Après cinq ans de croissance soutenue, les revenus tirés de l’assurance collective ont ralenti en 2009, révèle Fraser Group. Ils ont crû de 3,9 % en 2009 par rapport à 2008, alors que leur croissance avait atteint 7 % en 2008 par rapport à 2007. L’incertitude économique a amené son lot de pertes d’emploi et de rationalisations de régimes en 2009. En 2010, les résultats sont disparates d’un assureur à l’autre.Selon les données fournies dans le Group Universe Report 2009 de Fraser Group, la croissance des revenus en assurance collective a augmenté de 3,3 % en Ontario en 2009 par rapport à 2008, de 6,5 % dans les provinces de l’Ouest et de 5,8 % dans les provinces de l’Atlantique. Au Québec, la croissance des revenus en assurance collective a atteint 0,6 % en 2009 par rapport à 2008, loin des 8 % enregistrés lors de la période de comparaison précédente.

Pour plusieurs assureurs, 2009 a été l’année où les effets de la crise se sont matérialisés en assurance collective pour la première fois. Selon Fraser Group, la récession économique amorcée au troisième trimestre de 2008 a commencé à produire ses effets sur l’assurance collective au cours de 2009. Un des coupables est la faible croissance du taux d’emploi enregistrée l’an passé au Canada.

« Normalement, le taux d’emploi au Canada augmente de 2 % par an. Or, il a diminué de 2 % entre 2008 et 2009, ce qui crée un écart de 4 % par rapport à la normale », a observé Ken Fraser, président de la firme de recherche en assurance et régimes de retraite collectifs. M. Fraser cite ces chiffres colligés par Statistique Canada sur la croissance de l’emploi entre 2008 et 2009 au Canada et par province.

Les mises à pied freinent les ventes

M. Fraser remarque aussi un ralentissement dans le rythme auquel le cout des médicaments augmente au sein des régimes d’assurance collective, ce qui entraine des hausses de primes moins draconniennes pour les groupes. La chute du taux d’emploi reste toutefois selon lui le principal facteur de la croissance des ventes plus modeste en assurance collective pour 2009.

« Il y a eu d’importantes mises à pied chez des entreprises du secteur manufacturier avec de gros programmes d’assurance collective », dit M. Fraser. Ce fut le cas en Ontario, où la chute du taux d’emploi est plus prononcée que la moyenne nationale (repli de 2,4 %), observe-t-il. Par contre, le Québec n’a pas été aussi durement touché, son taux d’emploi ne chutant que de 1,0 %, dit-il.

Vice-présidente régionale, expansion commerciale, pour l’Est du Canada en garanties collectives à la Financière Sun Life, Josée Dixon a attribué le ralentissement à la bulle économique. Après une croissance soutenue des ventes d’assurance collective ces cinq dernières années, la récession a rattrapé le Canada, constate-t-elle. Le Canada s’en est toutefois bien tiré, dit-elle.

Josée Dixon note aussi un ralentissement plus important au Québec. « Alors que nous nous attendions à voir des régimes plus généreux en 2009, c’est le contraire qui s’est produit, a-t-elle observé. Les employeurs se sont montrés plus prudents. Au Québec, par exemple, nous avons vu des régimes se scinder ou rétrécir. Certains employeurs ont entre autres décidé de ne plus offrir d’invalidité de courte durée, de diminuer leur participation à la coassurance ou de réduire la couverture dentaire. »

Par contre, Sun Life dit avoir connu une année exceptionnelle en 2009 dans l’Ouest canadien. Si, en Ontario, les revenus tirés de l’assurance collective ont grimpé de 4,6 % pour Sun Life en 2009 par rapport à l’année précédente, et ceux des provinces de l’Atlantique de 6,1 %, ceux des provinces de l’Ouest ont grimpé de 13,5 %.

« Il y a eu nombre d’acquisitions entre entreprises dans cette région. La récession n’y a pas frappé de la même façon. Les provinces de l’Ouest l’ont davantage ressentie en 2008 et la ressentiront aussi en 2010 », croit Mme Dixon.

En ce qui touche les résultats à venir de Sun Life, Mme Dixon s’attend à une croissance intéressante des ventes d’assurance collective au terme de 2010 et à un momentum accru en 2011. Ce momentum jouera surtout au Québec, où Mme Dixon s’attend à ce que la venue de la nouvelle présidente Québec, Isabelle Hudon, produise un effet de levier sur les affaires de l’assureur.

Pour sa part, André Simard note que la récession a eu un effet moins marqué que prévu dans les affaires d’assurance collective de Desjardins Sécurité financière (DSF). Il y a bien eu ralentissement, mais le vice-président ventes, assurance des groupes et des entreprises pour le Canada hésite toutefois à l’attribuer aux pertes d’emploi.

« Souvent, les employés mis à pied l’ont été dans des secteurs précaires qui n’ont pas de régimes collectifs très élaborés, alors que les emplois qui restent sont souvent dans des régimes plus riches », observe M. Simard.

DSF a réalisé des ventes d’assurance collective de 146 M$ au Canada en 2009, contre 137 M$ en 2008, soit une croissance de 6,6 %. « La perte d’un groupe de 50 M$ de primes, celui des employés de la Ville de Montréal, a ralenti notre croissance », a indiqué M. Simard. DSF avait d’ailleurs perdu ce groupe aux mains de SSQ l’an dernier. M. Simard qualifie d’ailleurs le marché Québécois de très concurrentiel.

