Des cours d’eau et des rivières en milieu urbain ont souvent été enfouis ou détournés de leur lit naturel afin de faciliter le développement. Avec l’augmentation des inondations, la tendance actuelle dans plusieurs pays et grandes villes à travers le monde est de revenir en arrière et de faire renaitre ces voies d’eau naturelles pour réduire les effets des crues comme celles que le Québec a connues en 2017 et 2019. 

Dans la province, Intact Assurance a contribué à ce mouvement en versant 100 000 $ au projet Bleue Montréal pour réaliser une étude de faisabilité d’exhumation (« daylighting » en anglais) de voies d’eau naturelles qui ont été canalisées dans le passé dans la métropole. Aujourd’hui, des experts voudraient les faire renaitre afin de réduire l’impact des inondations dans certains quartiers. C’est un bel exemple de rapprochement et de collaboration entre un assureur et des écologistes autour d’objectifs communs.

Financement de l’étude d’opportunité

Bleue Montréal est l’un des trois projets pilotes mis en marche par la section canadienne du Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada) dans le cadre de ses programmes de conservation naturels. Les inondations forment l’un des dossiers qu’il considère urgents. L’ONG s’est mise à la recherche de commanditaires pour financer les études de faisabilité. Intact Assurance a rapidement soutenu le projet Bleue Montréal en lui allouant 100 000 $ pour financer l’étude d’opportunité.

« L’objectif de Bleue Montréal est d’utiliser des rivières urbaines pour aider à réduire les inondations et les ilots de chaleurs en ville, deux effets majeurs des changements climatiques, décrit Marie-Lucie Paradis, vice-présidente, distribution stratégique et communications, chez Intact Assurance. Les études de faisabilité serviront à présenter une analyse de rentabilité à la Ville de Montréal en vue d’exhumer des rivières enfouies et de créer de nouvelles rivières urbaines dans trois arrondissements déjà en cours de réaménagement. »

À ce jour, Intact a investi 4,25 millions de dollars pour la création d’un Centre d’adaptation au climat à l’Université de Waterloo, en Ontario. Ce centre de recherche appliquée définit des meilleures pratiques pour aider les propriétaires occupants, les collectivités, les gouvernements et les entreprises à mettre en place des solutions qui limiteront les effets des changements climatiques.

L’appui financier d’Intact à l’étude portant sur le projet Bleue Montréal était donc un naturel pour l’assureur. La balle est maintenant dans le camp de la ville de Montréal qui devra décider si elle profite du réaménagement de trois arrondissements pour aller dans cette direction.

Le sort de la rivière St-Pierre

Au fil des siècles, comme c’est le cas dans plusieurs grandes villes à travers le monde, des cours d’eau urbains à Montréal ont été canalisés, enfouis ou détournés afin d’accentuer le développement. Des chercheurs de l’Université de Montréal ont cartographié d’anciens cours d’eau de Montréal.

Une carte de l'état des cours d'eau au 17e siècle, et réalisée au 18e siècle, montre des dizaines de voies d’eau sur l’ile de Montréal. Il en reste très peu aujourd’hui : près de 80 % auraient été enfouies ou canalisées.


Carte des anciens cours d’eau de l’ile de Montréal au 17e siècle

Anciens cours d'eau de l'île de Montréal

Source : Université de Montréal


La rivière St-Pierre en est d’ailleurs un exemple. Des ouvrages précisent que cette rivière prenait sa source dans l’ouest de l’ile. Une de ses branches se dirigeait vers l’actuel Vieux-Port, l’autre se jetait dans le fleuve et elle formait un lac situé sur les lieux de l’échangeur Turcot.

Durant des siècles, la rivière St-Pierre a servi d’égout à ciel ouvert. Devant sa dégradation, en 1832, elle fut recouverte, canalisée dans le secteur de la Pointe-à-Callières, puis convertie en égout collecteur au nom de la salubrité publique. Les différents autres tronçons furent eux aussi enfouis entre 1830 et 1960. En 1990, le collecteur fut rempli de sable, occasionnant du même coup la disparition complète de la rivière.

Des conséquences aujourd’hui

Mais même si on l’a privé de ses déversoirs naturels, l’eau s’écoule toujours quelque part et avec les inondations, les villes, comme Montréal, qui ont fait disparaitre des milieux humides, des ruisseaux et des rivières entières qui servaient de tampons ou de mécanismes d’irrigation en paient maintenant le prix, financier et social.

Les eaux inondent les terrains, les sous-sols et parfois des rues de certains secteurs de la métropole. Ces dommages vécus par de nombreuses villes ont entrainé une prise de conscience et un questionnement sur les choix passés. Ce mouvement de retour aux voies naturelles a débuté en Europe. Les scientifiques mettent aujourd’hui de plus en plus en valeur le rôle que ces infrastructures naturelles peuvent jouer pour réduire les effets des inondations.

« Il y a une réintégration du cours d’eau dans le milieu urbain pour aider aux problèmes d’inondations et à la crise des changements climatiques », explique la directrice programme Québec pour WWF-Canada, l’écologiste Sophie Paradis.

« La nature joue un rôle primordial : c’est un puissant moyen de nous protéger contre les répercussions des changements climatiques, ajoute Rachel Benoit. Nous sommes d’avis que les infrastructures naturelles doivent être considérées comme des infrastructures essentielles. »

La renaissance de ruisseaux ou de rivières urbaines, en plus de réduire les effets des grandes crues, permet à la population et aux animaux de retrouver accès à l’eau et de recréer des milieux de vie naturels inspirants. Selon Sophie Paradis, les effets concrets sont très rapides. Dès qu’un milieu est renaturalisé ou que l’on apporte des solutions nature, les bénéfices se font ressentir en moins de six mois.

Le rôle des assureurs dans le changement

Sophie Paradis souligne l’importance du milieu des assureurs dans l’aménagement du territoire et les stratégies d’adaptation au climat.

« S’il y a des gens en dehors des écologistes qui sont bien au courant des changements climatiques, ce sont les assureurs, dit-elle. Pour avoir vu le travail des gens d’Intact, je sais à quel point ils sont novateurs et se préparent très bien pour le futur. Cela fait partie des nombreuses voies qui vont amener le changement. Les inondations de 2017 et de 2019 l’ont démontré, on ne peut pas toujours payer pour de mauvaises décisions. Il faut revenir à de bonnes solutions de base, des solutions naturelles et qui comportent de l’ingénierie. »

Création du centre Résilience Bleue

L’un des projets majeurs sur lequel se penche actuellement WWW-Canada pour le Québec est la mise en place pour le sud de la province d’un Centre de recherche-action Résilience Bleue.

« Ce ne sont pas toutes les villes qui ont des équipes en environnement pour gérer les problématiques liées aux changements climatiques, indique Sophie Paradis. Ce que l’on veut, c’est d’aider les municipalités et citoyens et leur proposer des solutions concrètes à travers une approche multisectorielle. Nous avons fait assez d’études. Il faut passer rapidement aux actes pour contrer les effets du réchauffement du climat. »

La section québécoise de l’ONG WWF-Canada se donne un an pour créer ce centre Résilience Bleue et espère à nouveau obtenir la contribution d’assureurs à ce projet majeur pour y parvenir.