La plupart des investisseurs ont une mauvaise perception de leurs connaissances en matière de placement. Les gens peuvent penser maîtriser le placement et posséder l’information permettant de choisir systématiquement les actions ou les fonds gagnants, mais des recherches universitaires contestent cette perception. Cette mise en garde est faite par Richard Deaves, professeur au McMaster University DeGroote School of Business.Ces investisseurs finissent par multiplier à outrance les transactions, oublier une saine répartition et accepter des risques inutilement élevés. M. Deaves a constaté que ce type d’investisseurs se retrouve avec les portefeuilles qui réalisent les pires rendements.

M. Deaves est l’auteur du livre What Kind of an Investor Are You?». Conférencier à l’Institut canadien de la retraite et des avantages sociaux l’automne dernier, à Toronto, M. Deaves a exposé comment ses recherches sur le comportement financier peuvent être appliquées aux régimes à cotisations déterminées.

Sa première suggestion aux conseillers et promoteurs : commencer par répartir les participants de ces régimes en deux groupes. D’un côté, ceux qui « planifient », qui aiment suivre et apprendre sur leurs placements; de l’autre, ceux qui « évitent », qui sont mal à l’aise ou non intéressés par le sujet. Si ces derniers ont davantage besoin de conseils et de formation pour tirer meilleur parti de leur régime de retraite, les premiers ont un point faible : ils se surestiment.

M. Deaves classe même les « trop confiants » en deux groupes: ceux qui pensent en savoir plus que la moyenne des gens et ceux qui croient être capables de pressentir le cours des événements alors que ce n’est pas le cas, ce qui les conduit à sous-estimer la possibilité que les choses tournent mal. Dans chaque cas, cela mène à de mauvaises décisions de placement.

Une multiplication des transactions n’est pas garante d’une amélioration des résultats. À preuve, M. Deaves cite une recherche qui montre que lorsqu’on tient compte des coûts de transaction, les 20 % d’investisseurs qui transigent le plus obtiennent un rendement annuel de 10 % inférieur à celui du marché.

Pire encore, le comportement des investisseurs trop confiants les empêche d’apprendre de leurs erreurs. Ces investisseurs prennent vite le crédit lorsque les choses vont bien, mais invoquent la malchance lorsque leurs placements chancellent, dit-il.

Ces investisseurs trop confiants sont des participants dangereux dans un régime à cotisations déterminées, met en garde M. Deaves, parce qu’ils assument l’entière responsabilité de la gestion de leurs épargnes pour la retraite. On doit donc aider ces participants à prendre conscience de leurs carences en matière de placements.

Psychologie ou finance?

D’autres mises en garde s’imposent, disent les chercheurs. Dans un article publié dans le Journal of Personal Finance l’an dernier, Erik Lüders, de l’Université Laval, et M. Deaves affirment que les professionnels financiers « doivent en savoir autant sur la psychologie que sur la finance ». Ils seraient ainsi en mesure de tenir leurs clients éloignés du piège fréquent de la surestimation. Ils doivent être autant des conseillers financiers que des conseillers en comportement, disent-ils.

Aux promoteurs de régimes de retraite tentés de se défiler de leur devoir d’assistance aux décisions d’investissement, M. Deaves rappelle le risque de l’inaction. Un tel promoteur courra plus de risques devant les tribunaux vis-à-vis des retraités coincés avec des épargnes insuffisantes que celui qui aura au moins tenté de les aider à bien faire fructifier leurs placements.