrer les dirigeants et les conseils d’administration et, selon plusieurs, au détriment de réflexions sur d’autres enjeux stratégiques pour l’entreprise. »


M. Gagnon voit une solution au problème : que les assureurs cessent de travailler en vase clos et travaillent mieux ensemble. « Je ne suis pas certain que nous ayons atteint le maximum d’efficacité pour faire face à cette situation. À plusieurs égards, ces nouvelles règles viennent accentuer la complicité des assureurs et des distributeurs dans l’offre de produits et services financiers à la population.


« Les lignes directrices récentes de l’Autorité des marchés financiers sur l’impartition ou encore celles sur les pratiques commerciales, qui sont en discussion depuis déjà quelques années, nous amènent à signer des ententes de plus en plus serrées, entre assureurs et distributeurs. Nous aurions intérêt à réfléchir à la mise en place de ponts de collaboration et de concertation plus étroits sur les meilleures pratiques à instaurer, ensemble, pour répondre à ces nouvelles exigences. »


Défendre les pratiques canadiennes

Selon M. Gagnon, assureurs, distributeurs et régulateurs ont la responsabilité de défendre les pratiques canadiennes. Surtout lorsqu’ils ont la conviction qu’elles sont meilleures que celles que souhaitent imposer les défenseurs d’une standardisation internationale.


« Souvent, cette standardisation est souhaitable et bénéfique, mais lorsque nos propres pratiques, nos propres standards sont plus efficaces, plus robustes, nous devons les protéger. Rappelons-nous que le système financier canadien a traversé beaucoup mieux que les autres la crise financière de 2008. Ce n’est pas le fruit du hasard », a-t-il souligné.


M. Gagnon s’est aussi attardé sur les avantages qu’a le Québec dans le monde des services financiers. « Nos réseaux de distribution sont professionnels, structurés et font l’envie de plusieurs juridictions. Nous avons la chance de compter sur une autorité de contrôle de proximité qui connait nos réalités et qui est accessible aux interventions de l’industrie et avec qui le dialogue et la concertation sont possibles.


« Nous comptons aussi au Québec sur un réseau d’assureurs, de manufacturiers de produits et de services financiers qui est diversifié, en bonne santé financière. Ce réseau est composé d’entreprises nationales, internationales, locales, de sociétés à capital-actions, de mutuelles qui ont toutes fait la preuve de leur capacité à s’adapter efficacement aux nouvelles réalités économiques et sociales auxquelles elles sont confrontées. »


La bonne nouvelle

M. Gagnon a aussi traité d’un autre danger pour les assureurs : les taux d’intérêt qui demeurent bas. « Comme la situation dure depuis déjà quelques années, les assureurs ont passablement épuisé leurs marges de manœuvre pour limiter les augmentations de primes sur leurs produits. Les primes doivent donc maintenant être corrigées à la hausse, et la tendance est déjà manifestement amorcée. Et si les taux d’intérêt demeurent bas, il faudra certes prévoir de nouvelles rondes d’augmentations de primes sur les produits d’assurance vie », a-t-il dit.


Le président du Regroupement des assureurs de personnes à charte du Québec dit aussi qu’il faut s’attendre à ce que le design de certains produits soit revu pour mieux contrôler les risques qui y sont associés. « Les produits à cout nivelé, les produits dotés de garanties à long terme seront vraisemblablement moins attrayants et même moins disponibles au cours des prochaines années. Les produits qui vous seront désormais proposés seront plus conservateurs et devraient limiter l’exposition des assureurs aux risques à long terme. »


Pour le consommateur, ces rajustements sont une excellente nouvelle, croit-il. « Ils confirment en fait que les assureurs vie canadiens continuent à faire preuve de discipline et de rigueur et qu’ils prennent les décisions appropriées pour traverser cette zone de turbulences économiques avec succès. »


Autre chantier : les médias sociaux

Il y a un autre chantier où les assureurs auraient avantage à faire équipe, dit M. Gagnon, soit celui des médias sociaux. Ce sont ces nouveaux outils qui permettront à l’industrie de recruter la main-d’œuvre dont elle aura tant besoin dans le futur, croit-il.


« La rareté de la main-d’œuvre amènera une forte concurrence pour recruter les talents dont nous aurons besoin. Et cette concurrence ne se réalisera pas qu’entre nous, mais plus que jamais avec les autres secteurs d’activités économiques, qui eux aussi cherchent à attirer les meilleurs talents. Nous devons travailler ensemble à attirer et à développer la relève si nous voulons que notre industrie puisse continuer de répondre aux besoins de la population. »


Il faut souligner ici les initiatives heureuses qui sont déjà en place, dit M. Gagnon. « Puissance Onze à Québec en est une, la Coalition pour la promotion des professions en assurance de dommages en est une autre. Il importe d’encourager ces initiatives et de les multiplier ».