Après avoir fait tester son projet de transmission des affaires en temps réel auprès de quatre fournisseurs technologiques, l'Association des courtiers d'assurance du Canada (ACAC-IBAC) a répété la démarche avec cinq assureurs. Elle a été concluante, mais il est encore trop tôt pour dire si le projet se concrétisera ou non.L'ACAC souhaite que courtiers, assureurs et firmes de logiciels de gestion de cabinet (BMS) puissent transiger leurs affaires entre eux directement par Internet, sans passer par un portail. Le projet de l'ACAC est connu sous le nom d'IBAC Ideal Workflow. Le Journal de l'assurance a fait le point sur l'avancement du projet avec Brenda Rose, consultante pour le comité technologique de l'ACAC et vice-présidente du cabinet de courtage Firstbrook Cassie & Anderson.

« Le projet va de l'avant. À l'automne 2009, nous avions mesuré l'intérêt des compagnies d'assurance envers notre projet. La réponse fut très bonne. Par la suite, nous avons choisi cinq compagnies avec qui nous ferions des tests : Economical, Intact Assurance, RSA, Gore Mutual et La Garantie. On ne leur demandait pas de bâtir quelque chose sur leur plateforme, mais bien de tester ce qu'on leur demandait », explique Mme Rose.

L'exercice soumis aux assureurs était le même que celui demandé aux fournisseurs technologiques. Les assureurs devaient ainsi montrer qu'ils étaient capables de transmettre un changement de police. L'exemple retenu concernait les changements à un contrat en assurance automobile lorsque le client achète une nouvelle voiture. « Nous voulions ainsi savoir si nous fournissions suffisamment d'information aux assureurs et si notre modèle était efficace », spécifie Mme Rose.

L'ACAC a rencontré les cinq assureurs l'été dernier pour voir s'ils avaient fait face à des problèmes. Si tel était le cas, ils devaient spécifier s'ils pouvaient les affronter ou non.

« Nous avons discuté de l'architecture de notre modèle et de son processus de travail. Le principal problème rencontré avait trait aux données demandées par un autre assureur, qui ne correspondaient pas toujours aux leurs. S'il y a un manque à ce niveau, ils ne peuvent pas traiter le changement de police en entier », dit-elle.

L'ACAC évalue présentement comment résoudre entre autres ce problème avec le Centre d'étude de la pratique en assurance (CEPA-CSIO), à partir des standards de l'organisme.

« Nous rencontrerons les assureurs tests avec le CEPA à la fin septembre pour faire le point. On identifiera aussi quelles seront les étapes subséquentes pour résoudre ces problèmes et développer une logique de travail. Par la suite, nous enverrons les réponses des fournisseurs de logiciels pour voir comment ils pourront traiter les différentes réponses des assureurs dans leurs systèmes. On prévoit une rencontre avec eux en octobre à cet effet », explique Mme Rose.

Combien de temps faudra-t-il aux fournisseurs technologiques pour réaliser le tout? Difficile à dire, répond Mme Rose. Elle ajoute que certains fournisseurs sont plus avancés que d'autres quant à la transmission de données en temps réel. Tout dépendra donc de leur rapidité à mener les tests, dit-elle.

« Les courtiers ne se servent pas de la technologie qu’ils ont » – Pat Durepos
Pat Durepos, président de Technologie Keal, déplore que les cabinets de courtage d’assurance ne se servent pas des outils technologiques qu’ils ont entre les mains. Il déplore que les courtiers disent ne pas avoir la technologie qu’il leur faut pour être efficace alors que, bien souvent, des outils qui existent déjà pourraient les aider à développer leur entreprise.
À chaque année, en septembre, M. Durepos fait la tournée des assureurs. Lorsque joint par le Journal de l’assurance, il en avait rencontré plus d’une douzaine. Il dit en avoir tiré un enseignement important cette année.
« On voit qu’il y a un projet qui prend place chez les assureurs. Ils développent des solutions qui rendent disponibles les documents liés aux assurés sur les sites Web destinés aux courtiers », dit-il.
Le courtier peut donc avoir accès de façon électronique aux réclamations, à la facturation et aux copies des polices. « Il peut ensuite apporter cela dans son système de gestion de cabinet (BMS) et les placer au bon endroit. Le courrier n’est donc plus nécessaire. Le cout de l’imagerie (scan) et des ressources humaines ne l’est plus non plus », explique M. Durepos.
Le président de Keal ajoute que la technologie évolue rapidement et que c’est un avancement pour le courtier. Il peut être plus efficace et ainsi avoir accès aux documents de son client en temps réel, dit-il.
« Malheureusement, peu de courtiers se servent de ces solutions. Selon ce qu’un assureur m’a dit, moins de 20 % des courtiers le font. C’est pénible de voir que la technologie est là, mais que très peu de courtiers l’utilisent. Si les assureurs décident de cesser d’investir dans ces fonctionnalités parce que les courtiers ne s’en servent pas, ça n’ira pas plus vite pour les courtiers », conclut-il.

Toujours enthousiaste
Pat Durepos, président de Technologie Keal, est l'un des grands défenseurs du projet. Il avait déjà confié au Journal de l'assurance fonder beaucoup d'espoir en ce projet pour mettre fin au dilemme des courtiers de ne pas pouvoir travailler avec des données en temps réel. Joint par le Journal de l'assurance, il a confié qu'il aimerait que le projet de l'ACAC avance plus rapidement. Il se dit toutefois heureux de voir qu'il va de l'avant, même si ce n'est pas aussi vite qu'il le voudrait. Il ajoute comprendre l'ACAC de ne pas procéder plus rapidement pour ne pas créer d'attentes irréalistes envers les courtiers d'assurance de dommages du Canada.