Tendance québécoise

« Les groupes retournent plus fréquemment au marché au Québec. De plus, nous observons que les groupes de moins de 200 employés affichent un taux de terminaison de 11 % à 12 %, alors que les groupes 5 000 employés et plus affichent un taux de terminaison de 2 %. Or, les groupes québécois tendent en moyenne vers une plus petite taille, alors que les gros groupes ont en majorité leurs sièges sociaux en Ontario. » Selon M. Simard, le taux de terminaison des groupes de 200 à 500 employés atteint 8 %, celui des groupes de 500 à 1 000 employés 6 % et celui des groupes de 1 000 à 5 000 employés 4 %.

Conscient que le Québec est un marché mature, DSF poursuit sa stratégie d’expansion hors Québec en assurance collective. « Bon an mal an, nous vendons deux fois plus d’assurance collective hors Québec qu’au Québec. Au début de 2012, nous devrions avoir plus de primes en vigueur hors Québec qu’au Québec », révèle M. Simard.

SSQ Groupe financier a vu de son côté ses ventes croitre de 7,1 % au Canada et de 5,2 % au Québec, pour atteindre un total de 138 M$ (92 M$ au Québec) en 2009, par rapport à 2008. Pourtant marquée par la crise, 2009 a été exceptionnelle pour SSQ, selon son vice-président ventes et marketing, développement national, Carl Laflamme. C’est forte partie en raison du groupe des employés de la Ville de Montréal arraché à Desjardins, indique-t-il. À titre de comparaison, SSQ avait réalisé des ventes de 118 M$ en 2008, année où les résultats des assureurs n’étaient pas encore réellement affectés par la crise.

L’impact de la récession a été mitigé, selon M. Laflamme. « Nous n’avons pas vu de nos clients faire faillite ou qui ont dû aller en appel d’offres parce qu’ils étaient en difficulté financière », a-t-il indiqué. Comme Desjardins, SSQ met l’accent sur le marché hors Québec en collectif. « Sur trois des quatre dernières années, nos ventes à l’extérieur du Québec ont été plus importantes qu’au Québec. »

Les résultats de ventes en assurance collective sont souvent volatils d’un trimestre à l’autre. Par exemple, les résultats en assurance collective ont été à la hausse au troisième trimestre 2010 pour l’Industrielle Alliance, alors qu’ils étaient à la baisse à leur deuxième trimestre.

Or, les résultats ont été tout aussi volatils d’un assureur à l’autre en ce qui touche le troisième trimestre. Dans ses résultats du troisième trimestre 2010, L’Industrielle Alliance rapporte des ventes dans le secteur des régimes d’employés en croissance de 88 % par rapport au troisième trimestre 2009.

De son côté, Sun Life a connu une croissance de 86,4 % de ses ventes d’assurance collective au troisième trimestre 2010 par rapport au même trimestre en 2009. Celles-ci sont passées de 44 millions de dollars (M$) à 82 M$.

Chez Standard Life, les primes d’assurance collective ont été à la hausse de 8 % au troisième trimestre 2010, et ont atteint 166,2 M$ comparativement à 154,2 M$ un an plus tôt. À la Financière Manuvie, les ventes d’assurance collective ont stagné à 83 M$ lors du troisième trimestre, soit le même volume qu’au troisième trimestre de 2009.

Pour leur part, les chiffres du troisième trimestre de Great-West Lifeco (Great-West, London Life et Canada-Vie) montrent une croissance de 18,7 % des ventes en assurance collective. Celles-ci sont en effet passées de 107 M$ au troisième trimestre de 2009 à 127 M$ au troisième trimestre 2010.

Les résultats en assurance collective de DSF n’étaient pas disponibles au moment de mettre sous presse.

D’autres assureurs qui ne sont pas tenus de publier leurs résultats trimestriels ont accepté de livrer leurs prévisions au Journal de l’assurance. Il y a baisse en vue chez SSQ. M. Laflamme a déclaré que l’assureur ne « referait pas ses chiffres de 2009 ».

En 2009, l’assureur a réalisé des ventes d’assurance collective de 138 M$. Au 31 aout 2010, les ventes d’assurance collective atteignaient 80,6 M$ depuis le début de l’année, a confirmé M. Laflamme.
Pour La Capitale Groupe financier, les ventes d’assurance collective avant annulations ont haussé de 21 % au Québec et de 58 % hors Québec, en 2009 par rapport à 2008.

La mutuelle ne publie pas de résultats trimestriels. Le directeur ventes et marketing assurance et rentes collectives à La Capitale, Jacques Tardif, a toutefois révélé que les ventes ont atteint 29,8 M$ au 30 septembre 2010, comparativement à 27,2 M$ au 30 septembre 2009. Il s’agit d’une croissance de 9,6 %. Pour leur part, les ventes nettes ont atteint 13,2 M$ au 30 septembre 2010, comparativement à 10,7 M$ au 30 septembre 2009. Il s’agit d’une croissance de 23,4 %.

« Notre objectif de ventes brutes de 47 M$ et de ventes nettes (ventes moins annulations) de 22 M$ pour 2010 sera vraisemblablement atteint, ce qui entrainera une croissance de notre en-vigueur de 6 % », a annoncé M. Tardif.

Par ailleurs, plus du quart des ventes brutes de 29,8 M$ réalisées par La Capitale sont survenues hors Québec au 30 septembre 2010, soit 7,9 M$. « Nos activités ont été plus vigoureuses que prévu hors Québec, et moins vigoureuses que prévu au Québec », a confié M. Tardif. La Capitale a par ailleurs bien résisté à la concurrence, avec un taux de conservation de ses groupes de 94 %.