Tremblement de terre et tsunami au Japon, violences en Égypte et en Libye, éruption volcanique en Islande… Les catastrophes naturelles et événements politiques dynamisent les ventes de couvertures annulation et interruption de voyage. C’est ce que constatent la plupart des professionnels interrogés par le Journal de l’assurance.

« Nous avons vécu une saison mouvementée, dit Patrick Lavoie, vice-président marketing chez Securiglobe. Les couvertures annulation et interruption de voyage ont remporté un véritable succès. Par conséquent, nos ventes ont augmenté dans ce segment de marché. »

Les spécialistes interrogés notent que les personnes qui ne souscrivent habituellement aucune protection se sentent plus concernées par un danger potentiel. La clientèle n’a pas de profil type. Ce sont des hommes et des femmes de tout âge.

Selon Pierre Saint-Onge, vice-président de Tour+Med, la médiatisation des catastrophes a joué un rôle. « Quand le gouvernement alerte la population au sujet d’un danger, cela donne une légitimité à ces produits », dit-il.

Quant à Emmanuel Reinaud, vice-président ventes et gestion de comptes chez etfs, il relativise ce point de vue. Selon lui, les récentes catastrophes naturelles n’ont pas eu d’impact majeur sur les ventes de produits d’assurance et sur les réclamations. « Le tremblement de terre au Japon a été d’une grande ampleur, mais il y a chaque année des catastrophes naturelles », fait-t-il remarquer.

Il rappelle que les couvertures annulation et interruption de voyage attirent chaque année plus de clients. Selon lui, leurs ventes connaissent une croissance constante. Pour cause : ces deux couvertures se révèlent très utiles en cas de maladies, de cambriolages ou de décès d’une personne de sa famille.

Si les catastrophes naturelles et l’instabilité politique profitent parfois aux ventes, elles ne sont pas seulement porteuses de bonnes nouvelles. À la suite de ces événements, les assureurs ont aussi reçu des réclamations qui les ont affectés. Ainsi, les tarifs des couvertures annulation et interruption de voyage pourraient-ils augmenter? « C’est possible, mais ce n’est pas confirmé », affirme M. Lavoie.

De plus, les compagnies se méfient des destinations à risque. À titre d’exemple, Tour+Med ne couvre pas les voyageurs qui souhaitent s’envoler pour l’Égypte ou la Libye. « Nous refuserons cela tant que le climat politique ne se sera pas calmé », indique M. Saint-Onge.

Comment les assureurs déterminent-ils s’ils couvrent un risque dans un pays? Beaucoup se fient aux avis émis par le gouvernement. « Il faut se renseigner pour savoir si ce dernier recommande de voyager vers la destination choisie », mentionne Joanne Parent, directrice régionale, Québec et Atlantique chez TIC.

Une clientèle difficile à fidéliser

En assurance voyage, les clients ne cessent de magasiner. Résultat : ils ne sont pas très fidèles.

« Nos ventes se portent bien, mais tout est à refaire chaque année. Car seule une minorité continue d’être cliente chez nous pendant quatre ou cinq ans », dit Pierre Saint-Onge, de Tour+Med.

Lorsque le client change de compagnie, il peut profiter d’une vision et d’une philosophie des risques différente, dit-il. « Chaque compagnie définit les types de maladies qui, selon elle, représentent un plus gros risque. Pour déterminer cela, elle se base sur ses données d’étude », ajoute-t-il.

Pour retenir le client, Tour+Med envisage de prendre plusieurs mesures. « Nous songeons à mettre en place des rabais les clients qui font affaires avec nous depuis plusieurs années. Ce serait un incitatif financier. Nous avons aussi l’intention de faire un sondage pour mieux comprendre notre clientèle », dit-il. Mais ce sont là des pistes de réflexion. Aucune mesure n’a encore été prise.

Autre son de cloche du côté d’Ingle International. « Grâce à notre expertise unique, nous avons des clients réguliers », dit son président Robin Ingle.

Chez Securiglobe, la fidélisation de la clientèle n’est pas non plus perçue comme un défi. « Cela ne nous pose pas de problème. Toutefois, nous ne négligeons pas cet aspect. Nous présentons aux clients les produits appropriés et les tarifs correspondant à leur budget pour qu’ils reviennent. De plus, nous faisons beaucoup de promotion et d’éducation », explique Patrick Lavoie.

Si ce n’est pas fait, l’annulation du voyage pourrait ne pas être couverte. Toutefois, ce ne sont pas les seuls indicateurs pris en compte. Cela dépend aussi du rapatriement et des frais d’hospitalisation.

« Rapatrier quelqu’un du Japon ou de l’Europe coute deux fois plus cher que de le ramener de Floride. En revanche, les frais d’hospitalisation sont moins élevés en Europe qu’aux États-Unis », poursuit M. Saint-Onge.

Autre phénomène qui profite aux ventes de certains produits d’assurance voyage : le tourisme médical. De plus en plus de Canadiens, qui ne possèdent pas forcément d’assurance, magasinent des soins à l’étranger. Ainsi, selon une étude de l’Institut Fraser, près de 44 794 personnes ont reçu un traitement hors des frontières du Canada en 2010, alors qu’ils étaient 41 006 en 2009.

Conscients que l’attente est longue dans le système de santé canadien, ils décident de trouver des soins à l’étranger. « Il n’est pas rare d’attendre de neuf à dix mois pour obtenir une chirurgie orthopédique, explique M. Reinaud. Certains clients optent pour des soins en établissements privés ou aux États-Unis. »

C’est la raison d’être des produits comme Viator soins Prioritaires, proposé par etfs depuis dix ans. Ce produit d’assurance santé permet aux assurés d’accéder aux soins de santé rapidement dans le système privé en Amérique du Nord.

« Si en deux semaines, le client n’a pas pu être soigné près de son domicile, on l’envoie à l’étranger. Mais on tente de le garder le plus proche possible de son domicile », dit M. Reinaud.

Ce produit peut être assez couteux, prévient-il. Tout dépend de l’âge et de la condition physique de l’assuré. « Pour un homme de 40 ans non-fumeur, cette couverture peut couter entre 1 500 $ et 1 800 $ dollars par an », précise-t-il.

À ses débuts, ce produit n’était accessible qu’aux personnes fortunées. À présent, des employeurs et des clients au patrimoine plus modeste l’achètent.