Pour faire face aux défis que pose la souscription de risques en assurance habitation, Intact Corporation financière a décidé de mettre fin à son contrat de deux ans dans ce segment. L’assureur ajustera aussi sa tarification. Le Québec sera toutefois épargné, par rapport à d’autres provinces canadiennes.La révision d’Intact touche deux volets, indique Martin Beaulieu, premier vice-président, assurance des particuliers, chez Intact Assurance. Le premier volet a trait à la tarification, a-t-il dit en entrevue au Journal de l’assurance. « Elle devra mieux refléter les risques inhérents à chacun des profils qu’on assure. Les augmentations ciblées qui viennent d’être mises dans notre système feront en sorte que certains profils paient plus leur part », dit-il. Le deuxième volet concerne la redéfinition du contrat en habitation en raison de la fin de la police deux ans.

Importante inflation

Qu’est-ce qui explique ce changement de philosophie dans la tarification de l’habitation ? « Les causes des pertes ont évolué. Il y a aussi l’inflation dans les couts du produit qui joue. Elle était plus importante que la hausse de l’Indice des prix à la consommation. Nous n’étions pas capables d’aller chercher les augmentations nécessaires. On était arrivé à un point où certains profils en avaient trop profité », dit M. Beaulieu.

Les augmentations touchent principalement les titulaires de contrats de deux ans. « Il y avait beaucoup de rattrapage à faire. Quant aux autres profils, la distinction ne sera pas aussi spécifique. On a aussi pris en compte la façon dont les dommages causés par l’eau ont évolué. On avait établi nos mesures transitoires trop lentement », dit M. Beaulieu.

La hausse moyenne de la tarification au Québec sera de 10 %. C’est moins que la hausse de 30 % que subira l’Alberta. Au cours des dernières années, les hausses de la tarification d’Intact étaient en moyenne de 7 % annuellement au Québec.

Pourquoi le Québec s’en tire-t-il mieux ? « La structure contrôle des couts pour les refoulements d’égouts existe depuis bien longtemps au Québec. Dans le reste du Canada, on retrouve peu d’avenants en la matière, à l’exception du Manitoba. C’est là qu’on veut exercer du leadeurship », dit M. Beaulieu. Les Québécois sont aussi plus sensibilisés à ces éléments d’éducation, dit-il. « Il ne s’agit pas de seulement s’assurer contre le risque, mais aussi de s’en protéger. Le Québec a déjà bougé sur ce point, donc les changements sont moins importants en termes de structure du produit. »

Plusieurs autres éléments entrent en ligne de compte, notamment ce qu’on retrouve dans le sous-sol d’une habitation. « Quelqu’un qui n’a que des articles de jardin entreposés en hiver sera moins exposé. La nature des infrastructures municipales vient aussi jouer. Leur capacité est mise à l’épreuve, notamment quand de nouveaux voisinages se construisent à des endroits où ils n’étaient pas prévus. L’eau y a moins de place à rentrer dans la terre. Ce sont des choses comme cela qu’on veut travailler avec les gouvernements pour voir ce qui peut être amélioré », dit M. Beaulieu.

Les courtiers compréhensifs

Les courtiers sont assez compréhensifs vis-à-vis de la décision d’Intact, dit M. Beaulieu. « Ils comprennent le contexte. Ils veulent qu’on les aide à comprendre les impacts de ces changements. On va les aider à conserver l’efficacité opérationnelle que la police deux ans leur apportait. On va revoir nos procédures en ce sens. Les courtiers veulent avant tout que nous soyons proactifs, au lieu de prendre des mesures trop sévères. »

Louis Gagnon, président et chef des opérations d’Intact Corporation financière, a aussi fait le point sur la question, lors d’une rencontre avec des investisseurs organisée par CIBC, à la mi-septembre. Il avait alors souligné qu’à l’été 2013, Intact avait été testé comme jamais avec les inondations de Calgary et Toronto, en plus de la tragédie de Lac-Mégantic.

« En trois semaines, nous avons dû traiter 20 000 soumissions de plus que d’habitude, pour cette période, a-t-il dit. Malgré tout, nous avons réussi à briller dans les trois cas et à amener Intact à un autre niveau. Il faut toutefois s’assurer que notre produit est viable et qu’il est compréhensible pour le courtier et pour le consommateur. Nous sommes dans une période où nous devons changer le produit pour le rendre plus viable. »

Il donne lui aussi l’exemple des sous-sols. « Comme industrie, nous n’étions pas prêts à voir les gens aménager leurs sous-sols avec de belles choses. Il a donc fallu imposer des limites de couverture. Il faut rendre les choses plus simples pour le consommateur », dit M. Gagnon.

M. Gagnon dit ne pas s’attendre à ce que le marché de l’assurance habitation soit règlementé au Canada, comme il l’est aux États-Unis. « On ne sent pas l’intention des gouvernements d’aller dans cette voie. Il ne faut jamais dire jamais, mais dans le moment, on ne les voit pas prendre une telle décision », dit-il.

M. Gagnon ne cache pas que la décision de l’assureur pourrait lui faire perdre des unités de police en habitation. « Nos taux permettront toutefois de ne rien changer pour nous, en termes de dollars. Notre volume de primes pourrait même augmenter un peu à cause de cela. Le changement se fera aussi dans l’industrie. Ça créera des occasions pour nous, comme ce fut le cas en automobile. Le marché devra réagir à cela », dit-il.

Entreprises et risques spéciaux

M. Gagnon a aussi fait le point sur la situation d’Intact en assurance des entreprises et dans le marché des risques spéciaux. « En assurance des entreprises, le marché est mou depuis neuf ans. Côté tarification, nous avons été plus précis et plus focalisés. Nous avons ainsi pu implanter des augmentations de tarifs de 20 % à 25 % dans certains marchés. Ça ne veut toutefois pas dire que le marché se durcit », a-t-il dit.

Quant au marché des risques spéciaux, Intact y a enregistré une croissance de 8 %, l’an dernier. Intact y est présent vu l’ajout de certains segments liés aux acquisitions d’AXA Canada et de Jevco. « On progresse très bien dans ce marché. L’acquisition de Jevco a été très profitable », a dit M. Gagnon.