M. Durepos dit présentement être en attente de la définition de transaction en temps réel de l'ACAC. Un énoncé qui dira quels sont les paramètres d'une transaction acceptable en temps réel devrait être dévoilé sous peu par l'organisme, selon M. Durepos. Il sera aussi présent à la rencontre que l'ACAC tiendra à ce sujet en octobre.

« Cette rencontre va nous permettre d'avoir tous les paramètres de l'équation. Comme le CEPA sera dans la discussion, on pourra évoluer, voir où nous en sommes rendus, quelles sont les inquiétudes liées au projet et de quelle façon on peut surmonter les défis pour obtenir une transaction en temps réel », dit-il.

« Nous avons déjà une équipe de projet chez Keal qui travaille dans l'optique du projet de l'ACAC. Nous n'attendons pas, nous allons de l'avant », affirme M. Durepos.

Projet évolutif
M. Durepos ajoute qu'il voit le projet de l'ACAC comme une évolution. « Il ne se fera pas d'un coup. Certaines compagnies sont plus avancées que d'autres en matière de technologie. Les courtiers devront être patients, car personne ne fait de miracles », dit-il.

Le président de Keal ajoute que trois éléments devront être pris en compte pour assurer le succès du projet de l'ACAC. Tout d'abord d'identifier à quoi servira la transaction en temps réel. Servira-t-elle à une nouvelle affaire ou à un renouvellement? Ensuite, à quel secteur d'affaires sera-t-elle appliquée? L'automobile, l'habitation ou l'assurance des entreprises. Finalement, il faudra prendre en compte ce que les assureurs vont développer chacun de leur côté.

« Si un assureur développe une partie de la transaction en temps réel pour un renouvellement en assurance des entreprises, les autres assureurs n'auront pas à tout réinventer», dit M. Durepos.

Courtiers ontariens
Un groupe de courtiers ontariens travaille aussi sur un autre projet : faire adopter aux cabinets de courtage d'assurance du Canada le modèle de paiement direct en matière de commerce électronique. Le Journal de l'assurance avait présenté les travaux du Groupe dans son édition d'avril dernier.

Ces courtiers sont regroupés dans un organisme qui porte le nom d'ORBIT, pour Organization of Real Time Brokers Implementing Technology. Là aussi, le projet avance, a expliqué Wendy Watson, co-présidente d'ORBIT et vice-présidente des opérations du cabinet de courtage Precept Group, établi à Waterloo.

ORBIT a tenu des journées d'informations dans quatre localités ontariennes au printemps. Près de 250 courtiers y ont participé. L'organisme a aussi augmenté son membership, qui est toujours limité à l'Ontario pour le moment. ORBIT compte maintenant parmi ses membres 17 assureurs, dix fournisseurs technologiques, 45 bureaux de courtage et 71 courtiers individuels.

« Nos membres courtiers représentent 98 organisations de courtage en Ontario en date du début du mois de septembre. Notre objectif était d'en avoir 100 d'ici la fin de l'année. Nous sommes donc très près de notre objectif. À notre assemblée annuelle du 19 octobre, nous déciderons des orientations que nous allons prendre dans le futur. Nous avons beaucoup de demandes pour qu'ORBIT accepte des membres hors de l'Ontario. Nous déciderons en octobre par où nous allons commencer », a dit Mme Watson au Journal de l'assurance.

ORBIT compte divers comités stratégiques. Ils ont réalisé diverses avancées au cours des six derniers mois. Un des comités est responsable de la gestion des mots de passe que demande le paiement direct d'une transaction. Ce comité a présenté un concept et travaille avec le CEPA pour le bonifier. Les aspects de sécurité sont particulièrement scrutés à la loupe avec le CEPA, qui dispose déjà d'outils en ce sens.

Le comité qui s'occupe des paiements a aussi réalisé des avancées. « Deux assureurs, qui sont des filiales de banques dans les deux cas, ont offert leurs services à ORBIT pour que cette partie du projet se réalise. Des fournisseurs technologiques ont aussi signifié à ORBIT qu'ils pourraient fournir une solution en ce sens assez rapidement », a révélé Mme Watson.

Pour sa part, le comité responsable du téléchargement et du télédéchargement des données travaille avec le CEPA pour voir comment les données pourront être sécurisées. Un comité a aussi travaillé pour que les transactions se fassent sans papier.

Le comité en assurance aux entreprises a toutefois plus de difficultés, mentionne Mme Watson. Un sondage a été envoyé à des assureurs, mais ORBIT a eu un faible taux de réponse.

« Nous allons consulter nos courtiers membres là-dessus. Nous allons mesurer de quelle manière la transaction que nous voulons faire correspondrait à leurs meilleures pratiques d'affaires. Quand nous aurons reçu leurs avis, nous allons colliger le tout et le partager ensuite », dit-elle.

Un nouveau comité devrait aussi être mis en place, soit pour mesurer comment le projet pourrait être implanté. « Ce qu'il nous faut maintenant, c'est que les courtiers nous appuient. Plus nous aurons de membres et plus nous pourrons avancer », conclut Mme Watson.