Un groupe de courtiers ontariens veut que les cabinets de courtage d'assurance du Canada adoptent le modèle de paiement direct en matière de commerce électronique.Ces courtiers sont regroupés dans un organisme qui porte le nom d'ORBIT, pour Organization of Real Time Brokers Implementing Technology. Le Journal de l'assurance s'est entretenu avec Wendy Watson, co-présidente d'ORBIT et vice-présidente des opérations du cabinet de courtage Precept Group, établi à Waterloo. Les objectifs du groupe sont bien cernés et le travail est amorcé.

ORBIT a vu le jour en 2008, alors qu'une dizaine de courtiers utilisateurs d'Applied Systems en Ontario se sont joints à certains de leurs collègues américains pour voir comment ceux-ci réussissaient à transmettre des données en temps réel. Ces courtiers ontariens ont été si impressionnés qu'ils ont organisé une journée conférence sur la transmission de données en temps réel à Cambridge. L'événement a réuni 250 personnes. C'est à ce moment que les dix courtiers ont décidé de mettre sur pied un groupe appelé Ontario Real Time Brokers in Transition. Depuis, le groupe a changé son nom pour élargir la portée de sa démarche.

ORBIT s'est ainsi donné comme mission de faciliter l'avancement des transactions en temps réel, en suivant des normes adoptées par l'industrie à travers tout le Canada. L'objectif d'ORBIT est d'améliorer l'efficacité des courtiers ainsi que le service qu'ils offrent aux consommateurs d'assurance.

« Nous voulons développer de meilleures pratiques (best practices) en ce qui a trait aux processus de travail (workflow) du courtage. Ainsi, les courtiers seront mieux outillés pour faire face au réseau direct », dit Mme Watson.

L'objectif ultime d'ORBIT est que la transaction d'assurance IARD soit semblable à celle qui se fait à un guichet automatique ou chez un commerçant lors d'une transaction avec carte de débit. « Cette transaction devrait être uniforme, peu importe avec quel assureur le courtier fait affaires et peu importe son système de gestion de courtage (BMS). Le courtier devrait être en mesure de réaliser sa transaction en une seule opération, peu importe la demande ou les changements apportés à la police. Il devrait ensuite recevoir en un clic l'information dans son système de gestion, et ce, en moins d'une seconde. C'est ce que les assureurs directs ont », souligne la co-présidente de l'organisme.

Mme Watson a aussi confié au Journal de l'assurance que ORBIT avait établi un plan de travail accompagné d'une date d'échéance pour réaliser ce projet. Toutefois, elle a préféré ne pas partager ces informations publiquement.

Par ailleurs, ORBIT rejette du revers de la main la solution du portail unique pour résoudre le problème que pose la transmission de données en temps réel.

« Nous ne croyons pas en une seule solution unique. Nous croyons à un meilleur processus de travail et à l'intégration de multiples solutions technologiques. C'est pourquoi les tentatives de mettre un portail en place ont échoué. On ne peut imposer à un assureur une manière de faire. Un portail impliquerait qu'il n'y a qu'un seul fournisseur technologique en place. Ce serait un monopole. Nous n'aurions alors aucune raison de travailler à nous améliorer constamment », dit Mme Watson.

Huit comités

Dans le moment, ORBIT travaille intensivement le volet éducation auprès des courtiers. Quatre journées d'information sur la transmission de données en temps réel ont lieu dans différentes localités ontariennes en avril et en mai.

« Dans nos journées d'éducation, nous voulons sensibiliser les courtiers à découvrir quelles transactions en temps réel sont disponibles présentement dans les logiciels de gestion de cabinet de courtage. Nous voulons aussi leur faire connaitre qui sont les assureurs capables de gérer de telles transactions en ce moment », explique Mme Watson.

ORBIT ne compte toutefois pas se limiter à l'éducation. L'organisme compte huit comités de travail qui réunissent des courtiers, des assureurs, des fournisseurs technologiques et des associations. Le Centre d'étude de la pratique en assurance (CEPA-CSIO) siège d'ailleurs sur ces comités.

Mme Watson affirme que la plus importante barrière que doit franchir ORBIT pour réaliser le paiement direct est la gestion des mots de passe et l'organisme a un comité dédié à cette question.

Un autre comité travaille sur les téléchargements et les documents transférés électroniquement aux assureurs. Ce comité doit veiller à trouver une façon pour que le courtier n'ait pas à retourner sur le portail de l'assureur pour aller chercher une information.

« Nous avons un comité pour le paiement de la police afin que l'argent se dépose directement dans les bons comptes, pour éliminer la production de chèques et réduire les délais liés au paiement. Nous travaillons conjointement avec différentes institutions financières à ce sujet et des tests se font avec un assureur », révèle Mme Watson.

De plus, ORBIT compte un comité dédié à l'assurance aux entreprises. Il recense présentement les différents formats de transactions utilisés par les assureurs et évalue la possibilité d'utiliser un standard du CEPA lors d'une transaction en temps réel. D'autres comités s'occupent des demandes de soumissions, de la tarification et des nouvelles affaires ainsi que des changements de polices.

Présence pancanadienne

ORBIT aimerait aussi profiter d'une portée pancanadienne dès 2011. Pour le moment, l'organisme compte 26 courtiers membres, tous en Ontario. D'ici la fin de 2010, ORBIT veut avoir 100 courtiers membres dans cette province. Ensuite, il songera à recruter des membres dans le reste du Canada.

« Nous avons beaucoup d'intérêt provenant de courtiers de l'extérieur de l'Ontario. Nous pourrions amorcer notre recrutement pancanadien plus tôt si nos recrutons plus rapidement que prévu nos 100 membres en Ontario. Pour des raisons financières, nous devons atteindre ce seuil avant de pouvoir aller à l'extérieur de la province », explique Mme Watson.

ORBIT compte 19 membres assureurs dans ses rangs et s'est concentré auprès de ceux qui sont présents en Ontario. On y retrouve Intact Insurance, AXA Insurance, Aviva Canada, RSA, Dominion, Economical et Lombard. Onze fournisseurs technologiques sont membres, dont Applied Systems, Technologie Keal, Policy Works, Compu-Quote, Brovada et PowerBroker.

Deux associations sont aussi membres. Outre le CEPA, on retrouve l'Association des courtiers d'assurance de l'Ontario (ACAO-IBAO). Des contacts ont aussi été faits avec l'Association des courtiers d'assurance du Canada (ACAC-IBAC).

Elle ajoute qu'ORBIT doit se faire connaitre à la grandeur du Canada, car la réalité des courtiers est la même d'une province à l'autre. « Les besoins des courtiers sont les mêmes d'un océan à l'autre. La même chose s'applique aux États-Unis et c'est à partir de cette idée qu'ils ont mis en place des solutions de transmission de données en temps réel. Nous apprenons de leurs erreurs et nous devrions être en mesure de procéder plus rapidement qu'eux grâce à cela », dit-elle.